18 Novembre 2017

Sénégal: Rappel à Dieu d'El hadji Médoune Thiam - Un immense vide religieux et social

Ce mardi 7 novembre 2017, le temps était maussade, enveloppé qu'il était dans cette grisaille qui suscite confusément, dans l'esprit et le cœur, un sentiment empreint de spleen et d'amertume.

Contrastant cependant avec celui de chaleur presque caniculaire connu les jours précédents. Il était tout de même clément pour ne pas dire quelque peu doux, faisant ainsi un clin d'œil à ce grand homme qui était de douceur et venait, aux premières heures de la matinée, de partir discrètement, sur la pointe des pieds, comme pour ne pas gêner ses compatriotes déjà présents à Touba ou occupés à s'y rendre. El hadji Medoune Thiam était ainsi rappelé à Dieu à la veille du Magal.

La triste nouvelle, rapidement répandue, a plongé ses parents, amis, voisins et collègues dans la consternation et la douleur. Le défunt, en effet, était un homme affable, sensible, si attachant, d'un commerce facile et d'une louable humanité au point de gagner l'estime de bon nombre de ses compatriotes.

A la mort, on ne s'habitue jamais, même si tous les jours elle nous rappelle qu'elle est notre commune et cruelle destinée. Apanage de tous les êtres, des riches et pauvres, des bons et mauvais, on a pourtant du mal à s'y faire lorsqu'elle frappe des personnes qui ont marqué leur existence par leur croyance forte et leur sens élevé des relations humaines. Hélas, personne n'y échappe ! Et si les hommes de vertu devaient être épargnés de cette déchirure de l'âme qui mène vers l'éternité, le Prophète (Psl) serait encore parmi nous.

Pharmacien de renom et un des pionniers dans cette profession, islamologue tout aussi réputé et admiré, El hadji Medoune Thiam s'en est donc allé à deux mois de sa soixante-quinzième année, nous laissant dans l'émoi parce qu'il était aussi pétri de cette formidable bonté dont un sage britannique, Bacon pour ne pas le nommer, disait - et il savait bien ce dont il parlait puisqu'ayant été dans la résilience, subi l'injustice avant de bénéficier de la mansuétude de son roi - qu'elle était la plus noble faculté de l'âme humaine et la plus grande des vertus. Comme on dit chez nous, Medoune Thiam « dafa raffetone xol ». Il avait vraiment l'âme charitable.

Cette infinie et inoxydable bonté, qui l'habitait et qui était assise sur la crainte de Dieu, la foi et l'amour du prochain, transparaissait dans ses propos et déterminait tous ses faits et gestes. Medoune était simplement bien parce que le bien lui était consubstantiel ! Ce qui est assurément un don de Dieu réservé à ses meilleurs sujets. Et il n'est guère exagéré de dire qu'il était de ceux-là, lui qui, sur terre, a fait l'unanimité sur sa générosité si exquise et rare que personne ne lui dénie.

S'agissant de Medoune Thiam, de tels propos tenus à son endroit ne sont guère de circonstance. Ils traduisent simplement une réalité qui caractérisait pleinement l'homme. Et tous ses amis, dans la diversité de leurs milieux et horizons, en conviendront. Medoune, dans ses nombreuses et très variées relations, aura laissé des empreintes indélébiles tant il les entretenait avec constance et un exceptionnel dévouement. Il a marqué la conscience de tous ceux qui l'ont connu, lui qui considérait dans une égale dignité nantis et indigents, hommes et femmes, adultes et enfants et leur accordait le même égard. Il mettait les gens à l'aise par sa formidable courtoisie. Il n'élevait jamais la voix et ne s'esclaffait jamais. Mais, il arborait toujours ce merveilleux petit sourire au coin que les élèves demi-pensionnaires de Van Vo des années 60 appréciaient déjà chez ce pion débonnaire qui veillait sur eux avant et après le réfectoire et dont la présence dans la cour rassurait.

Homme de paix et de tolérance prônant toujours le dialogue, il était un conciliateur et un pacificateur hors-pair. Il abhorrait la violence et l'injustice. Medoune s'excusait du fait qu'on lui ait fait du tort. Il demeurait néanmoins un homme courageux et de principe qui ne transigeait pas sur les valeurs et les convictions qui étaient les siennes. Qui ne se souvient pas de son soutien clamé haut et fort à Macky Sall qu'il a reçu en 2010 chez lui, en plein jour, au moment où ce dernier était considéré comme peu fréquentable par bon nombre d'hommes politiques qui craignaient des représailles du pouvoir en place à l'époque ?

Le pieux Medoune, fervent musulman qu'il était, s'adonnait au quotidien à l'adoration deDieu tout comme il passait son temps à s'abreuver aux enseignements du Prophète (Psl), à Le louer et Lui dédier des poèmes. Il ne se passait guère une journée sans qu'il ne parle de l'Islam ou qu'il n'évoque le Coran, son bréviaire, qu'il aimait tant lire et réciter. C'est dans cette attitude de piété, de dévotion, qu'il trouvait les ressorts lui permettant d'entretenir sa foi et la force d'accomplir ce qui donnait sens à son existence : se dévouer à Dieu et être dans l'amour et au service de son prochain.

Medoune était un homme de l'Islam et dans l'Islam. Ce qui lui était naturellement et généralement reconnu au point que de nombreuses missions religieuses lui ont été confiées durant toute son existence. C'est ainsi qu'il a eu à jouer un grand rôle au sein de la communauté musulmane sénégalaise et, au-delà, dans la Oumah islamique.

En plus d'avoir animé des émissions religieuses dans de nombreuses stations de radio et chaines de télévision, il transportait un peu partout avec lui son imposante et attachante silhouette dans les gamous, rencontres et autres conférences religieuses qu'il animait avec brio, étalant, à l'occasion, une vaste culture islamique et subjuguant à chaque fois l'assistance par son éloquence si raffinée. En effet, avec un sens aigu de la retenue, de la modération, il distillait des paroles enivrantes inspirées par le Coran et les enseignements du prophète (Psl). On comprend ainsi aisément qu'à toutes les rencontres du genre où il était annoncé, c'est une foule nombreuse qui y assistait. Ses prêches étaient retentissants et fort appréciés.

Si, plusieurs années durant, il a bénéficié de la confiance de son ami et guide religieux, le défunt khalife général de Pire, Serigne Moustapha Cissé, qui lui avait confié la présidence de l'association religieuse dite « Fraternité musulmane », c'est parce qu'il était un homme de foi crédible, qui plus est, maîtrisait parfaitement le Coran. Ce sont ces mêmes qualités et valeurs qu'il portait admirablement qui lui ont ouvert les portes de tous les foyers religieux du Sénégal, toutes confréries confondues, et dans lesquels il était gratifié de respect, d'estime et des plus hauts égards du fait qu'il y était admis comme un dévoué au Sceau des Prophètes et surtout un homme de Dieu.

Homme de Dieu, El Hadji Medoune Thiam, ami de nombreux autres khalifes, notamment Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh, Serigne Saliou Mbacké, Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine, Serigne Cheikh Bouh Kounta de Ndiasséne, l'était assurément. Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler cet acte qu'il a posé, il y a de cela plus de trente-ans, et qu'il a renouvelé un peu partout au Sénégal : la construction d'une mosquée derrière sa pharmacie à Castors. Une mosquée que Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh, à l'époque Khalife général des Tidianes, était venu inaugurer en y dirigeant la prière. Et depuis lors, à travers cette Maison de Dieu, l'illustre bâtisseur qu'il était distribuait, chaque année, durant toute la période du Ramadan, des centaines de repas sous le label qu'il s'était donné, à savoir « La marmite du cœur ». A ce magnifique acte de bienfaisance tenait beaucoup ce compagnon fidèle, engagé et désintéressé des démunis, des couches vulnérables et de tous les nécessiteux. Il partageait tout ce qu'il gagnait à la sueur de son front entre sa famille et les gens qui sont dans le besoin. D'innombrables bienfaits provenaient de lui en direction des moins pourvus lors des fêtes de Korité, Tabaski et Tamkharit ainsi qu'au moment du pèlerinage à la Mecque. Denrées de première nécessité, victuailles, moutons, bœufs et billets d'avion, Medoune en accumulait pour les distribuer aux autres. Sans oublier les médicaments qu'il mettait gracieusement à la disposition de nombreux malades ne pouvant pas honorer leurs ordonnances médicales.

Le fils respectueux de ses ascendants et le père de famille aimant et si attaché à sa progéniture, par ces postures susmentionnées, aura également démontré à souhait qu'il était animé d'une forte croyance religieuse. A preuve, la place centrale que sa famille occupait dans sa vie. Il a su entretenir les rapports les meilleurs avec ses oncles et aînés auxquels il vouait estime et respect sans borne et choyer ses enfants sans les dévoyer.

Il a accordé à ses parents tant aimés la considération due et que tout bon musulman doit observer. Il n'a jamais cessé de vivre, jusqu'à son dernier souffle, dans le culte de leur mémoire. C'est de ce point de vue qu'il convient au demeurant d'apprécier une de ses dernières volontés instruisant qu'il soit inhumé aux côtés de son père aux cimetières de Pikine.

Du fait de l'immensité de son œuvre accomplie sur terre au profit de l'Islam et de son prochain, œuvre inspirée par la seule foi et la soumission à Dieu, El hadji Medoune Thiam aura fini de faire graver éternellement son nom dans la mémoire collective des Sénégalais qui sont très nombreux à l'estimer.

Il est indéniable que son rappel à Dieu constitue une grosse perte pour la communauté musulmane qu'il a tant servi et un immense vide social, car laissant de nombreux déshérités orphelins. C'est sans doute ce qu'a ressenti cette foule immense venue l'accompagner à sa dernière demeure, ce mardi 7 novembre qui était pourtant veille de Magal.

Il est dit dans le Coran que « ceux qui soumettent leur être à Allah tout en faisant le bien seront rétribués par Le Seigneur. Pour eux, nulle crainte, ils ne seront point attristés ».

Plaise à Allah qu'Il accueille en Son Paradis El hadji Medoune Thiam qui aura ainsi vécu ! Que la terre de Pikine lui soit légère.

Sénégal

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