14 Novembre 2017

Tunisie: Musique et médias - Toute une éducation !

La musique est quasiment au repos. Nous avons le temps d'évoquer des problèmes qui l'intéressent au plus haut point, mais qui sont de moins en moins objets d'attention. Des questions de fond, surtout. Comme, par exemple, la place de la chanson savante dans les médias. Cette place a pratiquement fondu voilà des années. Doublement abandonnée.

Par les décideurs et les «consommateurs» à la fois. Nos décideurs ne voient plus tant d'intérêt à la culture musicienne.

C'est comme une dialectique fatale,une sorte de cercle vicieux : l'art («al fann») ne vaut plus que par son marché,il se vend et il s'achète plus qu'il ne s'apprécie ;il se consomme comme il se présente.Quel « besoin », dès lors, y a-t-il à le concevoir,à le penser, à l'évaluer, à le planifier, à en faire un projet de société ?

Un projet de société, la musique ? «La simple chanson» ?Oh ! que oui. Proust en disait «qu'elle est la seule à exprimer l'histoire sentimentale des peuples».

Le maître du roman n'avait même pas cité le roman. Mais davantage qu'à une histoire sentimentale on pense à toute une éducation : à un niveau d'intelligence collective,de culture et de goût.

On se réfère toujours à l'exemple de l'Egypte des années 1930-1960, l'Egypte des géants de la chanson arabe,ce fut une séquence unique où la grande musique classique était en harmonie avec de larges pans de la population.

A presque la même période, la Tunisie de la Rachidia, de «Taht essour» et des débuts de la radio était la Tunisie de l'éveil des consciences et de la renaissance des arts et des lettres.

Mais l'inverse, hélas, est tout aussi vrai. L'Egypte musicale de l'après-Abdelhalim a beaucoup régressé, et elle a engendré (et engendre encore) des publics «adéquats». Idem, ici, à l'heure des satellitaires du Golfe, des radios et des télés privées, la culture a pratiquement quitté la chanson et le public de la chanson.

Et c'est cela qui manque au débat aujourd'hui ?

Ce recul du savoir et du goût, cette «acculturation», sont-ils vraiment une fatalité ? Sont-ils irréversibles ?Absolument dépourvus de solutions ?

Beaucoup le pensent. Pas nous. Nous n'avons pas une vision linéaire (définitive) de l'art et de l'histoire de l'art. Là, ce qui précède n'est pas forcément dépassé, et ce qui est nouveau ne supplante pas toujours l'ancien. Pourquoi évoquons-nous la place de la musique dans les médias ?

Précisément pour rappeler que le commerce hypermoderne de la chanson, ses formidables technologies, son Youtube et ses millions de vues, ne résultent que d'un pouvoir de communication, rarement, très rarement de la supériorité d'un contenu.

Autrement dit, ce que les radios et les télés construisent aujourd'hui, elles peuvent tout à fait le déconstruire demain. C'est une science médiatique, c'est une technique de diffusion,indépendante de la valeur artistique des produits.

La conclusion, nous la devons à Pierre Bourdieu. Simple, répétait-il à l'adresse des militants de la culture «si on veut remplacer l'art médiocre par l'art de qualité,offrons à celui-ci la même audience, mettons-y donc les mêmes moyens !».

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