10 Novembre 2017

Burkina Faso: Guézouma Sanogo - « Tout journaliste doit être un rempart contre ce genre d'immixtions grossières»

interview

Après l'annulation de l'émission « Sur la brèche » de la Radiotélévision nationale du Burkina (RTB), le 5 novembre 2017, qui devait permettre à Tahirou Barry, ministre démissionnaire de la Culture et du tourisme, de s'exprimer, les commentaires vont bon train sur cette annulation qui a créé un tollé au sein des populations, notamment dans les milieux professionnels médiatiques.

Nous avons rencontré hier, 9 novembre à Ouagadougou, le président de l'Association des Journalistes du Burkina (AJB), Guézouma Sanogo, qui donne sa réaction quant à l'annulation de l'émission.

Vous lirez dans les lignes qui suivent, sa lecture des choses et la suite à donner à ce qu'il a qualifié « d'immixtion grossière dans le traitement de l'information ».

Comment réagissez-vous à la réponse du ministre de la Communication, Remis Fulgance Dandjinou, relative à l'annulation de l'émission « Sur la Brèche » de la RTB, du 5 novembre 2017 ?

Je la trouve laconique. Du reste, je ne suis pas surpris, puisque ce n'est pas la première fois qu'il est accusé de ce genre de manipulations, d'interventions, d'immixtions dans le traitement de l'information au niveau de la Télévision nationale.

La première fois, c'était courant juillet 2016. En son temps, nous avions fait une déclaration pour dénoncer cela et il avait servi la même réponse.

Ça devient une habitude pour lui de botter tout temps en touche alors que les gens n'ont rien inventé : le ministre Tahirou Barry n'est pas passé sur le plateau de la télévision et le directeur de cette télévision, devant les agents, a dit que c'était le ministre (qui a dit de ne pas réaliser l'émission).

Le ministre Dandjinou aurait pu trouver un autre angle d'attaque qu'une réponse aussi laconique dans le style « langue de bois ».

Selon vous, un ministre de la Communication ne devrait-il avoir aucune influence sur les médias publics ?

Il n'est même pas donné à un homme d'avoir une influence sur les médias, en général, même si influence, il y a ! Si on ne veut pas que les journalistes diffusent un élément, il faut avancer des arguments professionnels connus dans la loi ou dans les chartes.

Les Burkinabè ne sont pas dupes, ils ont compris que c'est parce que Tahirou Barry n'est plus au gouvernement que celui-ci ne veut même plus que ce dernier parle.

C'est ce que les Burkinabè ont compris. Vous avez vu le tollé que cette affaire a créé. Après tant de lutte et de combat, les Burkinabè ont compris que ce qui est arrivé, est inadmissible.

Cette immixtion d'un ministre de la Communication dans le traitement de l'information, ne commande-t-elle pas une relecture des textes régissant le fonctionnement des médias publics ?

Je pense qu'ici, ce ne sont pas les textes qui sont en cause, mais plutôt les hommes. Les nouvelles lois disent clairement que le ministre de la Communication n'est plus le Directeur de publication (DP) des médias publics.

Et ce poste n'est plus une affaire de nomination, mais le poste de DP fait l'objet d'appel à candidatures. Le Directeur général d'un média public, aujourd'hui, vient avec un contrat clair, avec des objectifs clairs.

Si le ministre ou tout citoyen burkinabè estime que ses droits ont été violés par les médias publics, il y a des procédures lui permettant de se plaindre.

Il peut saisir le Conseil supérieur de la communication (CSC), l'Observatoire burkinabè des médias (OBM), faire un droit de réponse s'il le désire ou encore aller en Justice.

Il n'est pas possible qu'une personne, fût-elle ministre, dispose du pouvoir d'interdire l'accès aux médias publics à un citoyen. C'est arbitraire et en contradiction avec le principe de fonctionnement des médias dans l'ensemble.

Quelle suite comptez-vous donner à cette affaire ?

A notre niveau, c'est clair. Nous sommes farouchement opposés à toute forme d'immixtion ou d'intervention comme on vient de le voir.

Nous avons toujours dénoncé cela, nous avons fait des manifestations à cet effet et sommes même allés en grève pour cela. Nous allons toujours utiliser les moyens légaux que nous avons pour dénoncer ces immixtions.

Du reste, il faut saluer la réaction de ceux qui sont à la télévision, à l'immixtion du ministre dans le traitement de l'information. Tout journaliste doit être un rempart contre ce genre d'immixtions grossières dans le traitement de l'information.

Pour cela, il faut saluer la réaction des agents de la télé. Si on garde le silence sur ce genre d'agissements, on contribue à nourrir les rancœurs contre les journalistes et finalement, cela peut provoquer une déflagration. Voilà pourquoi nous estimons que ce ne sont pas des choses à tolérer.

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