5 Décembre 2017

Afrique du Sud: Soupçons de malversations aux obséques de Nelson Mandela - Ballet de vautours autour de la dépouille de Madiba

Photo: GCIS
Le président Jacob Zuma avec Winnie Madikizela-Mandela et Graca Machel aux funérailles de l'ancien président Nelson Mandela.

Le 5 novembre dernier, la médiatrice de la République sud-africaine, Busisiwe Mkhwebane, a publié un rapport pour le moins scandaleux. En effet, ledit document de 300 pages révèle la gabegie et les faits de corruption qui ont entouré les funérailles de Nelson Mandela.

Il est notamment mis à l'index « une inflation massive des prix, des détournements de fonds, une mauvaise planification et un manque de respect des règles de la chaîne d'approvisionnement ».

Et Madame Busisiwe Mkhwebane ne tarit pas d'exemples pour étayer ses accusations. Selon elle, des fournisseurs non enregistrés ont été sollicités ; de nombreuses commandes ont été passées sans qu'aucune facture ne soit produite ; plusieurs prestations n'ont jamais été fournies.

Le pire reste cependant que plus de 18 millions d'euros ont notamment été puisés dans un fonds pour le développement de la région rurale du Cap-Oriental afin de financer cette cérémonie nationale.

Ces sommes étaient normalement destinées « à l'infrastructure, à l'eau courante, à l'électricité, à la rénovation d'écoles ou d'hôpitaux ». Les conséquences de ce mauvais usage des fonds publics se feraient encore ressentir aujourd'hui, selon celle qui a dressé le réquisitoire du jour. L'information a de quoi estomaquer plus d'un. Et pour causes.

Le premier des Sud-africains nage dans toutes les eaux boueuses de la République

D'abord, l'absence de décence dans la gestion de fonds relatifs à des obsèques est contraire à l'éthique africaine. Les funérailles sont, sous nos cieux, des évènements sociaux où l'on fait le culte des valeurs sociales positives pour non seulement célébrer la vie ou la mort du défunt, mais aussi pour se prémunir soi-même des incertitudes de la vie de l'au-delà où il est établi dans l'imaginaire africain que seuls nos actes bienveillants posés pendant notre existence sur terre, peuvent nous sauver.

Ensuite, des détournements d'argent aux obsèques d'un héros comme Nelson Mandela qui a fait l'unanimité mondiale sur ses vertus d'homme exceptionnel, ne peuvent que salir son image.

Enfin, l'on ne peut qu'être pris de dégoût quand on sait que l'argent détourné était initialement destiné à financer des infrastructures sociales de base. Mais peut-on s'étonner de ces pratiques dans l'Afrique du Sud de Jacob Zuma ? L'on peut, à coup sûr, répondre par la négative.

Car ce nouveau scandale est à l'image du pays dont le premier responsable ne cesse d'éclabousser la nation de ses frasques. « Le poisson, dit-on, pourrit par la tête » et l'on comprend aisément que ceux dont la gestion est épinglée dans ce rapport, aient pris modèle sur leur mentor qui confond allègrement sa poche avec le Trésor public sud-africain. L'on se souvient que Zuma n'avait pas hésité à puiser près de 450 000 euros dans les caisses de l'Etat, pour rénover sa résidence privée de Nkandla.

L'on garde aussi très présent en mémoire que le premier des Sud-africains nage dans toutes les eaux boueuses de la République : détournements, corruption, affairisme, affaires de fesses, etc.

L'on ne peut donc s'étonner qu'il fasse des émules dans son entourage ou même jusqu'à l'intérieur du pays où la gouvernance de l'ANC est aujourd'hui des plus décriées. Cela dit, il faut féliciter la médiatrice de la République sud-africaine à qui l'on peut faire tous les reproches sauf celui de ne pas faire son travail. Non seulement elle a le flair et le bon, mais aussi elle a du cran.

Madiba se serait contenté de funérailles modestes

Elle émerge au-dessus des eaux, dans une Afrique du Sud où certains dirigeants de l'ANC surfent sur leur légitimité historique née de la lutte contre l'apartheid pour piller les ressources du pays.

La qualité du travail abattu par l'institution qu'elle incarne, est la preuve que des institutions fortes restent le meilleur paravent contre l'appétit gargantuesque des politiques dont les poches ressemblent au tonneau sans fond des Danaïdes.

Au-delà du cas singulier de l'Afrique du Sud, cette affaire scabreuse permet de faire le procès de ces dirigeants africains qui se livrent à des dépenses de prestige sur le continent, pour réaliser leurs rêves mégalomaniaques au détriment de priorités et de besoins réels des populations à la base.

Et que dire des surfacturations et des marchés attribués à des sociétés fictives ou encore à des entreprises sur la base du népotisme et des pots de vins, qui sont érigés en mode de gouvernance ?

Pour en revenir au cas spécifique de Nelson Mandela, on peut dire sans risque de se tromper, que Madiba qui n'a vécu que pour les autres, se serait contenté de funérailles modestes s'il avait le choix.

Autrement, il se serait accroché au pouvoir au point d'y mourir afin de bénéficier de grandioses obsèques comme ont tenté de le faire certains chefs d'Etat du Gondwana.

Ce qu'il reste à espérer de cette affaire pour honorer sa mémoire, c'est que les enquêtes se poursuivent pour que les vautours masqués qui se sont repus de la dépouille mortelle du héros de la lutte contre l'apartheid, rendent gorge.

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