14 Novembre 2017

Burundi: Aéroport de Bujumbura, domaine sécurisé vous dites ?

La corruption. Un mal qui gangrène la société burundaise, mais pas au point de mettre en jeu la vie de centaines de gens ou l'image de tout un pays, vous direz-vous. Pourtant, l'aventure de notre blogueur Jean Ndikumana (pseudo) va malheureusement risquer de vous faire changer d'avis.

C'était au mois d'octobre, j'avais un voyage à l'étranger pour des raisons de travail. Le jour du départ a vite sonné. J'avais un vol de 17 h 15minutes, heure de Bujumbura. Je devais être à l'aéroport vers 15h 15 minutes pour avoir un temps suffisant pour le checking.

J'avais ma voiture et j'avais promis à mes collègues avec lesquels on partait ensemble de passer les prendre. Mais c'était sans compter sur le cours des choses. Vers 10h, un ami m'a appelé pour me dire que son magasin venait d'être cambriolé et qu'il ne restait rien. Obligé de l'aider à gérer cette affaire, je n'ai pas vu le temps filait.

Vers la maison...

A 15h moins le quart je n'avais même pas encore fait mes bagages. J'ai émis un juron que je ne saurais répéter en temps normal, quitté Kinindo à plein gaz, phares allumés, mains au claxon comme le font les voitures que nous connaissons tous.

Sur les barrières de la PSR, j'ai été un peu amusé de voir qu'aucun policier n'a même pas eu envie de m'arrêter pour voir si j'étais en règle ou pas. De toutes façons, les voitures qui roulent comme je le faisais sont « généralement au service de la nation et vaut mieux ne pas les déranger », m'a dit plus tard un ami policier.

Je suis arrivé à Gihosha après avoir passé plus de trois barrages sans que personne ne m'inquiète. Arrivé à la maison, j'ai fait mes bagages à la va vite. J'avais les documents de voyages en règle. Le reste était facultatif.

Vers l'aéroport ...

J'ai pris le départ à 15h25 minutes. Je devais prendre mes collègues comme promis. Du moins, ceux qui m'attendaient encore, car la plupart d'entre eux étaient déjà partis.

On était à quatre dans la voiture, et je roulais à plus de 80km/h. A 16h nous sommes à l'aéroport. Il y avait cinq policiers à l'entrée, là où tout le monde doit sortir du véhicule, faire passer ses bagages dans le scanner.

Avant d'entrer dans le domaine de l'aéroport, un policier s'est approché, sourire aux lèvres puis m'a lancé : « ndabwisabiye chef » (bien le bonjour chef, ndr). Je l'ai salué avec les deux mains comme nous l'ont appris nos parents. J'ai vite avancé que nous sommes hyper pressés, que nous avons un vol dans moins d'une heure.

Nous étions sur le point de sortir pour passer le checking quand, contre toute attente, le policier et son collègue se sont approchés pour me chuchoter : « dusigire na kamwe mwirenganire » (laissez-nous un pot et passez votre chemin).

Je n'en croyais pas mes oreilles. Un 2000 balles dans la rue pour avoir oublié un permis ou ne pas en avoir du tout, je comprenais.

Mais à l'aéroport, ou des centaines d'étrangers arrivent et partent, ou leur sécurité en va de l'image du pays... j'étais dépassé, mais tout de même tenté de faire l'expérience du #CorrompezLePolicierChallenge.

J'ai sorti deux billets de 1000 Fbu. Avec mon coffre rempli de bagages, j'ai passé sans aucun contrôle. À un moment j'ai eu honte de moi, honte des policiers...

Dans mon for je me demandais : « Et si j'étais un kamikaze fraîchement radicalisé ? Et si j'étais de Daesh, El shebab ou je ne sais pour quel autre groupe terroriste ? »

Heureusement que je n'en étais pas un.

Burundi

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