21 Novembre 2017

Afrique: Les Africains complotent contre le pays à propos des eaux de l'Ubangi

La RDC est au cœur de grands enjeux au niveau mondial, notamment en ce qui concerne le transfèrement des eaux de l'Ubangi vers le lac Tchad. .

Visionnaire, le sénateur Mutinga n'avait-il pas mis en garde les Congolais dans son ouvrage "La guerre de l'eau est bien là ? L'histoire lui donne raison lorsqu'il écrivait à l'époque « La République des inconscients ». Les Africains complotent contre la RDC à Bonn, alors les acteurs politiques se complaisent dans une crise aux lendemains incertains.

Comment sauver le lac Tchad en plein dessèchement ? Le monde réfléchit sur cette question. A Bonn où s'est tenue la conférence internationale sur le changement climatique, dénommé Cop 23, la question a été en bonne place sur la table des discussions. Des pays intéressés par le projet se sont retrouvés en aparté pour en discuter - loin des regards Congolais.

On se rappelle qu'en juin 2017, un accord a même été signé entre le géant chinois de la construction, Power China, et l'entreprise italienne Bonifica Spa pour les études de faisabilité de ce projet connu aussi sous le nom de « Transaqua ».

Décidément, la guerre de l'eau, que le sénateur Modeste Mutinga avait annoncée il y a quelques mois dans l'un de ses ouvrages « La guerre de l'eau aux portes de la RDC », se précise.

Devoir de restitution

Les délégués de la République démocratique du Congo à la 23ème conférence des parties (Cop 23), engagées à la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC), doivent éclairer l'opinion nationale sur la question du transfèrement des eaux du Bassin du Congo vers le lac Tchad. Cette question a été de nouveau soulevée par le lobby des pays demandeurs des eaux du Bassin du Congo qui apparemment bénéficient de l'appui de la communauté internationale.

Les pays membres de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT), dont le Cameroun, le Tchad, le Niger, le Nigeria et la République Centrafricaine, ne cessent de mener leur lobbying pour que le lac Tchad soit alimenté à partir du bassin du Congo. En clair, il s'agit de soutirer une partie des eaux de la rivière Ubangi afin de les déverser de façon permanente et définitive dans le Lac Tchad, via le fleuve Chari.

Mis au parfum de ce projet qui aura des conséquences fâcheuses sur l'environnement en RDC, des membres des réseaux des organisations de la société civile environnementale sont montés au créneau. Ils s'insurgent contre le transfèrement des eaux du fleuve Congo et de ses affluents vers le lac Tchad. Ils l'ont fait savoir dans une déclaration lue samedi 18 novembre à Kisangani, dans la province de la Tshopo, rapporte Radio Okapi.

A cet effet, les délégués de ces organisations de la société civile environnementale ont recommandé au gouvernement et au parlement congolais la mise sur pied d'une plateforme multi acteurs traitant toutes les questions ayant trait à la gestion des eaux du Bassin du Congo et du bassin du Nil.

«Nous recommandons au parlement l'élaboration des lois renforçant la législation nationale et transfrontalière en matière des eaux du Bassin du Congo. A la société civile, de sensibiliser la population locale des peuples autochtones», a affirmé André Safari, membre du réseau des organisations de la société civile environnementale de la Tshopo, selon la radio onusienne.

Pour les signataires de cette déclaration, les 4 objectifs énoncés dans le projet Transaqua du Fonds bleu ne rencontrent pas les intérêts de la RDC. Ce projet a été élaboré dans les années 1970 par une compagnie italienne, Bonifica Spa et poursuit deux objectifs principaux : la remise en eau du lac Tchad à partir des eaux du fleuve Congo et le développement d'infrastructures de transport, d'énergie et agricoles pour toute l'Afrique centrale.

Transaqua avance, la RDC dans la distraction

En dépit de l'alerte lancée déjà en septembre 2010 par le Sénateur Modeste Mutinga Mutuishayi dans son livre « RDC, la République des inconscients », Kinshasa n'a jamais pris conscience de cet enjeu majeur. Cette alerte n'a suscité aucune disposition particulière dans le chef des dirigeants congolais pour protéger les ressources en eau douce de la RDC. Ce, même après la publication, en septembre 2014, du deuxième livre de Modeste Mutinga intitulé : « La guerre de l'eau aux portes de la RDC », les dirigeants Congolais ne semblent toujours pas se préparer à cette éventualité qui prend forme en sourdine avec l'appui de la communauté internationale.

Les demandeurs des eaux du Bassin du Congo n'entendent pas baisser les bras. En juin 2017 , un accord a été signé, à Hangzhou en Chine, entre le géant chinois de la construction, Power China, et l'entreprise italienne Bonifica Spa pour la matérialisation de ce projet.

Cet accord porte sur « la réalisation d'études de faisabilité pour un transfert d'eau de 100 milliards de m3 par an, depuis le fleuve Congo, en RDC, vers le lac Tchad, un parcours de 2500 km », selon un article publié dans People's Daily Online, un média chinois. But de l'opération ? Remplir ce lac en voie de rétrécissement rapide depuis des années.

Selon le site du magazine américain, Executive Intelligence Review (EIR), la lettre d'intention a été signée lors d'une rencontre entre les PDG des deux entreprises, en présence de l'ambassadeur italien en Chine, Gabriele Menegatti. People's Daily Online soutient que cet accord conclu entre Power China et Bonifica, SPA, fait suite au mémorandum d'intention (MOU) signé entre Power China et la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) dans la capitale nigériane, Abuja, le 13 décembre 2016.

Ce mémorandum d'intention court sur quatre ans, mais peut être étendu suite aux négociations entre les deux parties. Le but de l'accord est « de définir les principes d'une aide technique et financière pour la réalisation de ce transfert d'eau du bassin du Congo vers le lac Tchad », rapporte le site de la CBLT.

Power China financera les études de faisabilité à hauteur de 1,8 milliards de dollars américains, la CBLT s'engageant à fournir toute l'information nécessaire et l'assistance.

Rappelons que c'est depuis avril 2012 que quatre chefs d'Etats réunis à Ndjamena ont décidé d'entamer une étude de faisabilité portant sur le prélèvement des eaux de la rivière Ubangi, affluent du fleuve Congo, que la RDC partage avec la Centrafrique et le Congo.

Prendre conscience

Selon le député Roger Mpanano, membre de la Commission environnement, ressources naturelles et tourisme à l'Assemblée nationale, « si ce projet se réalise les parcs nationaux et les espèces aquatiques vont payer les frais ». « Nous devons savoir que sans l'Ubangi, le fleuve Congo ne sera plus navigable que huit mois sur douze. Il peut y avoir la disparition de beaucoup d'espèces aquatiques. La destruction des parcs nationaux n'en parlons pas», avait-il expliqué à Radio Okapi, au retour de la Cop 22 tenue à Marrakech (Maroc) où la question du transfèrement des eaux de l'Ubangi a été également débattue.

Outre les parcs des Virunga, Garamba et Maiko qui seront touchés, le député Roger Mpanano soutient également qu'avec le transfèrement des eaux de la rivière Ubangi vers le lac Tchad, « il y aura des pathologies nouvelles et des problèmes de santé au niveau de la RDC ».

Il y a donc urgence. La RDC doit sortir de son profond sommeil et prendre conscience qu'avec sa forêt équatoriale - deuxième après l'Amazonie (Brésil) - l'équilibre écologique du monde l'implique directement. Curieusement, sur place au pays, le débat politique a mis en ombrage cette question d'intérêt planétaire.

La guerre de l'eau est bien aux portes de la RDC. Il est impérieux que les dirigeants congolais prennent la mesure de cette menace. Dans le cas contraire, ce serait trahir la nation congolaise.

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