6 Décembre 2017

Ile Maurice: Vijaya Teelock - «Est-ce qu'on parle de discrimination dans le curriculum de l'éducation?»

interview

Vous êtes la nouvelle présidente du comité scientifique de «La route de l'esclave», un projet de l'Unesco. Qu'est-ce que cela représente pour vous ?

C'est une surprise. Je n'ai jamais travaillé en dehors du cadre de Maurice. C'est aussi un challenge de présider un comité qui comprend des historiens de renom international. Je suis membre du comité depuis 2015 et mon mandat est d'une durée de deux ans.

Qu'est-ce que cela représente pour Maurice ?

Depuis deux ans, j'essaie de les persuader de travailler sur l'océan Indien. Jusqu'à présent, ce projet s'est focalisé sur l'étude de l'esclavage en Atlantique, dans les Caraïbes. Il n'y a qu'à voir sur le site web, on y parle très peu de l'océan Indien. Ce qui s'est passé ici n'est pas comme ce qui s'est passé en Amérique, par exemple. Il est également important de faire des recherches sur l'esclavage dans notre région, pour les descendants.

Je leur ai dit que Maurice a été un hub de la traite négrière dans cette partie du monde. Lors de la conférence organisée par le comité scientifique, la semaine dernière, ils ont vu tout cela et ont changé d'orientation. À l'université de Maurice, il y a déjà le Centre for Research on Slavery and Indenture, le centre Nelson Mandela pour la culture africaine qui s'occupe du dossier, c'est un plus.

Le projet «La route de l'esclave» de l'Unesco a été lancé en 1994. Avec la conférence de la semaine dernière, qu'est-ce qui a changé ?

Il y a maintenant quatre personnes de l'océan Indien sur le comité scientifique. Cela donne une nouvelle orientation aux recherches. Nous avons décidé de nous concentrer sur les musées, le patrimoine et la mémoire. Alors qu'auparavant, l'accent était plus sur l'Histoire.

Comme c'est aussi la décennie internationale des peuples d'origine africaine (NdlR, qui vise à protéger et promouvoir les droits des peuples descendants d'Afrique), nous voulons y apporter notre soutien, voir ce que l'on peut faire pour les descendants. D'après le constat qui a été établi, jusqu'à présent, il n'y a pas eu d'actions concrètes. Il s'agit de mettre la pression sur les gouvernements pour qu'ils agissent.

À Maurice, les recommandations de la Commission justice et vérité (NdlR, dont Vijaya Teelock était vice-présidente) ont été plus ou moins ignorées. Que ce soit sur la question des terres, ou sur le plan économique, social, politique, identitaire.

Prenez l'éducation, par exemple. Est-ce que le curriculum représente l'histoire des Africains qui sont venus à Maurice ? Est-ce que l'on parle de discrimination ? Est-ce que l'on enseigne à l'enfant comment gérer la discrimination lorsqu'il y est confronté ? L'un des projets collectifs que nous allons lancer et qui ne concerne pas que Maurice, c'est d'analyser les manuels scolaires. Le comité a aussi recommandé une synergie avec ce qui se fait autour de l'engagisme.

Il a aussi été question du musée de l'Esclavage à Maurice, un projet qui avait bloqué sur la question du lieu.

L'Unesco a décidé d'accorder tout son soutien au projet de musée à Maurice, surtout pour qu'il soit situé dans la capitale. Le ministre des Arts et de la culture a affirmé à cette occasion que le musée sera à l'hôpital militaire (NdlR, bâtiment historique situé en face de l'Aapravasi Ghat).

C'est un lieu qui a été contesté. Comment accueillez-vous cette déclaration du ministre Prithviraj Roopun ?

Nous militons pour cela depuis plusieurs années maintenant. Je suis satisfaite que le ministère ait pris une décision ferme. L'histoire de l'esclavage est tellement importante que c'est ridicule qu'il n'y ait rien qui en parle dans la capitale.

Pourquoi est-ce si important que le musée de l'esclavage soit dans l'hôpital militaire ?

Les bâtiments publics de cette région de Port-Louis sont liés à l'histoire de l'esclavage. Au XVIIIe siècle, la population esclave était là. Une partie de l'hôpital militaire est dans un état d'abandon, c'est l'occasion de le restaurer.

Le soutien de l'Unesco est-il financier ? Souvent les projets culturels sont retardés faute de moyens.

L'Unesco est là pour une aide technique. Le musée de l'esclavage est un devoir de mémoire de l'État. Le secteur privé pourrait y apporter sa contribution, dans un effort national.

Ce ne sera pas un musée traditionnel avec des objets exposés. Le concept de musée a été redéfini. Nous avons déjà des choses à montrer. Il y a eu plusieurs fouilles archéologiques ; il y a des documents. Cela doit être un musée avec des installations ludiques, beaucoup de visuels.

Selon les historiens d'Afrique du Nord, ceux qui font le trafic de migrants ont utilisé les mêmes routes de l'esclave qu'au XVIIIe siècle. C'est impensable que cela resurgisse. C'est impensable d'être un historien et de rester insensible à la question.

Ile Maurice

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