16 Novembre 2017

Congo-Kinshasa: Une police à deux vitesses

Formée et équipée par l'Union européenne dans le cadre du projet Eupol, la PNC est encore loin de se départir de ses vieux démons. Et lorsqu'il s'agit d'assurer l'ordre public, comme ce fût le cas dans la journée du 15 novembre 2017, elle traite ses cibles selon qu'elles appartiennent à l'Opposition ou à la MP.

Aux uns, elle applique la rigueur de la loi, aux autres, elle garantit l'encadrement. L'UE condamne ce comportement et l'a fait savoir dans une déclaration faite jeudi, soutenue dans cette position par les Etats-Unis, la Suisse et le Canada.

A Kinshasa, comme dans les grandes villes de la République démocratique du Congo, la population a répondu à l'appel lancé par des mouvements citoyens pour marquer sa désapprobation au calendrier électoral de la Céni qui renvoie les élections en décembre 2018.

Sans surprise, la Police nationale congolaise a déployé de gros moyens pour empêcher toute manifestation. Mais, au même moment, à Kinshasa, notamment au siège fédéral du PPRD sur le boulevard Sendwe, des militants du parti présidentiel arborant des bérets rouges s'étaient regroupés pour s'interposer aux manifestants.

Au centre-ville, des militants du Palu, parti allié de la MP, avait également improvisé un rassemblement. Sans être inquiétés le moins du monde. Bénéficiant d'un traitement de faveur là où les autres ont été bastonnés de diverses manières.

Et pourtant, le chef de la police à Kinshasa avait promis de réprimer « sans pitié » tout rassemblement de plus de cinq personnes. Et, sans surprise, elle s'est déployée dans des coins réputés être des points chauds de l'Opposition.

Indignation à l'UE

L'Union européenne, qui a investi de millions d'euros dans la formation des éléments de la PNC, n'est pas restée indifférente à ce comportement.

Dans une déclaration faite jeudi à Kinshasa, à laquelle se sont d'ailleurs joints les Etats-Unis, la Suisse et le Canada, l'UE ne cache pas son dépit. Elle fustige notamment les menaces faites la veille de cette journée, soit le mardi 14 novembre 2015, par différents responsables.

« Nous sommes vivement préoccupés par les déclarations récentes, attribuées à un certain nombre de responsables des forces de police congolaises et de Gouverneurs de provinces ayant annoncé de manière anticipatoire la perturbation de manifestations pacifiques organisées par la société civile et des partis d'opposition ce 15 novembre.

De telles déclarations ne correspondent pas aux principes démocratiques et au respect des libertés d'expression et de réunion. Ils sont également contradictoires avec l'engagement du gouvernement de la RDC de soutenir un processus électoral crédible, libre et apaisé en 2018 », déclare l'UE.

Dans cette déclaration, les signataires rappellent que « le droit de se rassembler et le droit d'organiser des réunions publiques sont inhérents à tout processus démocratique crédible ».

« Plutôt que de travailler à interdire et perturber ces réunions », l'UE note que « le gouvernement congolais pourrait travailler avec la société civile et les représentants de l'opposition pour s'assurer que ces événements se déroulent en toute sécurité et sans incident ».

Elle promet en même temps de continuer à « encourager ceux qui organisent de telles réunions publiques à adopter une attitude non-violente et à s'assurer que leurs actes n'empiètent pas sur les droits de tiers », pressant les autorités congolaises à « s'abstenir d'un recours à la force excessive.

L'UE avise que ces dernières « sont susceptibles d'être tenues responsables de leur conduite, y compris à titre individuel ».

Une milice protégée

Le constat est que la MP ne travaille pas pour l'apaisement. Dans ses rangs, on se prépare plutôt à l'affrontement. Illustration, ce qui s'est passé mercredi dernier avec l'exhibition sur la place publique des bérets rouges du PPRD.

Le fait qu'ils n'aient pas été inquiétés pousse d'aucuns à dire qu'ils ne seraient pas moins une milice à même de prendre des dimensions disproportionnées. Une bombe à retardement ? Possible, à moins que la MP se ressaisisse à temps.

Emporté par la hargne de protéger le siège de son autorité morale, le PPRD n'a trouvé mieux que de s'inspirer des expériences macabres du Soudan d'Omar El-Béchir et du Burundi.

Au Soudan, le pouvoir en place a formé sa propre milice pour se protéger, les Janjawids (miliciens arabes pro-gouvernementaux). La pratique a été dupliquée au Burundi avec Pierre Nkurunziza qui s'est doté à son tour d'une milice composée de jeunes de son parti, connus sous la dénomination des Imbonerakure.

Entre 1999 et 2000, confronté aux menaces de rébellion dans le Darfour occidental et septentrional, le président soudanais Omar El-Bechir décide d'armer les milices Janjawids. Quand l'insurrection prend de l'ampleur en février 2003, le gouvernement soudanais réplique en faisant des Janjawids sa principale force de répression.

Au Burundi, ce mouvement a commencé avec la crise politique en 2015. De nombreuses preuves démontrent d'ailleurs la proximité des Imbonerakure avec la police et le SNR (service national de renseignement) dans la traque et le harcèlement d'opposants politiques.

Le PPRD est tenté d'importer cette pratique en RDC. La tolérance à leur endroit frustre l'Union européenne qui a déployé des experts et des techniciens de tous genres pour mettre des éléments de la PNC au diapason des standards internationaux.

L'UE n'est-elle pas en train de regretter d'avoir jeté son argent par la fenêtre. Elle déplore que la PNC soit une structure politiquement engagée.

Le mal est si profond que la refondation de l'Etat, qui tarde à venir, passe par un reformatage de toutes les structures de l'Etat, en particulier la police, l'armée et les services, pour en faire des unités véritablement républicaines et non à la solde d'un individu ou du régime en place.

Congo-Kinshasa

Plus de 20 mille réfugiés de la RD Congo à Lunda norte

21.116 citoyens de la République Démocratique du Congo (RDC) sont abrités dans la province… Plus »

Copyright © 2017 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.