4 Décembre 2017

Congo-Kinshasa: L'Indomptable Kabila !

billet

La crise politique en République démocratique du Congo connaît de nouveaux rebondissements avec le report de l'élection présidentielle devant mettre fin au règne de Joseph Kabila dont le mandat s'est expiré depuis décembre 2016.

Initialement prévu par l'accord de la Saint Sylvestre pour la fin de l'année en cours, l'échéance vient d'être repoussée jusqu'au 23 décembre 2018 contre toute attente par le pouvoir en place en raison de supposés problèmes matériels et d'une instabilité du pays au plan sécuritaire.

Cette décision a eu pour conséquence, un regain de tension dans la capitale Kinshasa où les répressions des militants de l'opposition congolaise descendus dans les rues pour protester contre ce énième acte du président Kabila visant à prolonger son mandat à la tête de l'Etat congolais, ont encore fait des morts.

Depuis que son second mandat à la tête du Congo est arrivé à terme, Joseph Kabila qui a succédé à son père après son assassinat couvert de mystère en 2001, met tout en œuvre pour empêcher la tenue de la présidentielle devant désigner son remplaçant.

Et la raison est toute simple : la Constitution révisée de 2006 interdit au chef de l'Etat de briguer un troisième mandat, mais elle l'autorise par contre, à demeurer dans son palais tant que celui à qui il doit passer la charge dans la conduite des affaires de la République n'a pas encore été choisi.

L'homme fort de Kinshasa, qui n'a jamais fait mystère sur son refus de quitter le pouvoir, exploite à souhait cette disposition de la loi fondamentale pour continuer à régner sans partage sur ce vaste pays de l'Afrique centrale qui s'étend sur plus de 2 000 000 de Km2. Ce décalage de la date du scrutin a fini donc de convaincre ceux qui en doutaient encore.

Face aux nouvelles vagues de violences que connaît la RDC, les évêques congolais réunis au sein de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ont appelé Joseph Kabila à rassurer l'opinion par une déclaration publique qu'il ne sera pas candidat à sa propre succession en vue de contribuer à l'apaisement des tensions liées à son maintien à la tête du pays au-delà de la fin de son mandat.

«Il est indispensable, sur fond d'une sincère volonté politique, de rassurer le peuple congolais et les partenaires internationaux, en donnant des garanties pour la tenue effective des élections», a réclamé l'épiscopat dans sa déclaration rendue publique à l'issue d'une assemblée générale extraordinaire consacrée à la crise politique en RDC. De leurs côtés, le Rassemblement de l'opposition et les mouvements citoyens «Lucha» et «Filimbi» qui se montrent plus radicaux, exigent la mise en place d'une «transition politique sans Kabila» dès le 31 décembre 2017 pour coller un peu à l'esprit de l'Accord conclu entre pouvoir et opposition un an plus tôt.

Dans son rapport sur la crise politique qui secoue le pays, publié hier lundi 4 décembre, International Criss Group (ICG) fait une analyse de la situation. Selon Richard Moncrieff, directeur des projets en Afrique centrale pour cette ONG, la communauté internationale a sous-estimé pendant longtemps, l'acharnement de Joseph Kabila, avant de se rendre compte que ce dernier dispose de moyens techniques et politiques pour prolonger la durée de son régime. De ce rapport, il ressort que la crise en RDC s'explique par le fait que l'Union africaine refuse de s'inscrire dans une stratégie commune avec les autres partenaires internationaux.

Car, manifestement, si les Etats voisins de la RDC soutiennent le processus, ils ne veulent pas encourager la contestation du régime Kabila au risque d'envenimer la situation qui se trouve déjà tendue. Aux yeux de certains dirigeants africains, le maintien de Kabila apparaît comme un gage de stabilité pour ces pays et il vaut mieux aller dans ce sens à défaut de demeurer neutre.

Aussi, il y a cette réalité qui est que nombre de présidents sous nos cieux sont habités par les mêmes ambitions de longs règnes, d'où la réticence à tracer les sillons d'une gouvernance politique qui va se retourner un jour contre eux.

L'opposition congolaise qui peine à se remettre de la mort de son leader charismatique, Etienne Tshisekedi, gagnerait donc à se souder et à parler d'une seule voix pour mener le combat et contraindre le camp présidentiel au respect de ses engagements. Sinon, le divisionnisme en son sein profitera toujours à «Kabila fils».

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