19 Novembre 2017

Zimbabwe: Démission ou destitution, papy Bob, time is up !

Photo: The Herald
Service chiefs and President Robert Mugabe.

Il se croyait indétrônable, indéboulonnable, indélogeable de la présidence zimbabwéenne et du parti au pouvoir, la ZANU-PF. Il avait tout faux. Une semaine après le limogeage de son vice-président, Emmerson Mnangagwa, pour ouvrir la voie à une succession aussi inédite que risible au pouvoir, celle de l'épouse qui succède à l'époux, Robert Mugabe est aujourd'hui contraint à la démission. L'armée d'abord, les populations ensuite, les partis politiques enfin, y compris et surtout le sien, ont resserré l'étau autour de lui, le poussant vers la sortie.

Une sortie par la petite porte pour l'octogénaire qui n'aura pas su partir à temps. En effet, quelle que soit la douceur mise dans ce coup de force atypique, cette révolution de palais consommée à Harare est un pied de nez à l'aura du vétéran de la guerre d'indépendance qu'il est. Où est passée l'intelligence du stratège en chef de la rébellion anticolonialiste qu'il a été ? Qu'est devenue la vision progressiste du panafricaniste révolutionnaire qu'il a fait miroiter sur le continent ?

Quid du courage politique, de la détermination militante dont il a fait montre dans la réforme agraire pour que les paysans zimbabwéens soient libres et propriétaires de leurs terres chez eux ?

Autant de qualités perdues à cause des vertiges du trône et des manigances d'une femme fatale qui lui aura fait perdre le sens des réalités de l'environnement socio- politique de son pays. Et sur cet échiquier zimbabwéen, c'est échec et mat pour le roi Mugabe.

Il est temps pour lui de passer la main. Time is up, papy Bob ! Va voir du côté de la retraite forcée quel vent y souffle. Car pour le peuple zimbabwéen, en témoigne ces manifestants tous heureux dans les rues de Harare samedi dernier, l'heure d'une seconde libération a sonné, le soleil d'une nouvelle indépendance se lève à l'issue de ce putsch bien particulier.

La soldatesque, en voulant balayer « les criminels » qui entouraient le roi, a mis à nu la responsabilité de ce dernier dans le pourrissement du landerneau. Et la prophétie de celui à qui profite cette révolution de palais, Emmerson Mnangagwa, « il n'y a pas de demi-dieu au Zimbabwe », prend tout son sens.

Les dernières décisions du comité central du parti historique du Zimbabwe indépendant, la ZANU- PF, ont comme enfoncé la porte ouverte d'un Robert Mugabe perdu par son épouse, au propre comme au figuré, dans les querelles de tendances pour le contrôle du pouvoir d'Etat au Zimbabwe.

L'exclusion du couple présidentiel du parti au pouvoir, l'adoubement de l'ancien vice- président comme candidat à la présidence de la République indiquent clairement que la ZANU-PF prend acte du pronunciamiento.

Outre le fait qu'ils veulent entourer leur acte de la légalité constitutionnelle, le respect de l'âge et du statut de vétéran de la guerre d'indépendance de Robert Mugabe expliquent les scrupules que les commanditaires et les exécutants de ce putsch, qui ne dit pas son nom, ont à le chasser purement et simplement du pouvoir. Il en a bien de la chance, le papy Bob !

Ailleurs, ce genre de détrônement se fait à coups de canonnière et la victime du coup est envoyée rapidement ad patres ou tout le moins dans le goulag local ou en exil pour méditer sur ses forfaits supposés ou réels à la tête de l'Etat.

Or il s'avère que, dans son cas, les putschistes l'ont, après leur coup de force, laissé présider une cérémonie de remise de diplôme à l'université, rencontrer le chef d'état-major de l'armée et lui ont même arrangé un entretien probable avec toute la hiérarchie militaire.

Plus d'un observateur reste convaincu que toute cette civilité est pour montrer que personne n'a touché à aucun cheveu du père de l'indépendance et que c'est librement qu'il doit rendre le tablier.

Rendre le tablier et sauver un minimum de dignité ou boire le calice du coup de force jusqu'à la lie, à savoir sa destitution par voie parlementaire avec des poursuites judiciaires à la clé. C'est en tout cas le choix qui était laissé au vieux dinosaure par son ancien parti qui lui avait lancé un ultimatum expirant ce lundi à midi heure locale, soit 10 heures TU.

La pression, pour ne pas dire le coup de semonce, était sans équivoque : ou Robert Mugabe démissionne de ses fonctions de président de la République ou bien une procédure d'impeachment sera diligentée contre lui pour « mauvaise conduite », avait souligné un député de la majorité.

Selon la constitution zimbabwéenne, le Parlement peut initier rapidement une telle procédure, et une majorité des deux tiers des députés peuvent voter la destitution du chef de l'Etat. C'est dans cette logique qu'une réunion du Parlement est prévue pour demain mardi pour soit prendre acte de sa démission soit voter sa destitution.

On le voit bien, l'étau s'est resserré autour du vieux dinosaure Mugabe. Le crocodile, surnom de l'ex-vice-président Emmerson Mnangagwa, a réussi son coup avec la complicité de l'armée. Démission ou destitution, il faut le redire, time is up pour Mugabe. Il ne mourra pas président du Zimbabwe, comme il en avait le secret espoir.

Cette armée qu'il a portée sur les fonts baptismaux, par son action de nettoyage de l'entourage présidentiel, a poussé le peuple zimbabwéen au réveil. Finie sa torpeur contemplative mêlée de crainte à l'égard du père de l'indépendance.

Dans toutes ses composantes et à travers des catégories représentatives et des leaders d'opinion, les OSC, les partis politiques, les communautés religieuses, il a estimé que Mugabe devait partir et que la crise actuelle pourrait donner naissance à « une nouvelle nation ». Pas moins que ça.

Démission ou destitution, cette fin en ridicule du pouvoir Mugabe devrait donner à réfléchir à d'autres dinosaures de présidents sur le continent. Suivez notre regard au Cameroun, en Guinée Equatoriale, au Congo Brazzaville.

Les pouvoirs à vie avec en sus les prétentions à une succession dynastique sont exécrables au 21e siècle. Quels que soient les mérites des pères fondateurs ou sauveurs de la nation, de la force du parti au pouvoir et la loyauté républicaine de l'armée, ils ne devraient pas pousser le bouchon trop loin. Qui a dit que l'Afrique n'avait pas besoin d'hommes forts mais d'institutions fortes ?

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