17 Novembre 2017

Zimbabwe: La chute de Mugabe rend-elle les coups d'Etat plus attractifs?

analyse

Les coups d'Etat n'ont pas bonne presse en Afrique, mais l'opération que l'armée zimbabwéenne a refusé d'appeler par son nom risque de réanimer les vocations.

Face aux dictateurs qui veulent se maintenir au pouvoir à vie, les Africains vont comprendre, grâce au cas du Zimbabwe, que le coup d'Etat est un moyen de lutte pour le changement parmi tant d'autres et qu'il peut être plus efficace que les élections.

La chute de Mugabe est suivi sans aucun doute avec inquiétude dans tous les pays où les despotes changent les Constitutions pour se maintenir au pouvoir, mais aussi dans ceux où les présidents vieillissants préparent les membres de leur famille, leurs fils ou leurs femmes, à leur succession. Ces régimes parviennent à se maintenir au pouvoir grâce à l'armée, à la police et aux autres organes de répression. Et ils pensent qu'aussi longtemps qu'ils donneront à leurs hommes armées les avantages nécessaires, ils ne les lâcheront jamais.

Or le cas du Zimbabwe montre que même l'armée finit par être fatiguée par les caprices d'un despote. L'armée qui a lâché Robert Mugabe est la même qui l'a servi pendant ses 38 années de pouvoir. Mais Mugabe a commis l'erreur de pousser son égoïsme plus loin en voulant promouvoir sa femme Grace comme successeur.

Un coup d'Etat sans versement de sang

Mais l'attractivité du coup d'Etat au Zimbabwe vient aussi du fait qu'il s'est réalisé pacifiquement. Normalement, les coups d'Etat tels qu'on les connait en Afrique sont sanglants. Ils sont suivis par les assassinats des leaders destitués et même des guerres civiles, comme ça a été le cas dans mon pays le Burundi en 1993. C'est ce caractère sanglants des coups d'Etat qui fait qu'ils sont systématiquement condamnées par la Communauté internationale, même quand ils sont commis contre des leaders qui n'ont aucune légitimité.

Mais comme le dit un collègue blogueur, « le Zimbabwe invente un nouveau modèle de coup d'Etat. Un modèle qui convient le plus à certains Etats africains : frapper puis appeler le président à négocier sa sortie honorable ».

C'est ce « coup d'Etat à visage humain » que ceux qui font face aux pouvoirs dictatoriaux, et qui ne peuvent espérer un changement par les élections, voudront apprendre du Zimbabwe.

Le coup d'Etat reste un mal, parfois nécessaire

Ceci dit, le coup d'Etat reste un mal, puisqu'il s'agit de se débarrasser d'un pouvoir par la force. C'est pourquoi le renversement des pouvoirs élus et légitimes est toujours à décourager.

Mais face aux pouvoirs qui tuent, torturent et manipulent les Constitutions et les élections pour se maintenir au pouvoir ou se faire succéder par les gens de leurs familles, le coup d'Etat, comme tout moyen nécessitant l'usage de la violence, devient un mal nécessaire.

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