9 Décembre 2017

Madagascar: Bemiray - « Pour que la mer ne soit plus la limite de notre rizière »

Vingt-deux ans déjà que le Rova d'Antananarivo partait en fumée sous des mains criminelles, faisant dire à un compatriote : « Nous avons brûlé nos forêts, nous brûlons nos palais, supports de nos mémoires, et nos ancêtres royaux. La prochaine fois, nous nous brûlerons nous-mêmes. ». Notre premier article est extrait d'un entretien accordé à Tom Andriamanoro par Bako Rasoarifetra, historienne-archéologue, spécialiste en muséologie et en patrimoine pour le compte du livre Manjakamiadana et le Rova d'Antananarivo, un futur retrouvé.

Archéologie - Un site et ses non-dits

Beaucoup de découvertes insoupçonnées ont été faites sur le site du Rova d'Antananarivo après le sinistre et on peut, sans risque de se tromper, affirmer qu'il n'a pas encore livré tous ses secrets. Les percera-t-on jamais ou l'Histoire malgache est-elle condamnée à être orpheline d'une partie importante d'elle-même ? Tous les précieux témoins sont pourtant là, à quelques mètres sous le sol. « Harena moana ireo, fa ny arkeolojia no mampiteny azy. » Sur l'emplacement de Mahitsielafanjaka d'Andrianampoinimerina, les archéologues avaient découvert, lors des fouilles de sauvetage, un enfouissement de jarres en terre cuite, contenant symboliquement une pièce de « vola tsy vaky ». Les jarres pouvaient signifier l'apport d'un élément de vie, l'eau, au « tany maty » ou terre morte qu'est la terre rouge. Quant à la pièce de monnaie « vola tsy vaky », elle serait un tribut rendu à la sacralité des lieux.

Les fouilles ont réservé d'autres surprises, celle, par exemple qui a permis de savoir que le Manjakamiadana « intérieur », réalisé en bois par Jean Laborde, avait au moins un élément qui n'était point de ce matériau-là : son « vato fehizoro » ou première pierre, une belle pierre travaillée accompagnée du « vola tsy vaky » rituel. Jean Laborde l'a enfouie à l'angle sacré du Nord-Est, près du vrai pilier Volamahitsy différent de celui, central, qui a toujours usurpé cet honneur et qu'on disait avoir été fait d'un seul tenant, de la base au sommet. Archifaux. Ce coin du Nord-Est recèle de nombreux autres vestiges qui ont amené les archéologues à exiger que, si le projet d'ascenseur se fait un jour, il ne soit pas localisé à cet endroit.

La cour intérieure du Mahitsielafanjaka

Le rôle de l'archéologie est de redonner à l'Histoire, la place et l'importance qui lui reviennent, tout en rétablissant la sacralité non seulement des personnes mais aussi des lieux. Beaucoup restent à découvrir, non plus sous Manjakamiadana déjà refait, mais tout autour où l'espace et le temps restent disponibles pour un véritable chantier de recherche. Cela permettrait aux travaux annexes de réhabilitation de s'effectuer en terrain connu, et au Musée de disposer de précieux éléments ignorés des générations qui se sont succédé en marchant dessus, sans se préoccuper de rien. Des fouilles personnelles effectuées en 2006 par Bako, avec l'assistance du Programme Mades et en collaboration avec le Service de coopération et d'action culturelle de l'ambassade de France, ont permis, par exemple, la découverte de ce que l'archéologue n'hésite pas à qualifier d'élément le plus important du Rova : la pierre d'Andrianjaka. Quand ce roi a créé sa capitale en 1610, c'est à cet endroit précis qu'il a procédé à tous les rites. Tous les éléments ont été retrouvés à leur place exacte, pour ne citer que la pierre levée, un symbole phallique par lequel le souverain « épouse » sa terre nouvellement conquise, les ossements du zébu « omby vola vita » du sacrifice, des morceaux de quartz qualifié de « pierre vivante », des tessons de poteries, ainsi que deux pièces d'argent.

Antananarivo a célébré ses quatre cents ans en 2010, dans des festivités dont elle avait quelque peu perdu l'habitude. Cette métropole de deux millions d'habitants est donc née de cette simple pierre qui a failli se perdre dans l'anonymat, trop anodine peut-être, à une époque où le paraître prend de plus en plus l'avantage sur l'être...

Un œuf de l'Aepyornis.

Exploration - Il était une fois le Sud Profond...

L'Oiseau-Roc des Mille et une Nuits a existé ailleurs que dans les contes. C'est en 1868 qu'Alfred Grandidier en découvre un gisement d'os dans une mare à Ambohisatrana, près de Toliara. « J'y entrais et, me baissant, je tâtais le fond où, sentant un objet, je le pris. L'ayant lavé, je vis avec surprise et joie que c'était un os gros comme ma cuisse. Enthousiasmé, avec quelques-uns de mes hommes, nous nous mîmes à fouiller la boue tapissant le fond de la mare, et en retirâmes plusieurs autres os de l'oiseau colossal, de cet Æpyornis qu'on ne connaissait encore que par ses œufs d'une capacité de huit litres et quelques débris indéterminables. »

Deep South de toutes les surprises, où les déchirements du « Beko » vocal rappellent étrangement le Blues de quelque lointain Alabama... La pureté de l'atmosphère se traduit ici par les nuits étoilées, certainement les plus belles que l'on puisse admirer. Et on comprend déjà un peu mieux le surnom de « tsy miroro », qui ne dort jamais, donné à Tuléar. La « Ville Blanche », autre qualificatif, aime les nuits de la même couleur, elle qui passe déjà ses jours à somnoler sous un soleil implacable. Toutes les occasions peuvent être prétextes à joie d'autant plus qu'elles sont rares. Même là-bas chez les Vezo d'Anketrake, la circoncision collective du « Savatse », qui rassemble des centaines d'enfants, dure quatre jours dans une suite ininterrompue de « jihe » et de chants autour du « Hazomanga » sacré...

Africaneries - Sa Majesté l'ancien de la Coloniale

Quelques mémoires se sont quand même souvenues de la plus grande pitrerie de l'Histoire africaine : la métamorphose du soudard Jean Bedel devenu l'empereur Bokassa de Centrafrique à l'issue d'un sacre d'opérette où rien ne manquait, surtout pas le carrosse tiré par des chevaux venus exprès de France, le trône de trois mètres de haut, le manteau d'hermine, et une impératrice blanche comme neige au nom prédestiné : Catherine. Mais le Napoléon noir est, néanmoins, resté très africain quelque part, en réquisitionnant les enfants des écoles toute une matinée sous le soleil de Bangui, capitale impériale. D'autres l'ont fait et le feront encore pour moins qu'un sacre : l'inauguration d'une borne fontaine, ou le ravalement des murs d'une vieille école primaire, par exemple. Et lequel de ses pairs lui aurait reproché ses caprices ? Sûrement pas Daniel Arap Moi quittant le dais où il a trôné pendant vingt-quatre ans. Ni Gnassimbe Eyadema qui a donné le nom de sa maman Mme Babanguida à une rue de Lomé. Encore moins Houphouet Boigny que l'on disait sage et qui a offert à Marie la plus grande basilique d'Afrique dont elle n'avait nul besoin, ou Menguistu Haïlé qui a laissé à ses... sujets le soin de le surnommer « l'empereur rouge ». Tous, des Bokassa qui n'ont pas osé aller au bout de leurs fantasmes. Bedel, lui, a osé, offrant du même coup, la plus belle promotion à son pays : le pauvre Centrafrique devenait un Empire pour de bon, alors que d'autres se contentent de lâcher un « ny vahoakako » pour se persuader du rang qu'ils croient être le leur.

L'empereur Jean Bedel Bokassa s'assoit sur son trône, le 4 décembre 1977.

Un certain nombre d'autres syndromes caractérisent le mal africain des sommets, le plus visible, même chez ceux à peine arrivés à ces enivrantes altitudes, étant leur réticence extrême à penser seulement les quitter un jour. Aucun subterfuge, notamment électoral, n'est jamais de trop pour parvenir à s'accrocher au... trône et à ses avantages. Robert Mugabe aura au moins laissé, bien malgré lui, une leçon à méditer par tous les apprentis-empereurs, déclarés ou pas. Vient ensuite le souci d'assurer l'avenir du pactole constitué. Questionné sur le fait qu'il possédait un compte sous numéro en Suisse, Senghor, qui était un vrai sage, eut le courage et la franchise de reconnaître « oui, comme tout honnête homme ». Mais pour un Senghor, combien compterait-on de Bongo ou de Mobutu qui, en leur temps, auraient osé jurer leurs grands dieux qu'ils ont juste quelques maigres économies à l'étranger ? Authentique, mais défense d'en sourire, il y a aussi cette combine consistant à créer une société pseudo-nationale capable de prospérer pendant quelques mois avant de se déclarer en faillite, si bien que seuls quelques gros actionnaires savent où est passé l'argent des petits épargnants. Cela a été le cas de la Société d'État de transport urbain « Nyayo » lancée par Arap Moi, dont il est resté un bus sur cent quarante, tous les autres s'étant cannibalisés ou évanouis on ne sait où.

Une autre ficelle dans la manche des habitués des cimes, celle de parachuter quelque lampiste à un poste de tout premier plan pour tout faire retomber sur son dos, le jour où. Ce fut le cas d'Ali Mwiny, un obscur troisième violon comorien de Zanzibar, porté aux plus hautes responsabilités par le Tanzanien Julius Nyéréré, un énième sage comme l'Afrique sait en produire treize à la douzaine.

Mais pour en revenir à Bokassa, dont le bon peuple se souvient actuellement du sacre d'opérette, un reportage de la Radio Mondiale a littéralement estomaqué les auditeurs : tout ce que le pays compte comme réalisations dignes de ce nom a été légué par... l'ère Bokassa, les autres n'ayant strictement rien fait à part se constituer en milices rivales. Faut-il oser penser que l'empereur de pacotille est regretté ?

Rétro pêle-mêle

On est à la veille de l'ouverture de la campagne pour les législatives de 2002, et l'île Sainte- Marie baigne dans une atmosphère inhabituelle avec la réunion des conseillers français du commerce extérieur. Pourquoi avoir choisi l'Ile Jardin ? Tout ici respire la France avec, en toile de fond, l'engagement des grands hôteliers pratiquement tous étrangers. Pour le programme proprement dit, on aura remarqué les interventions du directeur régional d'Air France qui développe le thème du désenclavement, et du général Dubourg, commandant des Forces françaises de la zone Sud de l'océan Indien, ainsi que le recours à des militaires réunionnais pour ravaler les façades des bâtiments publics. Personne n'est dupe, on est en présence d'une opération lourde de relations publiques en soutien au candidat franco-malgache Jacques Sylla, lequel a fait un triomphe à Paris où il a été reçu par plus de dignitaires français que tous les présidents malgaches successifs. Jacques Sylla a donc fait appel à « l'artillerie lourde » et la France est accourue au secours de son presque-compatriote. Veut-elle refaire le coup réussi de Mayotte ? Il ne faut pas oublier que Sainte-Marie a été française bien avant la Savoie. Du côté de la concurrence, principalement de l'homme d'affaires Luc Ravonty, on fait vibrer la fibre nationaliste en se souvenant du mot de Rainandriamampandry, ministre de la Reine, s'opposant à une implantation des Français dans le Nord : « Que vous me coupiez le bras au niveau du poignet ou du coude, la douleur sera la même. »

Lettres sans frontières

Michel Leiris

In l'Afrique fantôme

Je notais simplement

31 juillet

Villages, montagnes. Dans des poses à se casser le cou (au sens propre, car il a le plus généralement la tête complètement renversée en arrière), Griaule décalque les graffiti qu'il a déjà photographiés. Cela devient un sport, comme, il y a quelque temps, les achats de serrure ou de poupée. Quant à moi, je converse avec mon vieux copain Mamadou Vad, qui me parle des sorciers mangeurs d'hommes et des grands esprits protecteurs, le nama qui va plus vite et le koma qui est plus grand et plus fort, un peu comme la panthère et le lion.

Dans la matinée, alors que nous revenions d'un village, un gros cynocéphale avait traversé la route à une dizaine de mètres à peine devant l'auto. Lullen en avait l'écume aux lèvres, littéralement ; mais moi, que ne volcanise aucun instinct cynégétique, je notais simplement le derrière bleu du singe, d'un bleu tirant plus sur l'acier que je ne l'aurais cru.

1er août

Rêve : la mission est un bateau qui sombre. Ce bateau est lui-même l'immeuble du 12, rue Wilhem où j'habite à Paris. Des graffiti rappelant ceux, tous ces jours-ci, nous avons examinés sur les rochers, décrivent l'ultime phase de la catastrophe : les officiers (en groupes de pointillé) massés sur le dernier carré- en langage maritime- qui du reste est un triangle. Au moment où tout va s'abîmer, je fais observer à mon frère qui est là, qu'il serait beaucoup plus simple de descendre l'escalier. Mais il faut un héroïsme passif et tout l'équipage se laissera couler. Les yeux hagards, je réclamais une bouteille pour y enfoncer les dernières pages de ce journal. Puis, une enveloppe qu'on mettra à la poste, car c'est plus sûr qu'une bouteille. Mon affolement est à son comble, car je ne découvre pas le premier de ces engins indispensables et crains que l'enveloppe ne soit gâtée par l'humidité. À ce moment-là, je prends conscience qu'on ne court aucun risque de naufrage dans un immeuble de sept étages, même si la rue est inondée de pluie, et peu après je m'éveille.

Madagascar

La campagne électorale est relancée

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