11 Décembre 2017

Centrafrique: Batangafo - « Les gens ont peur pour leur vie, ils n'ont plus rien d'autre à perdre »

communiqué de presse

Depuis fin juillet 2017, des combats entre des factions de l'ancienne coalition Séléka et des groupes anti-balaka ont à nouveau enflammé la ville de Batangafo et ses alentours, dans le nord de la République centrafricaine, poussant des dizaines de milliers de personnes à fuir les abris temporaires qu'ils habitaient depuis la crise de 2013-2014. Des milliers ont trouvé refuge dans l'enceinte de l'hôpital soutenu par MSF.

« Je suis fatiguée de courir. Tant que j'entendrai les fusils crépiter, je ne bougerai pas de l'hôpital. » Esther a 30 ans, elle habite avec sa fille et son frère cadet derrière le bâtiment de chirurgie de l'hôpital de Batangafo, dans une hutte faite de quelques branches et de tissu.

Elle s'y est installée le 29 juillet 2017, avec près de 16 000 autres personnes, lorsque les combats ont repris entre les factions de l'ancienne coalition Séléka et les anti-balaka de la ville.

Les « événements », comme on appelle ici les violences qui ont ravagé le pays en 2013 et 2014, sont encore présents dans tous les esprits. La population de Batangafo ne s'en est jamais complètement remise et 23 000 habitaient encore le site de déplacés créé en 2013 sur la colline. C'est dans ce site que les combats ont repris en juillet 2017 et que les huttes de personnes qui avaient déjà tout perdu ont été brûlées, poussant des dizaines de milliers à fuir à nouveau.

« Je ne sais pas pourquoi ils se battent. N'importe quel prétexte est bon pour qu'ils recommencent et profitent de la situation pour piller tout le monde. Dans les combats de juillet, des membres de ma famille ont été tués et tous mes biens ont été détruits ou volés », continue Esther. Depuis 2014, elle vivait sur le site de déplacés et malgré un accord de cessez-le feu signé cette année-là et plus ou moins respecté par les deux parties, elle n'était jamais rentrée dans son quartier d'origine par peur de se faire agresser par les hommes armés qui n'ont jamais quitté Batangafo.

Aujourd'hui elle est à l'hôpital avec des milliers d'autres, espérant y trouver un minimum de sécurité. Le nombre de déplacés varie au gré des combats, les gens tentent de rentrer chez eux, puis reviennent dès que les coups de feu reprennent. Ils ont peur pour leur vie - ils n'ont plus rien d'autre à perdre.

Esther, réfugiée avec sa fille et son frère cadet dans l'enceinte de l'hôpital. © MSF

Les violences ont continué en ville en août et en septembre 2017, jusqu'à ce que les ex-Séleka et anti-balaka signent un nouvel accord de cessez-le-feu. Puis en octobre, un nouveau groupe dit « d'auto-défense » s'est créé dans un village un peu en dehors de Batangafo et les combats ont désormais lieu de l'autre côté de la rivière qui sépare la ville du premier groupement appelé Saragba. De nouveaux déplacés sont arrivés à l'hôpital, démunis décrivant des villages brûlés, désertés, des cadavres laissés à l'abandon.

« Ma mère est restée sur le site de déplacés. Elle m'a dit que c'était mieux que nous nous séparions, car s'il arrivait quelque chose à l'une d'entre nous, l'autre serait ainsi toujours là pour s'occuper de la famille, continue Esther. La saison des pluies a été difficile, les bâches usées ne protégeaient plus rien. Beaucoup de nuit ont été passées debout, serrés les uns contre les autres. La saison sèche revient et on est toujours là. Nous n'avons rien à faire. Avant je faisais du petit commerce mais cela fait longtemps que l'argent est épuisé. »

Esther, comme beaucoup, dit espérer que la paix revienne, pour reprendre ses activités et gagner sa vie afin de prendre soin de sa famille et envoyer sa fille à l'école. Mais elle n'y croit qu'à moitié. « Pour avoir la paix, il faudrait qu'il n'y ait plus d'hommes armés », dit-elle en regardant par terre.

Médecins Sans Frontières (MSF) soutient l'hôpital de Batangafo depuis 2006, fournissant des soins gratuits à toute la population de la ville et de sa périphérie. L'organisation a également mis en place un réseau d'agents communautaires sur les cinq axes qui quittent la ville, afin que les traitements contre le paludisme et les diarrhées soient disponibles au plus proche de la population. Sur l'axe en direction de Ouogo, où des combats sont actuellement en cours, seuls deux agents sur seize ont réussi à rejoindre l'hôpital pour se réapprovisionner en médicaments. L'insécurité empêche également l'équipe MSF de s'y rendre. Les populations vivant sur cet axe ont fui en brousse ou dans leur champ sans aucun accès aux soins, d'autant plus que les postes de santé des villages ont été pillés, détruits ou abandonnés par le personnel médical qui a fui avec le reste de la population

MSF travaille en RCA depuis 1997 et offre aujourd'hui une aide médicale aux populations de Bria, Bambari, Alindao, Batangafo, Kabo, Bossangoa, Boguila, Paoua, Carnot, Zemio et Bangui. En 2016, l'organisation a fourni un million de consultations médicales, vacciné 500 000 enfants contre différentes maladies, réalisé 9 000 opérations chirurgicales et assisté à la naissance de 21 000 bébés dans le pays.

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