10 Novembre 2017

Cameroun: Régimes autoritaires et Théorie du complot : L'étincelle qui fait toujours éclater la Poudre

La vraie question est pourquoi les théories du complot sont-elles si répandues dans les régimes autoritaires?

Comme William d'Occam, un philosophe Franciscain du 14ème siècle, William est célèbre pour avoir développé la «loi de parcimonie», mieux connue aujourd'hui sous le nom de«rasoir d'Occam». Selon le principe du rasoir, l'explication la plus simple est presque toujours la meilleur; raser toutes les hypothèses étrangères, et ce qui vous reste est généralement la vérité. Par conséquent, pourquoi les explications les plus simples ne sont-elles presque jamais des valeurs prisées dans les régimes oppressifs?

Pour répondre à ces questions, il faut analyser la «pensée magique» du dictateur confronté à des faits empiriques, comment l'arrogance et le sentiment de toute puissance souvent non justifiés, d'ayant droit perpétuel avec un style impérieux pour des personnages qui finalement prennent le pouvoir comme un dû ( en lieu et place d'une responsabilité)...mènent toujours à un certain désastre. Une catastrophe qui est symptomatique d'un régime qui a perdu l'initiative il y a belle lurette, ouvrant ainsi la boîte de Pandore de la théorie de complot où les faits et les conjectures sont traités comme des égaux, transformant les coïncidences en causalité et les conjectures en certitudes.

Tout d'abord, l'ironie avec la théorie du complot est que cela démontre que même les dictateurs ont une lune de miel politique et des marqueurs politiques qu'ils essaient d'accomplir. En effet beaucoup de tyrans qui ont été élus démocratiquement et de nombreux d'autres peuvent ou ont même pu effectivement remporter des élections démocratiques, ce qui rend le cas de Paul Kagamé au Rwanda plausible et très intéressant. Cette donnée est importante pour comprendre les revers de fortune dans les régimes tyranniques, et notamment quand la culture du secret, du doute, et de l'opacité entrent en jeu.

Dans l'histoire politique camerounaise avec seulement deux présidents en près de six (06) décennies - onze (11) pour les États-Unis et huit (08) pour la France- on peut identifier deux événements matricielles dans cette histoire. D'abord en 1972, lorsque le premier président Ahmadou Ahidjo a échoué dans sa tentative de transformer le pays en État-nation moderne et de le mettre au centre la carte africaine: C'était l'échec de la Coupe d'Afrique de football.

Il est important de noter que dans la politique mondiale et locale, le sport a toujours été plus qu'un jeu. En effet le sport participe à la fois à la gloire romantique et au caractère scientifique de l'État-nation. Aussi le nombre de médailles olympiques et de victoires sportives sont systématiquement transformés en événements promotionnels nationaux fétichisés parce qu'ils constituent une réserve pour des politiques fondées sur des preuves dont les réalisations constituent une amélioration aisément démontrable, qui présuppose des politiques rationnelles et fondées sur des principes indiquant un progrès national unifié et donc des vérifiables baromètres de compétence nationale qui donnent une légitimité à la propagande du gouvernement en tant que gardien de l'intérêt public et de la fierté patriotique bien méritée.

Par conséquent les réalisations sportives sont utilisées par les gouvernements pour revendiquer l'autorité et l'expertise scientifiques. D'où l'échec de la Coupe d'Afrique en 1972 où le pays n'a pas réussi à remporter une coupe malgré les ressources entières affectées à l'équipe, ce qui a évidemment stupéfié le régime. Après cet échec il y a eu une chasse aux sorcières massive et le nom "Tchollire" est entrée dans la légende macabre du Cameroun, comme le lieu où tous les "traîtres" devaient et ont été torturés puis emprisonnés. Certains d'entre eux n'en sortiront pas, et on n'entendra plus parler d'eux. L'échec de 1972 a ainsi ouvert les vannes pour de vastes théories de complot et le régime d'Ahidjo n'a plus jamais été le même.

L'histoire est en train de se répéter avec la CAN 2019 de Paul Biya.

En ce qui concerne Paul Biya, des érudits comme Achille Mbembe datent la descente dans l'enfer de la théorie du complot au coup d'État manqué d'avril 1984 contre son régime. D'autres, comme le réalisateur Jean-Pierre Bekolo et son film Le Président, semblent la remonter à la mort de la première dame Jeanne Irène Biya en juillet 1992, et marquent à partir de ce drame la fin de l'expérimentation par le régime Biya - pourtant plébiscitée par l'opinion publique - du concept du «Renouveau et de la rigueur dans la gestion».

Ainsi brutalement ramené à la réalité en 1984 au lendemain d'une tentative sanglante de coup d'État qui coûta la vie à des centaines de mutins originaires pour la plupart du nord du pays, le dictateur rangea opportunément très vite au placard les velléités de réforme dont il s'était fait, pour un temps, le porte-parole. Puis, s'appuyant en partie sur les dispositifs et techniques de répression hérités de son prédécesseur, il entreprit de mettre en place l'un des systèmes de gouvernement parmi les plus opaques, les plus centralisés et les plus prosaïques de l'Afrique postcoloniale.

À la place d'un État de droit, il privilégia un mode de gouvernement personnel dont on constate, trente-cinq (35) ans plus tard, l'étendue des dégâts, alors même que s'esquisse la possibilité d'une dislocation pure et simple du pays.

La théorie du complot devient donc symptomatique des régimes qui voient dans le pouvoir une opportunité privée à laquelle ils ont indéfiniment droit, plutôt qu'un acte de confiance publique. La théorie du complot devient un outil pour se détourner toutes les formes de responsabilités et blâmer les autres de l'échec du régime. De plus, la théorie du complot fonctionne comme un tatouage de gangs où les affiliations de groupes, Nous contre Eux, deviennent centrales et incontournables dans la politique.

Dans ce contexte totalitaire camerounais, la théorie du complot nous aide à analyser la crise anglophone et à questionner si finalement la guerre civile n'est pas ou ne serait pas le seul et unique véritable horizon dessiné par le régime de Yaoundé?

Car à force de rechercher le pourrissement en installant une impasse répressive, les faucons du régime dictatorial de Yaoundé obtiennent le glissement lent et progressif du Cameroun vers une guerre civile à l'issue incertaine dans les deux régions anglophones.

Ils auront donc beau émettre tous les mandats d'arrêts internationaux contre de supposés sécessionnistes, présentés opportunément comme des terroristes, sans pour autant être en mesure d'apporter les preuves aux partenaires internationaux de l'implication de ces derniers dans les attaques regrettables et condamnables perpétrées contre les forces de l'ordre et les édifices publics au Cameroun.

En réalité toute cette gesticulation sécuritaire voulue judiciaire participe d'une stratégie bien comprise du pourrissement de la crise anglophone par une dictature qui considère le dialogue national tant souhaité et proposé par la communauté internationale, comme un risque d'immixtion de celle-ci dans ses multiples violations et restrictions des libertés au Cameroun, dont celle du pluralisme des opinions et des votes réellement exprimés au prochain scrutin présidentiel de 2018.

Les Camerounais doivent donc s'attendre à voir s'installer (peut-être durablement) un front de guerre civile dans le Nord-Est et le Sud-Ouest anglophones, avec comme objectif principal de permettre à Paul Biya (85 ans, 35 de règne) de se maintenir à vie au pouvoir.

Inutile de chercher plus loin que cela!

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