6 Décembre 2017

Afrique: Trump rouvre la boîte à pandore

opinion

Le président américain Donald Trump a annoncé hier, mercredi, sa décision de transférer l'ambassade des Etats-Unis auprès de l'Etat hébreux de Tel-Aviv à Jérusalem. Acté par le Congrès américain, un décret de 1995 appelait Washington à transférer son ambassade dans la ville sainte. Mais une clause renouvelable tous les six mois a permis aux présidents successifs, Bill Clinton, Georges W. Bush, Barack Obama, de repousser l'échéance en maintenant le statu quo afin de garder les Etats-Unis dans leur rôle de médiateur dans la région. En se refusant à prolonger ce statu quo, conformément à ses promesses électoralistes, Donald Trump expose le Proche-Orient à un risque d'embrasement.

Emménager en ces lieux triplement saints aussi bien pour les juifs, les musulmans que les chrétiens et capitale revendiquée des Israéliens et Palestiniens, sera forcément ressenti comme une occupation de plus dans les territoires palestiniens et, par solidarité, dans les capitales arabes. Ce faisant, Trump met sa main dans l'engrenage de l'une des questions les plus délicates du conflit Israélo-palestinien à l'issue imprévisible.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. La ligue Arabe et l'Organisation de coopération islamique (OCI) ont convoqué deux sommets, les 9 et 13 décembre 2017, d'où devraient sortir des réponses concertées à l'affront américain. Le Vatican a également exprimé sa préoccupation, appelant à la sagesse et au respect du statu quo. Ce ne sont évidemment pas des résultats, encore moins des avancées du processus de paix que M. Trump recherche à travers cette décision.

Elle peut en revanche contenter sa base électorale (les chrétiens-blancs, l'extrême droite, les lobbys pro-israéliens... ) et aussi couvrir un bilan plus que mitigé d'un an d'exercice du pouvoir. A l'orée des élections de mi-mandat de 2018, l'anticonformiste et l'anti-Obama n'a réussi à passer aucune loi sur les réformes emblématiques promises. L'abrogation promise de l'Obamacare (un des principaux acquis de son prédécesseur), le projet d'érection d'un mur de séparation à la frontière avec le Mexique, le retrait de l'Accord de Paris et de celui avec l'Iran... n'ont pas encore passé le cap des annonces et des effets d'annonce.

Rater par conséquent l'occasion de se démarquer sur l'épineuse question du Proche-Orient avant la fin de l'année, confinerait le milliardaire à un aveu d'échec qui passerait définitivement pour un simple conteur de fées. A n'en pas douter, le transfert annoncé de l'ambassade des USA en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem procède de la stratégie du contre-feu.

C'est une prise de risque à la hauteur du scandale des ingérences supposées de la Russie dans la campagne du candidat Donald Trump et dont l'enquête ne cesse de cerner de jour en jour, le président. Sans être un professionnel de la politique, Trump sait manier l'art de la diversion à l'image de cet autre qui annonçait une régularisation de la situation de bons étrangers pendant que la France procédait, en sous-main, a des reconduites massives d'immigrants aux frontières.

De façon impromptue, au moment où l'étau se resserre autour de certains hommes du président Trump, celui-ci vient de changer de cap. La construction d'une ambassade américaine a l'air d'un enjeu de premier plan au point de supplanter les préoccupations domestiques dans l'agenda de la Maison Blanche. Cette décision charrie aussi avec elle, les préjugés d'hostilité envers les musulmans, de discrimination religieuse contenue dans le fameux « travel ban » (décret anti immigration) et dont le milliardaire aimerait se débarrasser. Paradoxale, ce décret semble être le seul succès de son mandat, car la Cour suprême américaine vient de lui donner partiellement raison en jugeant que les recours des juges fédéraux ne sont pas suspensifs. Conséquence immédiate, des milliers de ressortissants des pays visés ne pourront pas rejoindre les Etats-Unis, par exemple pour reprendre leurs études. Ce beau monde n'aura plus d'autres choix que d'aller grossir les rangs des protestations contre la décision de transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem. En tout état de cause, la boîte à pandore est ouverte.

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