13 Novembre 2017

Ile Maurice: Dev Manraj - L'homme clé de tous les gouvernements

Le secrétaire financier n'est jamais très loin de l'actualité. Déjà, la semaine dernière, une question parlementaire d'Aadil Ameer Meea au Premier ministre portait sur lui. Le député du Mouvement militant mauricien (MMM), qui comptait obtenir le montant net du «pactole » que touche Dev Manraj, est toutefois resté sur sa faim.

Pravind Jugnauth a uniquement répondu sur les Rs 164 000 de salaire de base du Financial Secretary, et les Rs 2,9 millions d'allocations voyage perçues par ce dernier durant ces deux dernières années. Pourquoi Dev Manraj intéresse-t-il à ce point ?

«Un mudfish (poisson de boue) par excellence qui survit et prospère à chaque gouvernement. » C'est ainsi qu'un commis du pouvoir qui côtoie de près Dev Manraj depuis de nombreuses années, dépeint le secrétaire financier.

Âgé de 68 ans, Dharam Dev Manraj, plus connu comme Dev Manraj ou «Manraz», est marié et père de deux enfants. Il a travaillé avec quasiment tous les Grands argentiers que Maurice a connus : de Veerasamy Ringadoo, en passant par Paul Bérenger, Vishnu Lutchmeenaraidoo, Rama Sithanen, Vasant Bunwaree, pour finir par Pravind Jugnauth.

Avant sa nomination comme président du comité se penchant sur le salaire des cleaners des écoles primaires, Dev Manraj a été la «roue de secours» du gouvernement en place sur plusieurs dossiers brûlants. Allant de l'ex-CT Power à l'université de Maurice. Au gré des gouvernements, l'homme a ainsi pu se rendre indispensable.

Un ancien ministre des Finances qui a travaillé avec le secrétaire financier, estime qu'il y a, pour lui, deux Dev Manraj. «Le bon fonctionnaire d'avant» et «l'actuel qui est devenu une personne dangereuse, cynique, qui a su se rendre indispensable que ce soit sous Ramgoolam ou Jugnauth.» Cet interlocuteur se dit choqué que ce dernier soit toujours en poste, après l'épisode MCB-NPF notamment. (Voir plus loin)

Un haut fonctionnaire qui a travaillé avec Dev Manraj reconnaît en ce dernier un «bon professionnel qui connaît les rouages des finances et qui sait se faire entourer par des gens valables». Mais il se souvient surtout de la manière dont «il terrorise le personnel du ministère».

Pour sa part, un des proches collaborateurs de Pravind Jugnauth estime que Dev Manraj est une personne qui veut bien faire pour le pays mais avec des «défauts». «Avec ses années d'expérience, il aurait pu se faire écouter par des politiciens aussi bien de l'actuel gouvernement que des précédents. Sauf que comme il ne veut déplaire à personne, il ne fait qu'exécuter au lieu de conseiller.»

En outre, cet intervenant déplore l'absence d'une structure de relève si Dev Manraj quitte le service. Ceci, dit-il, en raison du style de gestion auquel le secrétaire financier a habitué les fonctionnaires.

À savoir «travailler sur des ordres et pas sur une collaboration». Quitte à «tyranniser ses subalternes, mais uniquement ceux qui osent le remettre à sa place, comme ce junior qui une fois, devant un groupe de personnes, a repris un Manraj rouge de colère pour lui dire de faire lui-même le travail».

Quant au principal concerné que l'express a également sollicité, il a fait savoir qu'il ne souhaite parler de lui.

Son parcours

Le ministère des Finances, qu'il a rejoint 44 ans de cela, Dev Manraj le connaît comme sa poche. D'un premier poste de comptable, l'ascension de ce diplômé de l'International Management de l'International Institute for Management Development de Lausanne et membre de l'Association des Chartered Certified Accountants du Royaume-Uni, est fulgurante.

Il est d'abord promu Senior Accountant, Principal Accountant et Chief Accountant. Puis, en 1988, il devient directeur du Management Audit Bureau qu'il occupe pendant deux ans.

La première fois qu'il est nommé secrétaire financier remonte à 1990 auprès de sir Anerood Jugnauth (SAJ). Dev Manraj y reste jusqu'en 1998, côtoyant Vishnu Lutchmeenaraidoo, Rama Sithanen et Vasant Bunwaree.

En parallèle, de 1997 à 1998, il assure la suppléance comme secrétaire au Cabinet et chef de la fonction publique. Des responsabilités qu'il réitère de temps à autre depuis ces deux dernières années à chaque fois que le titulaire est absent du pays.

En 1998, Dev Manraj quitte la fonction publique et exerce comme consultant jusqu'en août 2000. En octobre, il devient conseiller du PM au sein du gouvernement de SAJ. Il occupe ce poste jusqu'en février 2003.

Il fait son come-back en mars 2012. C'est Navin Ramgoolam qui l'embauche comme Senior Adviser et chef de la Project Management & Delivery Unit au PMO. En octobre 2013, ce même Navin Ramgoolam le nomme secrétaire financier en remplacement à Ali Mansoor.

Au changement de gouvernement en décembre 2014, Dev Manraj est maintenu à son poste. Le gouvernement MSM-ML-PMSD le nomme aussi, le 24 avril 2015, président de la Financial Services Commission.

Dev Manraj semble détenir un record de participation au sein des boards des organismes parapublics ou des compagnies d'État. Soit, en tant que président, soit, en tant que membre sur une cinquantaine d'entre eux. C'est ce qui est détaillé dans son curriculum vitae. De la State Bank of Mauritius, en passant par la State Investment Corporation, la SICOM, Business Parks of Mauritius Ltd, la State Trading Corporation (STC), Air Mauritius, la National Transport Corporation (NTC), la Mauritius Broadcasting Corporation, le Board of Investment... La liste est très longue.

Dev Manraj a, en outre, participé à la rédaction de la loi pour la créer la Port Louis Stock Exchange, la Mauritius Freeport Authority, Mauritius Offshore Business Activities ou encore le National Computer Board. Il a aussi participé à la création de l'ex-State Property Development Co. Ltd, de la Mauritius Leasing Company Ltd, du National Investment Trust, de la NTC et de la STC.

Les zones troubles

Dev Manraj ne compte pas uniquement des accomplissements à son palmarès. Son nom a été associé à des scandales. Dont celui de la MCB-NPF qui a éclaté le 8 février 2003 et qui porte sur un trou de Rs 886 millions dans les comptes du National Pensions Fund (NPF) et du National Savings Fund (NSF). C'est d'ailleurs Dev Manraj, alors conseiller du PM SAJ, qui se rend au domicile du directeur général de la Mauritius Commercial Bank, Pierre Guy Noël, pour l'informer des irrégularités avec les placements du NPF et du NSF.

Sauf que le «lien étroit» du secrétaire financier avec Teeren Appasamy, soupçonné d'être le principal bénéficiaire du détournement de fonds, est très vite révélé dans la presse. Dev Manraj a été arrêté dans cette affaire sous deux charges provisoires de corruption et de blanchiment d'argent, avant d'être blanchi.

Plus récemment, son nom est revenu plusieurs fois lors des auditions devant la commission d'enquête sur la vente de 23,3 % d'actions de Britam Kenya à Rs 2,6 milliards à la compagnie kenyanne Plum Limited Liability Partnership. Une vente conclue alors qu'une offre de Rs 4,2 milliards avait été faite au préalable par le groupe sud-africain MMI Holdings. Dev Manraj a également déposé devant la commission en raison de sa participation à cette transaction en tant que secrétaire financier et président de la FSC.

Ile Maurice

Rohingyas - Shakeel Anarath raconte la misère d'un peuple déraciné

La première fois qu'il est parti à la rencontre des Rohingyas, c'était fin octobre. Shakeel Anarath… Plus »

Copyright © 2017 L'Express. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.