9 Novembre 2017

Burkina Faso: Abstinence jusqu'au mariage - Ramzya prêche-t-elle dans le désert ?

L'association RAMZYA pour le développement sillonne les écoles primaires des Cascades, l'une des treize régions du Burkina, pour prêcher l'abstinence comme méthode de contraception. Est-elle possible et efficace? Les initiatrices croient comme fer. Quelle est la stratégie? Visite de l'école de Dianabamba B au secteur n° 5 de Banfora, une ville située à plus de 400 km de Ouagadougou.

Mlle Dem Claudine Ouattara, 11 ans, classe de CM2 à l'école de Dianabamba B se méfie déjà des garçons. «On nous a dit, lance-t-elle, de faire attention aux garçons, qu'ils ne sont pas bien, de s'abstenir de faire des rapports sexuels jusqu'au mariage».

Sa camarade, Thérèse Kantiono, un peu plus âgée, 14 ans, a déjà été courtisée par des élèves de lycées et collèges, chose qu'elle a déclinée.«On m'a fait la cours à plusieurs reprises mais à chaque fois je refuse. J'ai peur de tomber enceinte. Je connais une camarade en classe de CM2 qui a pris une grossesse et a été obligée d'abandonner l'école», précise Mlle Kantiono qui rêve d'embrasser le métier d'enseignant.

Ces élèves ont suivi des animations de sensibilisation de l'association RAMZYA pour le développement dont le credo est l'abstinence jusqu'au mariage. Les cibles de celle-ci sont les élèves des classes de CE2, CM1, CM2. Au total, plus d'une vingtaine d'écoles ont été visitées par cette association. Et selon sa présidente, Mme Mariam Bonkoungou, plus de 3700 élèves sont touchés dont plus de 2000 filles.

Le choix des élèves du primaire pour parler de la santé de la reproduction, l'association l'explique par le fait que les enfants ont une sexualité très précoce. «A partir de la classe de CE2 déjà, certains enfants commencent leur vie sexuelle. Nous avons dans notre région des filles de 13 ans qui sont enceintes», précise Mme Bonkoungou.

En parlant de l'abstinence des enfants, RAMZYA entend préparer la base et pense que les tout-petits grandiront avec une moralité sexuelle. Cependant, dans le contexte actuel, promouvoir l'abstinence ne relève-t-il pas de l'utopie ou de prêche dans le désert? La réponse de Mme Bonkoungou est non. « Nous parlons de contraception à d'autres cibles mais pas aux enfants. Nous avons des preuves de filles et de garçons qui se marient en étant vierges. Ce n'est pas de l'utopie. Ces filles et ces garçons sont épanouis dans leur foyer», argumente-t-elle. Cependant, elle a été marquée par une histoire qui s'est passée dans son quartier où une fille vierge au moment du mariage a été par la suite répudiée par son conjoint du fait qu'elle ne sait pas faire des rapports sexuels.

La stratégie de l'association est de mettre à nu les conséquences des grossesses non désirées et ensuite poser la question suivante aux élèves: «qui veut s'engager pour l'abstinence?». A chaque fois, dit Mme Bonkoungou, les élèves lèvent la main pour répondre oui. Une fois, l'équipe de RAMZYA était dans une classe de CM2 et à cet exercice, une fille s'est abstenue de lever sa main. Cette dernière a demandé la parole et a dit ceci:«Mme, c'est mieux de ne pas vous mentir moi, je ne peuxpas !». L'équipe a simplement respecté son choix sans lui proposer une alternative. Et à la question pourquoi ne pas l'orienter à une autre méthode de contraception, la réponse a été on ne peut plus claire. «Non! L'abstinence pour les jeunes et la méthode de contraception pour les femmes mariées», répond Mme Bonkoungou.

Mme Monique dit Momo, une française venue en vacances et rencontrée dans l'enceinte de l'école est très remontrée contre les auteurs des grossesses non désirées des élèves du primaire. Elle pense, contrairement aux défenseurs de l'abstinence, que les auteurs de grossesses non désirées devraient utiliser le préservatif. «Je trouve dommage que les jeunes filles ne soient pas averties des risques qu'elles courent lorsqu'elles couchent avec un garçon. Je trouve inadmissible que les garçons ne se sentent pas responsables. Ils devraient à chaque fois utiliser des préservatifs», regrette celle qui, de façon bénévole, appuie les élèves de CP2 dans la lecture. Elle n'est pas d'avis que l'on mette des enfants de 12 à 14 ans sous pilule. Pour elle, Il faut combattre le fléau par une éducation sexuelle non sans oublier les garçons.

Abdoulaye Hema, instituteur certifié, est suppléant au CM2 de l'école Dianabamba B. Cette classe a un effectif de 94 élèves dont 54 filles et 40 garçons avec moyenne d'âge 12 à 14 ans. Cette école n'a pas encore enregistré un cas de grossesse non désirée mais, l'éducateur a conscience du phénomène. C'est une préoccupation pour l'école et c'est en cela qu'il souhaite que d'autres associations emboîtent le pas de l'association RAMZYA afin d'aider les enseignants car «l'éducation d'une fille est très sensible. La moindre erreur et son avenir est compromis», dit-il.

Burkina Faso

Cour de justice de la CEDEAO - Ousmane Guiro débouté

La Cour de Justice de la CEDEAO a déclaré, hier mardi 21 novembre 2017, la plainte de Ousmane Guiro, ex-DG… Plus »

Copyright © 2017 Sidwaya. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.