10 Décembre 2017

Congo-Kinshasa: Attaque camp MONUSCO - Béni la... maudite

Photo: Flickr
Casque bleu

Ils sont arrivés jeudi 7 décembre 2017 au crépuscule et alors que la nuit enveloppait la ville de son voile noir, se sont acharnés sur le détachement tanzanien de la MONUSCO à Semuliki vers Béni dans le Nord-Kivu.

Qui étaient-ils ces assaillants lourdement armés et dont l'attaque aurait été « planifiée et organisée » de l'aveu même de Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l'ONU chargé des opérations de maintien de la paix? Jusqu'à hier, nul ne le savait vraiment avec certitude même si, dès vendredi, on pointait déjà un doigt accusateur vers l'Allied democratic forces (ADF), cette milice islamiste ougandaise censée combattre depuis vingt ans le régime de Yowéri Museveni, de l'autre côté de la frontière ougandaise donc mais qui ne se prive pas de faire de temps à autre des incursions en République démocratique du Congo.

Qu'il s'agisse d'elle ou d'un autre groupuscule de ces multiples semeurs de mort qui essaiment en RDC, notamment dans ce Nord-Kivu de tous les dangers, le bilan est en tout cas, particulièrement lourd : quinze casques bleus tanzaniens tués, une cinquantaine blessés et trois portés disparus. Cinq soldats congolais auraient été également tués (1 blessé, 1 disparu et 72 assaillants tués selon les FARDC).

C'est de loin le bilan le plus lourd qu'enregistrent les soldats de la paix depuis la mort de 24 casques bleus pakistanais le 5 juin 1993 à Mogadiscio. Des bérets bleus régulièrement pris pour cibles , que ce soit en RDC, au Mali, en RCA, au Rwanda, au Liban, en Côte d'ivoire, au Soudan... entre le marteau des ennemis de la paix et l'enclume des populations qu'elles sont censées protégées.

Une protection dont ils ne s'acquitteraient pas toujours convenablement, souvent il faut le dire en raison de règles d'engagement très stricts ou alors ils sont souvent accusés d'être plus prompts de la braguette que de la gâchette eu égard aux nombreux scandales d'abus sexuels qui éclaboussent une troupe parfois perçue comme un contingent de touristes sexuels que de vrais combattants.

Même s'il faut se garder, à cause des agissements de quelques moutons noirs, de jeter l'opprobre sur une institution qui évite parfois, quoi qu'on en dise, que certains Etats ne se délitent totalement. Au prix du sacrifice suprême comme c'est le cas ici. De leur création en 1948 à nos jours, ce sont ainsi plus de 3000 d'entre eux qui sont tombés en opération, soit l'équivalent d'un ou de deux régiments.

Ce qui vient de se passer plonge encore un peu plus Béni la ... maudite dans le désarroi. De 2014 à 2016, cette localité a en effet été régulièrement soumise à des massacres mais voilà qu'après une certaine accalmie, elle connaît à nouveau un regain de violence marquée notamment en octobre par une attaque similaire à l'actuelle qui avait déjà tué trois casques bleus... tanzaniens. Sans qu'on ne sache quand prendra fin cette nouvelle saison des longs couteaux, des assassinats, des pillages, des enlèvements et des viols qui dure depuis maintenant des années.

Et comme si le rasage du camp de la MONUSCO (déployée en 1999) ne suffisait pas pour installer définitivement la peur sur cette ville-martyre, il fallait en plus que dans la nuit de vendredi à samedi, cinq personnes dont quatre membres d'une même famille soient liquidés. Ici aussi, et quand bien même, il n'y aurait pas de lien entre les deux drames, on se perd en conjectures : qui sont les auteurs et pourquoi ? Comment dans ces conditions ne pas comprendre le ras-le-bol des habitants qui ont voulu marcher avec leurs cadavres dans les bras jusqu'à la mairie mais pour toute réponse, ils n'ont eu droit qu'à un accueil musclé de la police.

Hélas, c'est souvent comme cela que ça se passe chez Kabila où la matraque et le gaz lacrymogène (voire plus si trop dérangeant) sont érigés en méthode de gouvernement à défaut de pouvoir répondre aux préoccupations des citoyens. Cette insécurité endémique ne traduit-elle pas l'incapacité d'un pouvoir plus préoccupé à s'éterniser aux affaires qu'à implémenter une gouvernance vertueuse dans ce pays grand comme presque dix fois le Burkina, qui a tout pour être un pays développé, tout sauf l'essentiel : un leadership éclairé et responsable, qu'il se soit agi hier de Mobutu ou des Kabila père et fils .

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