10 Novembre 2017

Madagascar: Insécurité - Les députés parlent de « rébellion »

L'Assemblée nationale a interpellé les ministres chargés de la défense, de la sécurité et de la Justice, hier. Les députés exigent plus d'efficacité et d'efficience dans la lutte contre l'insécurité.

Épidémie, rébellion, mafia. Les mots utilisés par les députés pour qualifier l'état de l'insécurité dans le pays ont été lourds de sens, hier.

Durant six heures de temps, les élus de l'Assemblée nationale se sont épanchés sur la violence des méfaits de dahalo, des bandits dans leurs circonscriptions respectives.

« La situation actuelle dépasse le stade de l'insécurité, elle tend vers une véritable rébellion. Tout Madagascar est touché par ce mal », lance un député. « Y a-t-il une véritable prise de responsabilité pour mettre fin à cette insécurité ? », s'interroge un autre.

« Je me souviens que le Premier ministre a parlé de gouvernement de combat. Moi je dirais plutôt gouvernement pompier car, il passe son temps à éteindre des incendies comme l'insécurité », ajoute un élu.

Un autre qualifie la situation d'épidémie. D'autres soutiennent qu'il s'agit d'un cri de détresse. Venez-nous en aide.

Ce sont des exemples de phrases prononcées par les membres de la Chambre basse, hier durant une séance d'interpellation des membres du gouvernement chargés de la Défense, de la Sécurité et la Justice, hier à Tsimbazaza.

Preuve que l'insécurité dans certaines circonscriptions serait invivable, des élus se sont livrés à des délations de responsables et éléments des forces de l'ordre pour abus et excès de pouvoir.

Des noms de lieutenants de la gendarmerie ont par exemple été cités pour fait d'abus, de complaisance et de participation à des trafics de vanille. Outre le manque criant de moyens et l'insuffisance d'effectif, le comportement des forces de l'ordre a également été pointé du doigt.

« Dahalo » en col blanc

« Le fait est que quelles que soient les décisions prises en haut lieu, le comportement des éléments sur terrain reste le même. Les changements des responsables n'y font rien.

(... ) Chez nous, ils ne protègent plus la population et leurs biens, mais les riches et leurs biens, car ces derniers monnayent leur service », affirme un député, dépité. La Justice et ses responsables locaux ont également été fortement houspillés.

« Si la Justice faisait correctement son travail, il n'y aurait pas de vindicte populaire. Comment voulez-vous qu'il en soit autrement lorsque la population ne peut plus avoir confiance aux autorités ? », a pesté un député hier.

D'autres ont ajouté : Vous remettez en cause les organisations villageoises pour lutter contre l'insécurité, ou encore lorsque les civils répondent par la force à la violence des « dahalo », au motif de respect des droits de l'Homme, alors que la situation vous dépasse.

Durant les prises de parole, certains sont allés jusqu'à remettre en cause l'application des droits humains aux bandits. L'indépendance de la Justice a même été égratignée lorsque les membres de l'Assemblée nationale ont dénoncé les abus et corruption qui seraient perpétrés, notamment, par un magistrat du ministère public, dans une circonscription du Nord. Alors qu'il y a des contraintes, ils se permettent autant d'abus. Qu'en sera-t-il avec une Justice réellement indépendante ?.

Un député a même déploré que chez nous, après Dieu, c'est la Justice qui fait la pluie et le beau temps. Elle peut changer le noir en blanc, le rouge en bleu.

Les oreilles du représentant du ministère de l'Intérieur ont également sifflé, hier. Les députés n'ont, en effet, pas été tendres envers les représentants de l'État qu'ils accusent d'abus en matière de vente de fiche individuelle de bovidé, ou même que certains plongent dans le blanchiment de zébus volés.

Durant les six heures de prise de parole, tous se sont accordés sur le fait que la corruption est la racine de l'insécurité qui gangrène le pays. Si les razzia des dahalo et les abus des responsables sur terrain ont été dénoncés, «l'inertie des autorités pour appréhender les « dahalo », en col blanc », a surtout été dénoncée par les députés. « Nous demandons des actions contre ces mafias qui profitent du vol, ainsi que le trafic de bovidés et d'armements. Sans quoi, nous ne mettrons jamais fin à l'insécurité », a été tonné à Tsimbazaza.

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