13 Novembre 2017

Ile Maurice: Henry Coombes - «Plein de gens, dont des hommes, ont dit avoir subi des attouchements sexuels»

interview

Il n'y a aucune honte à avoir été victime d'attouchements. Henry Coombes/Ennri Kums, qui a lui-même été victime de pédophilie à l'âge de 11 ans, a voulu en apporter la preuve. L'artiste peintre raconte.

Vous avez témoigné, sur Facebook, avoir été victime de pédophilie à 11 ans au collège...

Ce n'est pas la première fois que je raconte cette histoire. Je l'ai d'abord racontée à des amis. Je n'ai aucune honte à avoir. Je l'ai fait publiquement pour la première fois en solidarité aux personnes qui ont été harcelées. Je l'ai fait en solidarité avec les femmes. Dans mon cas, c'était au collège St-Joseph à Curepipe.

Comment ont réagi vos amis à cette époque ?

Sentiments de colère, de tristesse, de rage. Depuis que j'ai témoigné sur Facebook, plein de gens, dont des hommes, ont dit qu'ils ont, eux aussi, subi des attouchements ou ont été harcelés à l'école, par des enseignants, des frères ou mères supérieurs.

«Quand cela m'est revenu à l'esprit à 20-25 ans, je me suis dit qu'il y a peut-être d'autres jeunes qui, eux, n'ont pas eu la force de dire non.»

Savez-vous ce qu'est devenu l'homme derrière ces attouchements ?

C'était un frère catholique irlandais qui, à un moment donné, est reparti dans son pays. Il a dû mourir là-bas. En plus, c'était un être vraiment vilain, pas seulement méchant. Repoussant aussi.

Que vous est-il arrivé ?

Je me suis dégagé de ses genoux, sur lesquels il m'avait mis. Il m'a laissé partir. Quand cela m'est revenu à l'esprit à 20-25 ans, je me suis dit qu'il y a peut-être d'autres jeunes qui, eux, n'ont pas eu la force de dire non. Qu'ils ont peut-être subi plus que ce que moi j'ai subi.

Quand je l'ai croisé par la suite, c'était comme si de rien n'était. Je crois qu'il a eu peur. C'est pour cela qu'avant de quitter la pièce, il m'a demandé : «Ça va ?»

Libéré depuis ?

Je ne peux me servir du mot «libéré». Ce n'est pas quelque chose qui m'avait emprisonné. Cela m'avait marqué et me marquera jusqu'à la fin de mes jours. Je suis quelqu'un d'assez fort. J'ai compris, jeune, ce qui m'était arrivé. En plus, je m'en suis sorti.

Savez-vous s'il a fait d'autres victimes au collège ?

Sous mon témoignage sur Facebook, deux, trois personnes ont raconté avoir subi la même chose. Elles n'ont pas précisé s'il s'agissait de la même personne. C'est évident qu'il a dû faire cela à d'autres garçons.

Même si le frère directeur est mort aujourd'hui, n'estimez-vous pas que les autorités devraient réagir ?

Il n'y a qu'à voir la réaction des papes successifs qui ferment les yeux, les oreilles. Ils ne font absolument rien. Par contre, ils mettent leur nez là où il ne faut pas. Mais dénoncer les prêtres pédophiles dans leur église, c'est le cadet de leurs soucis. Ils ne font que déplacer les prêtres d'un village à l'autre.

«À l'époque, personne ne parlait de pédophilie et de harcèlement. Non, j'ai subi cela en silence.»

Vous ne vous en voulez pas de ne pas avoir alerté la police ?

À l'époque, personne ne parlait de pédophilie et de harcèlement. Non, j'ai subi cela en silence. J'ai dû mettre un mot là-dessus plus tard à 20-25 ans, lorsqu'on a commencé à parler de pédophilie.

En avez-vous parlé à vos parents ?

(Il réfléchit) À mes parents non. Mais à une sœur et à mon frère oui. Je sais aussi qu'il y a des cas où les parents ne veulent rien savoir. Dé- jà, si cela s'est passé dans la famille, avec le père, la mère ou l'oncle, c'est l'omerta. Tous les abusés vous diront la même chose. Ils ont honte d'en parler. Et ont peur de comment ce sera pris. Mais cela ne m'a même pas traversé l'esprit d'aller en parler à mes parents.

En quoi cela a-t-il eu un impact sur votre vie ?

S'il avait été plus loin avec pénétration, force, violence et tout le reste, là cela aurait eu un impact sur ma vie. Là, ce n'est pas du viol. Il m'a pris et m'a mis sur ses genoux. Tout ce que j'ai ressenti, ce sont ses parties intimes sous moi. Un geste déplacé. J'ai tout de suite bondi hors de ses genoux.

«Pédophilie ne signifie pas homosexualité. Il faut absolument séparer les deux.»

Ce n'est jamais pardonnable de s'en prendre à des enfants innocents. Quand ce frère m'a mis sur lui, j'ai senti le monde des adultes. Je me souviens, c'était un choc.

Un impact sur votre orientation sexuelle ?

(Il se redresse dans le canapé) Je souhaite vraiment mettre les points sur les «i». Pédophilie ne signifie pas homosexualité. Il faut absolument séparer les deux. Déjà, tout petit, à quatre-cinq ans, je me sentais homosexuel. L'orientation sexuelle n'a rien à voir avec les gens qui nous touchent. Ce n'est pas parce qu'une fille a été violée par une sœur, une maman, qu'elle va devenir lesbienne. Il ne faut pas mélanger les deux.

Pourquoi tant de sexes masculins dans vos tableaux ?

Je suis peintre. Et homosexuel. Ce sont deux choses séparées. On ne va pas parler de Picasso en tant qu'artiste hétérosexuel parce qu'il ne peignait que des femmes. On dit artiste peintre. Je veux aussi qu'on me voie comme peintre. Après, si on veut discourir sur moi, on pourra dire oui, il était homosexuel.

La suite après vos confidences ?

C'est la loi. Il faut qu'elle prenne en charge les gens qui sont harcelés. Dans la rue y compris. Cela a été une chance cette affaire Weinstein (NdlR, producteur de films américain accusé de viol et de harcèlement par des femmes). Les gens ont pris conscience que le harcèlement existe. Roman Polanski, pareil (NdlR, une centaine de féministes ont manifesté, le 30 octobre, devant la cinémathèque française à Paris contre la tenue d'une rétrospective consacrée au réalisateur franco-polonais, accusé par cinq femmes d'agression sexuelle). Il faut qu'on puisse aussi lancer à Maurice l'application mobile qui permet de signaler les agressions et venir en aide aux victimes.

Êtes-vous confiant que les choses évolueront ?

Gouvernement après gouvernement, nous avons les mêmes bourriques à la tête. Sinon, il y a aussi celles qui sont comme la présidente ; qui ne font absolument rien.

(Parenthèses) D'ailleurs, je ne veux pas que ce gouvernement prenne mon travail quand je meurs. Je dois planifier ma mort. J'ai 70 ans. Pour Tikoulou, j'ai déjà parlé à Pascale Siew. Je vais lui léguer tout ça. Et j'ai demandé à mon ami Salim Currimjee, qui a une fondation ICAIO à Port-Louis, de bien vouloir prendre mon travail quand je meurs. Je ne veux pas que cela soit dispersé et jeté.

(Il reprend) Le jeune gars qui a violé une touriste à Cap-Malheureux, en mars, il s'en est sorti avec un an de prison pour un viol. Pas possible ! Il faudrait qu'on puisse continuer à s'indigner, à être en colère pour que le gouvernement vote de nouvelles lois. Il faut continuer à dénoncer. Il faut shame them.

L'évêque réagit

Sollicité dans le cadre de cette interview, le cardinal et évêque de Port-Louis, Maurice Piat, s'est exprimé par le biais de son service de communication : «L'évêque, ayant été informé du témoignage de M. Henry Coombes, tient à exprimer sa sollicitude et sa préoccupation. L'évêque est tout à fait disposé à recevoir M. Coombes s'il le désire.»

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