18 Novembre 2017

Afrique: Résignation

analyse

Il y a déjà plusieurs années que les informations sur les traitements inhumains subis pas les négro-Africains en Libye circulaient, dans l'indifférence totale de tous les Africains. Lorsque la révolution a éclaté dans ce pays, il y a déjà plus de six ans, les premières victimes en avaient été les Noirs Africains. De nombreux reportages et plusieurs victimes en avaient témoigné.

Aucun de nos chefs, aucun de nos intellectuels ne s'en offusqua. Déjà en 2000, au moment où le leader libyen Mouammar Kadhafi lançait l'idée de la transformation de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) en Union africaine, la population de son pays se livrait à un véritable pogrom à l'encontre des Noirs Africains. Qui avait protesté ?

En Mauritanie, pays qui n'est ni en guerre ni en état de décomposition comme la Libye, l'esclavage y est pratiqué de la manière la plus normale depuis toujours si l'on peut dire. Il n'a été officiellement aboli dans les textes que dans ce siècle. Mais l'on sait qu'une chose est d'abolir une pratique ancestrale dans les textes, et une autre est de le faire dans la pratique.

Quel Etat noir africain l'ignore ? Lequel de nos Etats a menacé de rompre ses relations avec ce pays ? Depuis quelques mois, c'est l'Algérie qui chasse tous les Noirs Africains vivant sur son sol, qu'ils soient en situation régulière ou non, dans les conditions les plus inhumaines. Quelle que soit votre nationalité, après avoir subi les pires exactions en Algérie, vous êtes déposé dans le désert, à plusieurs kilomètres de la frontière nigérienne. Quel Etat a protesté ?

Nous découvrons aujourd'hui que des Noirs sont vendus comme esclaves en Libye. Et nous sommes indignés. Parce que certaines stars africaines se sont indignées. A la bonne heure ! Il vaut mieux tard que jamais. Sinon l'information circule depuis longtemps.

Des organisations de défense des droits humains, et même l'ONU en avaient parlé depuis plusieurs mois. Mais puisque CNN en parle maintenant, c'est maintenant que nous l'entendons. Bon ! Maintenant on fait quoi ? Nous resterons indignés pendant combien de jours ? Et après, que ferons-nous ? Bien sûr, dans notre indignation nous interpellons nos dirigeants, en sachant qu'ils ne réagiront pas.

Certains d'entre nous s'épancheront dans l'émission de Juan Gomez sur Radio France Internationale (RFI), et puis, à vrai dire, ce qui nous intéresse en ce moment, c'est le sort de Grace et Robert Mugabe. L'histoire de la chute probable d'une belle et ambitieuse femme et de son vieux président de mari est quand même plus captivante que celle de certains imprudents à qui on avait dit de ne pas aller en Libye et qui se sont entêtés à le faire quand même, non ?

Notre problème est que nous avons épuisé toutes nos capacités d'indignation. Est-ce parce qu'il y a trop de drames et de tragédies sur notre continent ? Qui s'émeut encore lorsqu'une petite fille se fait exploser avec une bombe sur un marché dans le nord du Nigeria et du Cameroun ou dans le sud du Niger ? On ne compte même plus les attentats qui se déroulent maintenant quotidiennement dans cette partie de notre continent. Qui marche pour Mogadiscio lorsqu'une voiture piégée fauche la vie de plus trois cents personnes ? Qui pleure lorsqu'une coulée de boue emporte la vie de près d'un millier de personnes en Sierra Leone ? C'est peut-être cela notre drame. Tant d'horreurs se déroulent dans nos pays qu'elles se sont banalisées. Et nous nous sommes résignés au malheur.

C'est lorsque ces horreurs se passent ailleurs que nous nous sentons concernés. Ou plutôt, c'est l'émotion des autres qui nous émeut. Ainsi nos chefs ont-ils été marchés pour Charlie à Paris, mais n'ont pas trouvé utile de le faire pour Maiduguri ou Ouagadougou ou Mogadiscio. Nous nous sommes émus pour le petit syrien trouvé mort sur une plage, mais les milliers de corps d'Africains que l'on ramasse dans la Méditerranée chaque jour nous laissent de marbre. Alors, les Africains que l'on vend sur des marchés ?

C'est le remake d'une histoire que nous connaissons et qui ne nous avait indignés que lorsque les Européens et Américains qui le pratiquaient s'en étaient indignés. Voyez ce débat sur notre démographie. Nous avons commencé à en parler seulement lorsque le président français Macron en a parlé lors d'une conférence de presse en Allemagne. Alors, nous nous indignerons vraiment de ce qui se passe en ce moment en Libye lorsque les Européens s'en indigneront vraiment.

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