17 Novembre 2017

Congo-Kinshasa: Projet de budget 2018 - Tshibala se rattrape, mais...

C'est au cours d'un Conseil des ministres marathon présidé mardi par le chef de l'Etat que le gouvernement a enfin adopté le projet de budget 2018 qu'il a transmis hier mercredi 15 novembre à l'Assemblée nationale. Bruno Tshibala s'est certes rattrapé en dernière minute, mais son projet de budget étale les insuffisances d'un gouvernement qui aura du mal à faire face aux grandes urgences de 2018, notamment la tenue de la présidentielle, des législatives nationales et provinciales à la date fixée par la Céni, soit le 23 décembre 2018.

Le projet de budget 2018 est enfin là. C'est le mardi dernier qu'il a été adopté en Conseil des ministres, au terme d'une réunion extraordinaire du gouvernement présidée par le chef de l'Etat Joseph Kabila. L'adoption de ce projet de budget 2018 sauve le Premier ministre de l'action initiée contre lui par le député national MP Henri-Thomas Lokondo.

En effet, dans une procédure, du reste avalisée par la plénière de l'Assemblée nationale, Lokondo préparait une interpellation visant le Premier ministre qui avait accumulé un grand retard dans la transmission du projet de budget pour le prochain exercice à l'Assemblée nationale. Le gouvernement ayant d'ores et déjà levé les grandes options de ce projet budgétaire, que va faire l'initiateur de l'interpellation ? Deux possibilités. Soit, il poursuit son action jusqu'à son terme, soit il la gèle en attendant que les deux Chambres du Parlement aient le temps d'examiner, en mode d'urgence certes, le projet de loi de finances 2018.

Que retenir de ce projet ?

Pressé par le temps, Bruno Tshibala a transmis hier mercredi à l'Assemblée nationale ce projet de loi. A première vue, le Premier ministre semble avoir sérieusement revu à la baisse ses ambitions d'il y a quelques mois. En alignant pour le deuxième semestre un budget équivalent à huit milliards Usd, le chef du gouvernement est enfin revenu sur terre. Son projet est réduit de 10,5% par rapport à l'exercice 2017. La vérité des chiffres et l'état calamiteux des finances publiques ont finalement eu raison de la détermination de Bruno Tshibala.

C'est donc un budget équilibré en recettes et en dépenses que défendra prochainement le Premier ministre devant le Parlement. Il est de l'ordre de Dix Mille Trois Cent Treize, Trois Milliards de francs congolais (10.313.003.000.000.000 Fc). Les recettes internes accusent un taux d'accroissement de 4,5% par rapport à 2017, contre une régression des recettes extérieures de l'ordre de 41,5%.

Selon les termes repris dans le compte rendu du gouvernement, ce projet de loi de finances 2018 poursuit quatre objectifs majeurs, à savoir l'organisation d'élections ; l'arrêt de la dégradation de la situation économique du pays ; l'amélioration des conditions de vie de la population et ; la restauration de la sécurité des personnes et des biens sur l'ensemble du territoire national.

Dans le volet dépenses, le gouvernement a consacré des dépenses exceptionnelles de 977,5 milliards de Fc, composées essentiellement des charges liées aux opérations électorales d'un import de 840,0 milliards de Fc en faveur de la CENI au profit de laquelle il importe d'ajouter l'appui logistique de la MONUSCO qui est estimé à 72,5 milliards, soit un total de 912,5 milliards de Fc pour les opérations électorales. Il s'agit essentiellement de parachever en 2018 les trois scrutins directs prévus en une seule séquence (présidentielle, législatives nationales et provinciales) ainsi que les scrutins indirects provinciaux, précédés par la cooptation des chefs coutumiers aux assemblées provinciales, contre une enveloppe de 1.202,9 milliards de Fc pour l'année budgétaire de 2017.

Dans cette enveloppe consacrée au processus électoral, largement en baisse par rapport à celle retenue en 2017, l'apport du gouvernement est fixé à 912,5 milliards Fc, soit l'équivalent de 498 millions Usd au taux budgétaire moyen de 1.813,4 FC/USD. C'est avec cette enveloppe que le gouvernement prévoit de financer la Céni pour la tenue le 23 décembre 2018 de la présidentielle ainsi que des législatives nationales et provinciales.

Les élections dans l'incertitude

Un constat est vite tiré des prévisions des dépenses liées aux élections. Contrairement à 2017, les fonds consacrés aux élections ont subi une baisse d'environ 19%. Or, à ce jour, la Céni éprouve de sérieuses difficultés à boucler son budget d'opérations, notamment sur le volet lié aux opérations d'enrôlement et d'identification des électeurs. On doit dès lors prédire qu'avec des fonds en régression, la Céni n'est pas au bout de ses peines. Sans doute, la centrale électorale devrait procéder par des coupes au niveau de son budget d'exploitation ou, à défaut, passer par des arbitrages dans ses priorités de dépenses, pour couvrir certaines charges contraignantes liées aux élections. C'est dire que la Céni n'est pas encore sortie de l'auberge. Le pire est sans doute à venir.

Du côté du gouvernement, les nouvelles ne sont pas tout aussi rassurantes. Avec un projet de budget à la baisse, l'on doit s'attendre à une année 2018 particulièrement agitée sur le plan financier. Dans les couloirs de la primature, l'on apprend que le gouvernement a voulu intégrer dans le projet de budget 2018 l'option d'un recours au financement monétaire. Finalement, rapporte-t-on, cette option a été écartée compte tenu de ses conséquences désastreuses sur l'équilibre encore fragile du cadre macroéconomique. Toujours est-il que pour l'année 2018, le gouvernement n'exclut pas la possibilité de recourir aux avances de la Banque centrale du Congo en cas de grandes difficultés de trésorerie. Là aussi, l'on doit s'attendre à une catastrophe sur le plan économique et financier.

A tout prendre, Bruno Tshibala est limité. Il a enfin étalé au grand jour son incapacité à doter la RDC d'un budget digne de ce nom. Les rêves du vieux maquisard sont partis en fumée. On se rappelle qu'en mai dernier, lorsqu'il s'est présenté devant l'Assemblée nationale avec un budget de plus de huit (8) milliards Usd pour le reste de l'année 2017, le Premier ministre avait promis de faire mieux au prochain exercice. Il aura été finalement recalé, obligé de réduire de 10,5% le projet de budget par rapport à l'exercice 2017.

Dans la perspective d'un asséchement des recettes, face à une explosion des dépenses, notamment celles liées aux élections, le processus électoral pourrait baigner en 2018 dans une parfaite incertitude.

A moins que les partenaires extérieurs délient à temps les cordons de leur bourse pour voler au secours de la Céni. Ce qui n'est pas évident, à première vue, compte tenu de nombreuses réticences qui entourent le calendrier électoral présenté le 5 novembre 2017 par la Céni.

C'est dire qu'en 2018, un épais nuage couvre toujours la tenue d'élections dans les échéances fixées par la Céni.

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