21 Novembre 2017

Mauritanie: Révision du Code pénal contre le blasphème

Photo: wikipédia
Vue de la ville de Nouakchott, capitale de la Mauritanie .

Le Code pénal sera bientôt modifié en Mauritanie pour durcir la peine prévue à l'encontre de ceux qui se rendraient coupables de blasphème. C'est l'une des conséquences de l'affaire du blogueur Mohamed ould Mkheitir. Pour rappel, ce jeune homme a été condamné à mort une première fois fin 2014 pour apostasie suite à un article jugé blasphématoire.

Son repentir n'a été pris en compte qu'après un marathon judiciaire, ce qui lui a permis d'obtenir une condamnation à deux ans de prison, le 9 novembre dernier, et donc une libération puisque sa peine avait déjà été effectuée.

Mais ce verdict suivi d'un pourvoi en cassation du procureur, a aussitôt provoqué l'hostilité d'une partie de l'opinion publique qui demande sa condamnation à mort depuis le début de l'affaire.

Résultat, le gouvernement vient de réagir à sa manière en adoptant en conseil des ministres un projet de loi pour remplacer l'article 306 du Code pénal qui prévoit de nouvelles peines pour ceux qui marcheraient dans les traces d'ould Mkheïtir.

Jusque-là, une personne accusée de blasphème avait trois jours pour se repentir, être rétablie dans ses droits et pouvoir espérer échapper à une condamnation. Mais cette mesure relèvera bientôt du passé, le conseil des ministres a décidé de serrer la vis. Celui qui sera reconnu coupable de blasphème n'échappera plus à la peine capitale, même en cas de repentir.

Une mesure qui fait écho aux demandes d'une frange radicale de la rue mauritanienne qui réclame la peine de mort pour le blogueur ould Mkheitir voire même son exécution.

Et c'est ce qui gêne plusieurs avocats qui dénoncent une loi personnalisée, alors que la loi est par nature impersonnelle et n'est pas censée refléter l'état de l'opinion publique.

Légiférer en fonction de cette opinion c'est aussi courir le risque qu'elle exige autre chose demain, relève un défenseur des droits de l'homme mauritanien.

L'avocate d'ould Mkheitir craint que les plus radicaux qui descendent dans la rue pour demander la condamnation à mort de son client réclament demande la fin du moratoire sur l'exécution des peines de mort.

Pourquoi le pouvoir a-t-il cédé face à une partie de l'opinion outrée ? C'est aujourd'hui la question qui se pose. Espère-t-il de la sorte faire taire la contestation ?

Au lieu d'aller dans le sens du respect de la dignité humaine, on se retrouve plutôt dans le sens d'une vendetta qui ne dit pas son nom...

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