19 Novembre 2017

Tunisie: Changer la société ?

Jeudi dernier, on a célébré la Journée internationale de la tolérance. Le but est de promouvoir le respect et la compréhension entre les peuples. Pour les Nations unies, qui ont créé cette journée, il importe de « souligner l'importance de la tolérance comme fondement de la paix civile et mondiale ».

Il importe de considérer que « la Tolérance est la meilleure amie du Respect, de la Liberté, de l'Indulgence et de l'Ouverture d'esprit. Elle a permis la diversité des hommes, des styles de vie et la richesse de ce monde alors que son ennemie l'Intolérance a été initiatrice des guerres, de racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie, de l'intolérance religieuse ». Cela nous interpelle. La société tunisienne était appréciée justement pour sa tolérance, son respect de l'autre. Mais, particulièrement depuis 2011, certains multiplient les tentatives de changer cette société.

Mardi dernier, le secrétaire général du syndicat des fonctionnaires de la police municipale, Mohamed Walhazi, déclarait que, selon les informations dont il dispose, une « police sociale » verra bientôt le jour. Qu'en est-il ? De quoi s'occupera cette police ? D'aucuns estiment qu'il s'agit là « d'une police des mœurs ». Est-ce là une simple rumeur ou s'agit-il d'un ballon d'essai ? Ce serait plutôt une nouvelle tentative d'imposer cette police. Deux remarques s'imposent.

Ces dernières années, ce projet a été proposé à plusieurs reprises mais n'a pu aboutir devant l'opposition de plusieurs politiques et de la société civile. Et même en l'absence de ce corps officiel, plusieurs actions ont été menées à travers la République. Certaines par des policiers. On citera l'affaire « du baiser » et la « chasse aux non-jeûneurs » lors du dernier Ramadan. Sans compter les fermetures d'établissements servant légalement de l'alcool. Ils ont d'ailleurs été suivis par des magistrats qui ont décidé des condamnations contre « les coupables ». Et puis, il y a des groupes qui veillent au respect des « bonnes mœurs ».

A El Haouaria, trois individus portant des pulls sur lesquels est inscrit « protection de l'environnement et des bonnes mœurs » ont suscité un véritable tollé. En juillet, des jeunes qui buvaient de la bière ont été interpellés par des agents de police qui les ont relâchés, tout en saisissant leurs bouteilles de bière. En début de soirée, les mêmes individus, accompagnés d'autres jeunes de leur quartier, ont manifesté devant le poste de police d'Ouled Chamekh, avant de bloquer les routes avec des pneus en feu, demandant aux policiers de leur rendre leurs bières.

«L'Etat autorise la vente et la consommation de la bière. On a donc le droit de boire de la bière où l'on veut, du moment que l'on ne dérange personne». On pourrait encore rappeler que le 7 avril dernier, le président du Conseil des syndicats nationaux des imams et des cadres des mosquées, Chihebeddine Telliche, a réclamé la fermeture de toutes les boîtes de nuit et des points de vente de boissons alcoolisées du pays. On pourrait aussi rappeler toutes ces agressions commises contre des femmes à la plage et dans les rues à cause de leur accoutrement.

Ce ne sont là que quelques exemples de ces tentatives d'imposer une « police des mœurs ». Mais ces « indices » relèvent, en fait, d'une volonté de changer la société tunisienne, où toutes les religions, les croyances, pouvaient coexister. Et cette « islamisation rampante » se fait alors que les Tunisiens se soucient de leur pouvoir d'achat.

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