23 Novembre 2017

Ile Maurice: Nicolas Pougnet - «Dans la construction, un ouvrier peut toucher jusqu'à Rs 25 000»

Comment se porte le secteur de la construction aujourd'hui ?

Le secteur se porte bien mieux que les trois dernières années. Il y a toujours moyen de s'améliorer. Plusieurs contrats auraient dû démarrer, mais n'ont pu le faire à cause de problèmes de permis. On prend trop de temps pour en délivrer. D'ailleurs, nous avons deux contrats en retard à cause de cela. Il y a toujours un retard dans cette chaîne à partir de la Road Development Authority (RDA). Si Maurice veut se développer davantage, on doit pouvoir obtenir les permis et tous les certificats dont on a besoin dans un délai raisonnable. Tel n'est pas le cas. Il y a toujours un gros retard. Et toujours un peu d'instabilité.

Statistics Mauritius avait estimé la croissance pour 2017 à 7 %. Visiblement ce ne sera pas le cas. Pourquoi selon vous ?

Il y a quelques gros projets qui auraient dû avoir débuté. Du côté du gouvernement, ce sont les routes. Trois gros morceaux auraient dû être entamés, notamment les projets du Road Decongestion Programme (RDP) dont le Phoenix Bypass, entre autres. Le métro express n'est pas vraiment pour les compagnies locales. Tout est pour l'Inde. Je ne crois pas qu'on va voir la croissance sur le marché local avant 2018.

«Les métiers liés à la construction sont nobles. Il y a toujours quelque chose à découvrir.»

Justement, tous ces projets ne sont-ils pas suffisants pour relancer le secteur de la construction ?

Non, ce n'est pas suffisant. Beaucoup de compagnies sont très engagées dans la rénovation d'hôtels. Tous ces hôtels doivent être prêts avant fin décembre. Il n'y a pas de projets à suivre l'année prochaine. Tous ces retards se situent dans le volet économique de Maurice. Tous les projets de développement doivent être attribués avant que ne commence la construction. Il y a un surplus de développement résidentiel à Maurice pour l'instant. Il y a un choix.

Côté commercial, plusieurs projets comme la rénovation du Caudan auraient dû commencer, mais prennent plus de temps. L'aéroport est un autre chantier qui aurait dû déjà se développer. Les aménagements ont déjà été faits. Ça ne bouge pas aussi vite que l'on pensait, alors que l'aéroport est un centre commercial comme le port franc. Tous ces travaux auraient dû amener du business à Maurice.

Comment faire pour relancer ce secteur alors ?

Le gouvernement doit mettre une stratégie en place afin d'amener beaucoup plus de Foreign Direct Investment (FDI) à Maurice. De donner plus d'assurance et de faire de Maurice un 'easy-friendly country'. Pour attirer du monde afin de faire du développement localement, une grosse niche est représentée par l'Afrique du Sud. Il faut accorder plus de facilités afin que les développeurs puissent contribuer plus au développement à Maurice.

L'interdiction de faire appel à la main-d'oeuvre étrangère a été levée. Qu'est-ce qui explique qu'il est toujours difficile de recruter localement ?

C'est vrai que la main-d'oeuvre aujourd'hui est étrangère. On a de plus en plus de problème à recruter de la main-d'oeuvre locale. Les jeunes préfèrent les emplois col bleu au lieu de faire des travaux manuels. C'est le cas dans tous les pays du monde qui sont arrivés à un certain stade de développement.

Il ne faut pas avoir peur de faire venir la main-d'oeuvre étrangère. On nous a donné l'assurance que les permis accéléreront les choses. Mais cela nous a pris quatre mois pour ramener cette main-d'oeuvre, principalement indienne, à Maurice. On perd sur la production. On a du retard sur les chantiers. Nous avons embauché actuellement 150 ouvriers de l'Inde. Comme ils ont déjà travaillé soit à Maurice, soit à Dubaï, ils ont l'expérience d'avoir travaillé en dehors de leur pays.

«Il y aura, dans les constructions, des changements auxquels les gens auront à s'adapter afin que les bâtiments soient plus thermiques, économiques.»

Ce n'est pas que la main-d'oeuvre seulement, du côté des cadres également nous commençons à avoir des expatriés qui viennent donner un coup de main sur les chantiers. Le secteur a tellement évolué. Beaucoup de jeunes ont même quitté la construction pour essayer d'avoir quelque chose de plus stable. Nous avons perdu un lot de candidats potentiels. Il faut essayer d'avoir un cycle plus stable dans la construction.

Les métiers liés à la construction sont nobles. Il y a toujours quelque chose à découvrir. Les jeunes veulent toujours essayer de trouver quelque chose de nouveau. C'est un travail qui se fait à l'extérieur. Ils veulent avoir un métier stable et qu'ils ne soient pas licenciés après un contrat. Chez BCE, nous avons environ 35 % de main-d'oeuvre étrangère et 65 % locale.

Côté cadres, le ratio de la main-d'oeuvre étrangère est de 3 % et le reste est mauricien. Pour nous c'est mieux d'avoir des travailleurs mauriciens. Ils nous coûtent moins cher. Les étrangers coûtent plus. Ils ont la même base salariale que les Mauriciens. Et travailler avec les Mauriciens sur le long terme est beaucoup mieux.

Est-ce un problème de salaire ou un désintéressement total ?

Je ne crois pas que c'est à cause du salaire. La moyenne qu'on paie est supérieure à ce qui est pratiqué dans le textile. Un ouvrier peut toucher jusqu'à Rs 25 000. Mais il est vrai que c'est un travail plus dur. Il n'y a pas de désintéressement. Les jeunes veulent travailler à l'extérieur. Si vous dites à un jeune de travailler dans un bureau, il vous dit non. C'est le choix personnel de la personne.

BCE se spécialise dans le bâtiment. Quelles sont les dernières tendances au niveau de l'habitat ?

Nous existons depuis 1948. Nous sommes la plus vieille compagnie de Maurice. Nous sommes les premiers à avoir commencé avec le préfabriqué à Maurice. Nous sommes dans le développement résidentiel, les hôtels, le bâtiment commercial, les hôpitaux, les ponts préfabriqués. Côté individuel, cela marche beaucoup aujourd'hui. Tout Mauricien veut avoir un toit sur sa tête. Il a une envie de construire sa propre maison. Les hôtels vont être de moins en moins dans les gros développements. Ils privilégient la rénovation.

Au niveau tendance, le béton est toujours le matériau qui prime à Maurice. Le bois, qui nécessite un gros entretien à cause du problème des termites, devient de plus en plus cher. Il y aura, dans les constructions, des changements auxquels les gens auront à s'adapter afin que les bâtiments soient plus thermiques, économiques et beaucoup plus légers que ce qu'on a actuellement.

«Le marché n'est pas assez grand pour tous les joueurs à Maurice. En sus, on vient ajouter des entrepreneurs étrangers.»

Comment rester compétitif ?

Beaucoup de nouveaux acteurs sont entrés dans le secteur. Chacun à sa façon. Chacun a sa niche, ses clients préférés. Le marché n'est pas assez grand pour tous les joueurs à Maurice. En sus, on vient ajouter des entrepreneurs étrangers. C'est de plus en plus difficile pour être compétitif.

Cette année déjà, trois compagnies moyennes ont mis la clé sous le paillasson, suite à des problèmes financiers. Si la croissance n'augmente pas, d'autres compagnies vont fermer leur porte.

Aujourd'hui, le secteur de la construction a beaucoup de problèmes relativement au non-paiement des travaux qui ont été entrepris. Cela affecte ceux au bout de la chaîne. Les entrepreneurs et petits entrepreneurs n'arrivent pas à régler leurs notes. Ce qui représente un gros problème pour les compagnies. Tout développement doit avoir une ardoise claire avant de commencer un nouveau projet.

«On doit revoir les lois et les contrats de construction. On doit se moderniser.»

Quelles sont vos prévisions pour 2018 ?

On a un carnet de commandes assez rempli. Mais pour l'année 2018-2019, nous ne voyons pas grand-chose arriver. Les annonces pour les projets sont là. Il faut les suivre. Mais il faut une volonté pour que ça commence. Il y a les Jeux des îles qui arrivent, en 2019, mais rien ne bouge. On attend toujours la construction du complexe sportif de Côte-d'Or.

Il n'y aura pas de boom en 2018. Je ne crois pas qu'il y aura 7 % de croissance. Je suis très pessimiste. La croissance va être inférieure à 5 %. Aujourd'hui, la construction doit se renouveler. On doit revoir les lois et les contrats de construction. On doit se moderniser. Il faut le faire comme cela a été le cas pour le sucre ou le textile.

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