18 Novembre 2017

Congo-Brazzaville: Xia Huang - " La Chine est digne de la confiance que lui témoigne le Congo"

interview

Au cours d'une interview exclusive dans laquelle il s'exprime sur les conclusions du XIXe Congrès du Parti communiste chinois (PCC), tenu du 18 au 24 octobre, l'ambassadeur de Chine au Congo, Xia Huang, évoque également les relations internationales et affirme la bonne santé de la coopération Chine-Congo.

S'il se félicite de la confiance réciproque entre les deux pays, le diplomate chinois rappelle pour ce qui concerne son pays la place qu'occupe le PCC dans l'édification de la nation : « Le Parti communiste chinois a toujours sa raison d'être pour conduire les affaires du pays, parce que c'est sous sa direction que le peuple chinois a accédé à la libération nationale en 1949, avec la proclamation de la République populaire de Chine », explique-t-il.

Que peut-on comprendre du concept « socialisme à la chinoise » dont parle le président Xi Jinping dans son rapport du 19ème congrès du PCC. Et sur quoi repose-t-il

Le marxisme-léninisme est une doctrine qui repose sur le développement d'un socialisme scientifique. Marx a fait une présentation sur ce qu'il imaginait pour l'avènement du socialisme et du communisme. Sur cette même base, Lénine a fait une adaptation en fonction de la réalité russe pour conduire à la création de l'Union soviétique. La Chine a sa propre réalité. Dans l'histoire, elle était la première puissance mondiale. Depuis une bonne partie du XIXe siècle, le déclin était continu au point de devenir un pays sous-développé. Il a fallu donc trouver des voix d'orientation pour aller sur le chemin du développement proprement chinois. Pour cela, nous avons fait beaucoup d'essais entre 1949 et 1979. Pendant cette époque, des erreurs ont été commises, la plus grande étant la révolution culturelle qui a presque mis l'économie de notre pays dans un état de faillite.

C'est donc à partir de notre propre réalité, avant 1949, au regard des expériences vécues, que le PCC a tiré les leçons pour trouver son propre modèle de développement. Ce regard rétrospectif nous a donc permis d'adopter la politique de réformes et d'ouverture sur l'extérieur et de remporter au cours des trente dernières années de nombreux succès.

La Chine se définit comme un Etat socialiste de dictature démocratique populaire dirigé par la classe ouvrière et fondé sur l'alliance des ouvriers et paysans. Est-ce vraiment le cas alors qu'on entend dire des dirigeants chinois qu'ils sont suffisamment riches ?

Je sais qu'il y a des assertions de l'extérieur qui font état de ce qu'au moins une partie des dirigeants chinois sont des magnats. Vous-mêmes et plusieurs autres journalistes congolais avez pu visiter la Chine et je pense que vous avez touché du doigt les vraies réalités chinoises et c'est donc à vous d'en juger, de faire une analyse sur ce que vous entendez de certains médias qui se disent indépendants et neutres.

Des gens disent que le système démocratique est un système passe-partout. D'où mon interrogation de savoir s'il y a vraiment un modèle sacré de démocratie. Avec ce qu'on voit dans beaucoup de pays aujourd'hui, peut-on dire, que la démocratie est une réussite universelle ? La Chine a tracé sa voie à partir de l'assimilation du marxisme-léninisme, une voie de développement qui cadre à sa propre réalité, ce qui lui a permis de devenir la deuxième puissance économique mondiale. Nous avons nos propres règles de démocratie. Nous pensons qu'un système politique, quel qu'il soit, peut être bon s'il contribue au développement économique et social d'un pays.

En matière de politique intérieure toujours, suivant le principe « Un pays, deux systèmes », la Chine est heureuse du retour de Hong-Kong et Macao à la mère patrie. Cela est plus complexe pour Taïwan. Qu'en dites-vous ?

La politique « Un pays, deux systèmes » a déjà montré sa réussite que ce soit à Hong Kong qu'à Macao. C'est cette politique qui a permis à ces deux zones administratives spéciales de maintenir et d'avoir une prospérité toujours plus forte. Aujourd'hui sur la partie continentale de la chine, les preuves sont là pour prouver que le renouveau de la nation chinoise est en cours de se réaliser. Tôt ou tard, la réunification de la Chine sera une réalité du rêve chinois et nous croyons en la capacité de cette politique « Un pays, deux systèmes » pour résoudre le problème de la réunification.

Au plan international, la Chine prône une coopération pacifique avec toutes les nations du monde. Mais votre pays ne cesse de développer son armée au point de devenir un pays puissant avec une armée puissante. Est-ce seulement dans le but de vous défendre, où est-ce une caution à la course aux armements qui distingue les super puissances ?

Y a-t-il un pays fort qui n'est pas accompagné d'une armée forte ? La première puissance militaire est-elle chinoise ou étrangère ? Dans son histoire, notre pays n'a jamais pratiqué une politique expansionniste, une politique d'agression. Si aujourd'hui l'Etat chinois augmente progressivement les dépenses affectées aux forces armées, à développer les capacités de défense, c'est pour assurer la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale.

Le gouvernement a été et reste conséquent sur cette politique. La Chine ne pratiquera jamais la politique d'hégémonie. Mais personne n'a le droit de priver notre pays de son propre droit d'assurer son autodéfense.

Les Etats-Unis comptent sur la Chine pour tenter d'améliorer leurs relations avec la Corée du Nord. Votre pays accorde-t-il beaucoup de chance à cette médiation ?

Nous sommes d'avis qu'aujourd'hui les grands thèmes de l'humanité, c'est la paix et le développement. Que ce soit sur la péninsule coréenne ou dans les autres régions du monde, nous encourageons tous les efforts pour assurer la paix et faire avancer le développement. En droite ligne de cette politique, nous sommes disposés à travailler en étroite collaboration avec tous les autres pays.

Concernant le dossier précis de la péninsule coréenne, je pense que toutes les préoccupations des parties doivent être prises en compte. La dénucléarisation de cette péninsule est une nécessité absolue, mais la sécurité des différentes parties constitue également un élément à prendre en compte. C'est pour autant dire qu'il faut tenir compte de tous les intérêts légitimes.

Parlant des relations Chine-Congo, sont-elles toujours sur de bons rails ?

A ce sujet, j'ai eu, à maintes fois, des échanges avec différents organes de la presse du Congo, notamment avec le quotidien Les Dépêches de Brazzaville avec lequel nous discutons souvent soit pendant des interviews ou des déjeuners de travail.

Notre analyse concernant la coopération sino-congolaise reste presque la même. Maintenant qu'approche la fin de l'année, je pense qu'il est temps de faire le bilan de 2017 que je considère très important dans le cadre de nos relations amicales et dont vous en êtes des témoins.

Le Congo vit une situation économique et financière difficile depuis 2014. Comment la Chine entend-elle l'aider à se tirer d'affaire ?

Malgré le contexte économique mondial difficile et morose, nous avons eu, au cours des derniers mois écoulés, beaucoup des temps forts dans nos relations et notre coopération. En ce qui concerne les échanges, nous avons accueilli, ici au Congo, des hautes personnalités chinoises, notamment le ministre des Affaires étrangères, le vice-ministre du Commerce et bien d'autres délégations. A chaque occasion, les deux parties ont eu des discussions très importantes pour faire avancer cette coopération.

En dépit des difficultés actuelles que connaît le Congo, le bon exemple de cette marque de confiance des autorités chinoises vis-à-vis de leur partenaire est le chantier du Parlement dont les travaux avancent dans des bonnes conditions. En ces moments difficiles, nous tenons à dire au peuple congolais que la Chine est digne de la confiance que lui témoignage le Congo. C'est en temps de peine qu'on identifie des vrais amis.

Le Congo a des difficultés, nous en sommes conscients et nous faisons tout pour partager vos peines et continuer de travailler ensemble pour voir comment relever les défis. Notez que mon pays est le seul à passer à l'action en remettant un chèque à l'Etat congolais pour l'acquisition des vaccins. Un autre exemple est le décaissement de deux enveloppes d'un montant global de six millions de dollars (Trois milliards F CFA) au titre d'aide alimentaire d'urgence et humanitaire au profit des déplacés du Pool.

Notre idéal, dans le cadre de la collaboration sud-sud, est de travailler avec le Congo afin de l'accompagner et l'aider à trouver, comme nous, sa propre voie qui réponde à vos propres réalités grâce à notre expérience, mais les réalités chinoises ne sont pas les mêmes que les vôtres. Il revient donc aux autorités congolaises de trouver une bonne approche pour asseoir le développement économique et social de leur pays.

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