20 Novembre 2017

Libye: Esclavage au pays - Tripoli ouvre une enquête

L'indignation générale, provoquée à la suite de la diffusion d'un documentaire choc de la chaîne américaine CNN sur la vente aux enchères de migrants africains, a amené les autorités libyennes à annoncer le 19 novembre, que des investigations seront menées au sujet de cette pratique.

Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, Tripoli a dit suivre « avec grande attention les rapports des médias sur l'exploitation des migrants clandestins par des criminels ». Ces faits qualifiés d'actes « inhumains et contraires à la culture et aux traditions du peuple libyen font l'objet d'une enquête », et « si ces allégations sont confirmées, toutes les personnes impliquées dans ces crimes seront punies », a-t-on promis.

La Libye a rappelé « son engagement total et clair » envers la charte des Nations unies ainsi que son attachement aux textes criminalisant le commerce des personnes, et critiqué la position des pays de la région sur le dossier. « La Libye met en garde (...) contre les solutions internationales superficielles et stériles qui font en réalité obstacle à ses efforts pour endiguer ce phénomène, ouvrant la voie aux réseaux du crime organisé », a argué le ministère des Affaires étrangères.

L'idée d'installer des centres d'accueil en Libye avait été avancée fin août, lors d'un mini-sommet à Paris, en présence de pays européens, du Niger ou encore du Tchad. Elle avait toutefois été abandonnée du fait de l'insécurité persistante dans le pays.

La semaine dernière, l'esclavage de migrants africains en Libye a provoqué une vague d'indignations à travers toute l'Afrique. Le président en exercice de l'Union africaine (UA), le Guinéen Alpha Condé, par exemple, a dénoncé la pratique honteuse. Il « exprime son indignation face au commerce abject de migrants qui prévaut en ce moment en Libye et condamne fermement cette pratique d'un autre âge », selon la présidence de l'UA, dans un communiqué. « Ces pratiques modernes d'esclavage doivent cesser et l'Union africaine usera de tous les moyens à sa disposition pour que plus jamais pareille ignominie ne se répète », a martelé le chef de l'Etat guinéen. Alpha Kondé a invité instamment « les autorités libyennes à ouvrir une enquête, situer les responsabilités et traduire devant la justice les personnes incriminées » et « à revoir les conditions de détention des migrants ».

Pour le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, qui a jugé « inhumaine » la coopération de l'Union européenne (UE) avec ce pays, il est temps d'agir pour arrêter la vente aux enchères des migrants. « La communauté internationale ne peut pas continuer à fermer les yeux sur les horreurs inimaginables endurées par les migrants en Libye », a-t-il déclaré. « La souffrance des migrants détenus en Libye est un outrage à la conscience de l'humanité », a souligné Zeid Ra'ad Al Hussein.

Le gouvernement sénégalais a également réagi après avoir « appris avec une vive indignation la vente sur le territoire libyen de migrants originaires d'Afrique subsaharienne ». Dans un communiqué, Dakar a condamné « ce trafic d'êtres humains, qui constitue une grave offense à la conscience de l'humanité ». Le Sénégal a, de ce fait, demandé que les autorités libyennes compétentes, l'UA et l'ONU mènent sans délai une « enquête sur cette pratique d'un autre âge afin que toutes les dispositions soient prises pour y mettre fin ».

« Fortement choqué », selon un proche qui a requis l'anonymat, le président nigérien, Mahamadou Issoufou, a, quant à lui, demandé à ce que ce sujet soit inscrit à l'ordre du jour du sommet UA- UE des 29 et 30 novembre à Abidjan. « La vente aux enchères de migrants comme esclaves en Libye m'indigne profondément. J'en appelle aux autorités libyennes et aux organisations internationales, afin que tout soit mis en œuvre pour que cesse cette pratique d'un autre âge, que nous croyions à jamais révolue », a-t-il fait souligner. L'ambassadeur de Libye à Niamey a même été convoqué pour lui faire part de « l'indignation du président Issoufou sur la vente de migrants africains comme esclaves en Libye », selon le ministre nigérien des Affaires étrangères, Ibrahim Yacouba.

La plupart des migrants qui font route vers la Libye, dans l'espoir de gagner l'Europe, sont originaires du Nigeria, du Sénégal et de la Gambie. En cours de route, ils sont capturés pour être réduits en esclavage.

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