20 Novembre 2017

Libye: Commerce d'esclaves en Libye - Un couteau de cuisine continentale remué dans une plaie cicatrisante

« Le droit de l'esclavage est nul non seulement parce qu'il est illégitime, mais parce qu'il est absurde et ne signifie rien », disait Jean Jacques Rousseau.

À travers une vidéo, obtenue depuis août passé avant sa réactualisation, rendue publique ce 15 novembre courant par la plus grande chaîne d'information au monde, Cnn, et filmée en cachette montrant le summum du calvaire ( la traite des êtres humains) dont sont victimes certains de nos compatriotes africains, perdus dans cette spirale du désespoir, en quête de lendemains meilleurs, l'être humain s'est encore illustré sous sa forme démoniaque d'aspiration à être supérieur.

Et comme vous le savez, cette fois-ci, pas en triangulaire comme connu auparavant, mais entre frères et sœurs de même continent. Eh oui ! L'humain se diabolise de plus en plus et tout près de chez nous. Qui l'aurait cru ? Les négriers d'autrefois doivent bien se retourner dans leurs tombes, en complicité sournoise avec la communauté internationale, qui commence, à peine, à s'émouvoir après s'être mue dans son légendaire laisser-aller. Ça alors ! comme s'ils venaient tout fraîchement de le découvrir.

Et pourtant, le magazine français Paris Match a, depuis le 24 septembre 2016, tiré la sonnette d'alarme dans un de ses publireportages titré "Migrants : les esclaves de Libye" et consacré, en grande partie, au travail post-Kadhafi en Libye effectué par le lauréat du 7e prix Carmignac du photojournalisme en 2016, le mexicain Narciso Contreas, sur les migrants. Ce dernier avait déjà interpellé l'opinion internationale sur "le quotidien de ces hommes et de ces femmes pris au piège, qui semblent prêts à risquer leur vie et à sacrifier leur maigre fortune pour se jeter sur de frêles embarcations en direction des côtes italiennes."

Encore plus pathétique, il relatait le stratagème des passeurs, pour la gent féminine, consistant à « les violent pour les mettre enceintes, puis les envoient en Europe, entre le cinquième et le septième mois. Ils pensent que les gardes-côtes répugneront à renvoyer en Libye celles dont la grossesse est trop avancée ». Répugnante également comme tactique !

En outre, plus révoltant que tout, en avril 2017, le journal français "Le Monde", dans une de ses publications intitulée "En Libye, des migrants vendus sur des « marchés aux esclaves »", démontrait l'aveu d'échec et d'impuissance de l'Organisation internationale pour les migrations (Oim), exprimé dans un rapport du 11 avril 2017, dans lequel elle évoquait qu' "un nombre croissant de migrants transitant par la Libye sont vendus sur des « marchés aux esclaves » avant d'être soumis au travail forcé ou à l'exploitation sexuelle." À l'époque, dans ledit rapport, des migrants originaires de l'Afrique de l'Ouest, notamment du Nigeria, du Sénégal, du Ghana et de la Gambie, avaient témoigné "avoir été achetés et revendus dans des garages et des parkings de la ville de Sabha, localité du sud de la Libye par laquelle passent de nombreux candidats à l'exil". Plus choquant encore, ils coûtaient, selon toujours l'Oim, comme des matières premières, entre 200 et 300 dollars (entre 190 et 280 euros), soit entre 124 631,83 et 183 667,96 FCfa) et étaient retenus, de force, durant deux à trois mois en moyenne. Et toujours pas de réaction !

Il a fallu maintenant attendre la publication de cette pitoyable vidéo-reportage, réactualisée en octobre dernier, montrant le déroulement exact de la vente aux enchères avec des termes que nous pensions qu'aucun être humain, même le plus diabolique d'entre nous, n'aimerait plus entendre, du genre : "Huit cents... 900... 1000... 1100... Et Vendu pour 1200 dinars libyens - soit l'équivalent de 800 dollars" ; pour voir les leaders d'opinions ainsi que certains organismes internationaux rivaliser de compassion. C'est le cas de notre bien aimée "Union africaine" qui, malgré les nombreuses mises en garde de la presse internationale et des organes compétents, n'a pas daigné lever le plus petit doigt pour stopper net ces maltraitances suivies de tueries. Pour elle, "le médecin après la mort" suffit largement par un simple communiqué de réconfort en date de ce vendredi 17 novembre et signé par son président en exercice, en l'occurrence M. Alpha Condé, invitant « instamment les autorités libyennes à ouvrir une enquête, situer les responsabilités et traduire devant la justice les personnes incriminées... Egalement à revoir les conditions de détention des migrants." Décidément ! Quels genres de dirigeants nous avons ? Comme si gouverner n'était pas prévoir et/ou anticiper.

Si en plus de ne pas pouvoir assurer, comme le voudrait la règle, à nos compatriotes africains de quoi être plus utile par le travail dans leurs sociétés respectives, nos gouvernants n'arrivent pas à garantir ce droit primordial de libre circulation en terre communautaire, qu'ils leur rendent au moins leur dignité humaine, en arrêtant hic et nunc ces actes ignobles qui ne font que ressurgir les vieux démons d'antan, ayant déjà détruit des millions de vies durant plus de 400 ans (entre 15ème et 19ème siècle). Ce qui ne devrait point poser de problème puisque l'esclavage, désigné comme un système socio-économique reposant sur le maintien et l'exploitation de personnes dans des conditions sociales assimilables à tout exercice d'une propriété sur un objet donné, est considéré dans presque tous les pays du monde comme un crime contre l'humanité.

Néanmoins, il est également vrai que culturellement, l'esclavage en Libye a une longue histoire et un impact social et des séquelles considérables dans le pays. Voici les raisons :

- Sous le contrôle de l'Empire Ottoman au XVIe siècle, la Libye, après une brève régence de Tripoli, est reprise en main par ce dit empire en 1835. Ainsi, dernière possession ottomane en Afrique avant la dissolution de celui-ci, le 24 juin 1923, l'actuel territoire de la Libye, conquis, puis colonisé par le royaume d'Italie en 1912, à l'issue de la guerre italo-turque, est proclamée officiellement indépendante le 24 décembre 1951, après son envahissement suivi d'occupation des Alliés de l'époque, durant la fameuse Seconde guerre mondiale. Alors, au lieu d'appliquer scrupuleusement les traités signés par ses colonisateurs qu'étaient le royaume d'Italie et/ou l'Empire Ottoman, qui ont eu respectivement à abolir l'esclavage dans leurs territoires occupés dès juin 1960 et le 26 décembre 1847, la Libye s'est contentée d'attendre jusqu'en 1853 pour passer à l'acte. Pas dans tout le territoire, mais uniquement à Tripoli tout en poursuivant la pratique dans tout le reste du pays. Et cela impunément jusqu'aux années 1890. Cette impunité s'est poursuivie jusqu'à nos jours.

- Par ailleurs, ce que ne savent peut être pas beaucoup de personnes, c'est que dans certains pays arabes comme celui de la Libye, leur conception d'êtres supérieurs qu'ils se sont toujours prévalus nous démontre à suffisance qu'historiquement l'esclavage des Noirs africains résulterait du fait que "le mot عبد / ʕabd / - signifiant esclave - est encore utilisé péjorativement pour désigner les personnes noires. En général, le mot pour désigner une personne noire est عبيد / ʕbeːd /, qui est le diminutif du mot / ʕabd / considéré comme acceptable par beaucoup (en arabe libyen le diminutif ajoute un sens attachant). وصيف- prononcé wsˤiːf en arabe libyen - signifie serviteur, et il est également utilisé dans certains endroits, en particulier par les générations plus âgées, pour se référer aux ethnies noires. Par ailleurs, le mot حر / hurr /, qui signifie « libre », est utilisé par de nombreuses personnes âgées pour se référer aux non-Noirs". Avec toutes ces différentes considérations, la communauté internationale aura vraiment du pain, voire du béton sur la planche, car l'affaire est plus profonde que ça en a l'air.

Certes, comme disait la philosophe française Simone Weil, "l'homme est esclave pour autant qu'entre l'action et son effet, entre l'effort et l'œuvre, se trouve placée l'intervention de volontés étrangères", mais aussi "Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :

Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire

Et dans l'ombre qui s'épaissit.

Les morts ne sont pas sous la terre :

Ils sont dans l'arbre qui frémit,

Ils sont dans le bois qui gémit,

Ils sont dans l'eau qui coule,

Ils sont dans l'eau qui dort,

Ils sont dans la case, ils sont dans la foule :

Les morts ne sont pas morts", indiquait notre défunt compatriote Birago Diop, poète et écrivain, dans son ouvrage « Les Souffles », Les Contes d'Amadou Koumba (pp.173-175).

Pourvu que ces démons partent à jamais pour le repos éternel de nos âmes perdues.

Qu'Allah Swt veille sur l'Afrique et particulièrement sur notre cher Sénégal... Amen

Libye

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