20 Novembre 2017

Congo-Kinshasa: Violences intercommunautaires - Pweto s'enfonce dans la crise

En République démocratique du Congo, la crise du Tanganyika déborde sur les provinces voisines. Ce conflit entre Twas (Pygmées) et Lubas (Bantous) a fait des centaines de victimes, sans doute même des milliers dans cette province depuis 2015.

Dans le territoire voisin de Pweto dans le Haut-Katanga, quelque 27 000 déplacés du Tanganyika ont été accueillis depuis près un an, mais aussi des milices, ce qui a complètement déstabilisé ce territoire en proie aujourd'hui à des conflits intercommunautaires, mais aussi à des combats entre des miliciens et l'armée.

Entre ses nouveaux et les anciens déplacés de précédents conflits, ce sont au total quelques 110 000 personnes qui ont fui leur domicile et auxquelles, il faut venir en aide. Et cela dépasse de loin les capacités de la communauté humanitaire.

Exemple qui démontre bien la situation, un tiers des écoles du territoire n'auront pas pu ouvrir à la rentrée, certains détruites, d'autres envahies par les déplacés, d'autres encore occupées par les forces de sécurité. Ce sont, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha), quelque 23 000 enfants qui se retrouvent aujourd'hui sans accès à l'éducation.

Et c'est un peu l'arbre qui cache la forêt : 36 000 nouveaux déplacés cette année sont la conséquence à des conflits intercommunautaires ou aux opérations de l'armée, qui sont venus se rajouter aux 27 000 venus du Tanganyika voisin. Et le tout s'ajoute aux quelque 50 000 déplacés de l'ancien conflit de 2013.

Pour Zinatou Boukary, responsable de Ocha à Lubumbashi, il faut plus de moyens pour couvrir les besoins immenses de ces déplacés et notamment des enfants : « Les ressources financières font vraiment défaut. Le plan de réponse humanitaire 2017 pour la RDC a été financé, à cette date, à moins de 50%.

C'est l'un des taux le plus bas de financement que nous avions connus depuis ces dix dernières années. C'est dire que les ressources manquent cruellement. Il faut faire face aux besoins de plus de gens avec le peu qui existent. Ce sont des besoins en protection.

Dans l'urgence, il faut des abris, il faut de l'eau potable, il faut faire face aux soins de santé privée. Et il faut essentiellement des vivres aussi. La solution pourrait être de prévenir ces conflits d'une manière ou d'une autre. Mais étant donné que les conséquences sont là, il faut faire face ».

Ces quelque 110 000 déplacés ont besoin de tout. Et avec la multiplication des conflits au Congo et le faible niveau de financement cette année du plan humanitaire, les moyens manquent, tout simplement.

Débordement de la crise du Tanganyika

Cette résurgence de violences pose question alors que ce territoire était plutôt calme ces deux dernières années. Dans le territoire de Pweto, on connaissait le conflit, mais le conflit armé.

Les quelque 50 000 déplacés de 2013 à 2015 sont là pour le prouver. Ces conflits faisaient intervenir des groupes, comme les Bakata Katanga, ces Maï-Maï qui se déclaraient séparatistes.

A l'époque, on parlait du « triangle de la mort ». En tout cas, jusqu'à cette année 2017, il n'y avait pas vraiment de conflits intercommunautaires, et surtout, et c'est un drame que souligne la communauté humanitaire, la situation s'était très largement améliorée dans le territoire au point que beaucoup d'ONG s'étaient retirées.

Cette résurgence de violences semble donc bel et bien liée dans une certaine mesure à la crise au Tanganyika. L'arrivée des déplacés des deux communautés en conflit semble avoir fait monter la tension dans l'une des trois chefferies du territoire de Pweto entre les Twas et les Zelas (Bantous) qui cohabitaient jusqu'ici pacifiquement.

Au mois de février, ça a été l'explosion. Difficile d'en comprendre l'origine, tant ces deux communautés s'accusent aujourd'hui de tout.

Mais peu à peu, les violences ont touché tout le territoire, avec notamment au mois d'août, l'arrivée de miliciens, et plus de simples déplacés. Des miliciens venus du territoire de Manono, dans le Tanganyika qui s'en prennent à l'armée congolaise.

Mais pour la société civile de Pweto, il y a une main noire et politique derrière cette rapide propagation du conflit. « Les capturés de l'affrontement de septembre dernier ont déclaré tout haut qu'ils étaient organisés par certains politiciens qu'on a du mal à citer.

Ils étaient organisés pour empêcher les élections au Congo. Il fallait qu'il y ait des troubles partout afin qu'on ne puisse pas organiser des élections comme c'était prévu dans l'accord du 31 décembre », explique Patrice Ilunga Mukana, le vice-président de la société civile de Pweto. La société civile de Pweto demande aujourd'hui des enquêtes et des sanctions contre les commanditaires de ces violences.

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