6 Décembre 2017

Tunisie: La Tunisie y est, mais...

La Tunisie a officiellement refusé une demande faite par l'Union européenne (UE) de suspendre les avantages fiscaux accordés aux sociétés totalement exportatrices (offshore), selon une source gouvernementale.

Dans une correspondance adressée, hier, à l'UE, les autorités tunisiennes se sont déclarées déterminées à continuer d'octroyer ces avantages, afin de préserver le tissu industriel et la pérennité des postes d'emploi, d'après la même source.

La demande faite par l'UE s'inscrit dans le cadre de la campagne menée par nombre de pays européens pour réduire l'implantation de leurs sociétés industrielles en Tunisie.

La position officielle de la Tunisie lui a valu une place parmi les 17 paradis fiscaux extérieurs à l'Union européenne, inscrits dans une «liste noire», adoptée, la même journée, par les 28 ministres des Finances européens, lors d'une réunion tenue, la même journée, à Bruxelles (Belgique).

Les pays susmentionnés «ne font pas le nécessaire pour lutter contre l'évasion fiscale», selon le ministre français de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire.

Une évolution « dangereuse »

Contacté par La Presse, l'ancien ministre des Finances, Hakim Ben Hammouda, a mis en garde contre une évolution «dangereuse», qu'«il faut prendre très au sérieux».

Figurer dans la «blacklist» de l'Union européenne aura des impacts nocifs qu'on peut classer en trois niveaux, a-t-il expliqué.

«D'abord, c'est un énorme coup à la réputation du pays. Car être classé aux côtés des paradis fiscaux ne fait qu'affecter la crédibilité de nos institutions, et de là, l'image de tout le pays», a fait savoir l'ancien ministre.

«Sur un autre plan, les lois régissant l'Union européenne interdisent aux pays membres de collaborer avec les paradis fiscaux. Ce classement aura, donc, des répercussions sur les engagements des pays de l'UE en matière d'aides et d'appuis financiers à la Tunisie», a encore fait observer Ben Hammouda.

L'autre coup dur sera porté, selon lui, à l'investissement, dans la mesure où les investisseurs rechignent à collaborer avec les pays figurant sur une blacklist ou une autre.

L'UE a, depuis la crise de 2008, placé la lutte contre l'évasion fiscale au centre de ses priorités, dans l'objectif de parer à une crise économique asphyxiante, a signifié l'ancien ministre, en revenant sur les dessous de ce classement.

Franches contradictions

Les ministres européens n'auraient pas pris en considération la conjoncture tunisienne, en procédant à classer le pays sur la «blacklist», avancent néanmoins quelques observateurs. «Les contraintes budgétaires qui pèsent sur les finances publiques et les défis posés en matière d'emploi et de revendications sociales ont poussé le pays à accorder des avantages fiscaux attractifs, en vue de drainer les investissements. Puis, il ne s'agit là que de solutions provisoires compte tenu des accords internationaux y afférents», soutiennent-ils

Se plaçant aux antipodes d'une démarche « pas très crédible » de l'UE, Oxfam (confédération composée de vingt organisations indépendantes qui agissent contre les injustices et la pauvreté) s'est, quant à elle, interrogée sur l'absence de la Suisse et surtout des Pays-Bas et du Luxembourg (pays membres de l'UE) de cette liste.

Sans parler d'autres Etats comme les Bahamas et Hong-Kong.

Des contradictions qui invitent à une bonne réflexion sur les soubassements de ce classement, d'après Oxfam.

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