11 Décembre 2017

Tunisie/Kenya: «Le COT et moi - une idylle dans le besoin»

Du temps de Mohieddine Hbita, Abdessalem Chaâtani, Farouk Ben Slimane, Mohamed Ali Ben Mansour, Faouzi Henchiri, Taher Douiri, Ali Chebbouh, Ridha Ben Ammar, Mohsen Yahmadi et l'on oublie, l'équipe «noir et bleu» avait une certaine similitude avec l'Inter de Milan. Même Hédi Khedher est de cet avis.

Pour lui, «le COT plaisait à tout le monde. Notre équipe était peut-être la seule qui pratiquait un football offensif à outrance. Sans calculs. Même en déplacement chez les grands clubs comme l'ESS ou le CSS. Nos talentueux joueurs donnaient le tournis à l'adversaire et étaient capables des meilleures prouesses.

Le COT a plusieurs fois rivalisé avec les grands particulièrement au cours des années 70, avec l'éclosion du joueur d'exception Mohieddine Hbita (le «Pelé des Arabes» comme on l'appelait) et au cours des années 80 grâce à une grande pléiade de valeureux joueurs qui suscitaient la convoitise des grands clubs».

Faire partie du COT voulait dire appartenir à une véritable école de football où le plaisir de jouer passait avant toute autre chose.

«C'est donc cet engouement et cette envie de faire partie du COT qui habitaient tous les jeunes du quartier de Mellassine et des quartiers avoisinants. Ce qui était mon cas puisque dès l'âge de 10 ans, j'ai eu ma première licence parmi la catégorie «écoles» du COT en 1970. Depuis, vingt-trois années pleines d'événements et de souvenirs se sont écoulées sans que je n'eusse le temps de tourner ma tête à gauche ou à droite pour changer de cap vers une autre destination.

Avec mes coéquipiers, nous nous plaisions d'appartenir à ce petit grand club, celui d'un quartier populaire et défavorisé. Le club des défis car nous savions tenir tête aux grandes équipes et nous arrivions même à leur inculquer de belles leçons de football dans plus d'une occasion. Bien évidemment on était tenté par une aventure avec l'un des grands clubs en Tunisie ou à l'étranger. Mais notre grand amour pour nos couleurs prenait toujours le dessus comme si on était magnétisé».

«Nos dirigeants étaient égoïstes»

Hédi Khedher ne regrette pas son bail au COT, ce club qui a toujours occupé une place prépondérante dans son être, mais il aurait aimé tenter une expérience avec un autre club nanti juste pour améliorer sa situation sociale. Et ce ne sont pas les opportunités qui faisaient défaut pour lui puisqu'il a été approché par l'EST, le CSS et d'autres clubs. «Mais à chaque fois les dirigeants du COT trouvaient une formule pour me clouer à Mellassine.

Et puis c'est aussi le destin qui décide pour nous. On n'y peut rien. Quand même je reproche aux dirigeants de mon époque d'avoir été égoïstes en ce qui me concerne car on m'avait refusé ce qui a été accordé à d'autres joueurs comme Boubaker Zitouni, Kamel Kria, Abdelmajid Jelassi, Abdelkader Ben Hassen et tant d'autres. On m'a toujours retenu pour le bien du COT en se fichant éperdument du mien».

Le valeureux gardien qu'était Hédi Khedher a plusieurs fois été sélectionné parmi l'élite du pays. Avec Slim Ben Othmane, l'autre grand gardien du CA, il a joué à l'équipe nationale juniors en 1977 et l'équipe olympique en 1980 avant d'être convoqué en équipe nationale seniors pour quelques stages en 1980.

«Je n'aime pas être traité de mauvaise langue mais je vous dis quand même que si j'avis évolué dans un grand club comme l'EST, l'ESS, le CA ou le CSS, j'aurais eu plus de chance de mettre en exergue mon talent et de décrocher une place au soleil. Mais avec le COT, ce club aux moyens modestes, on est toujours éclipsé».

Une retraite consternante

Il faut dire aussi que la plupart de joueurs de l'époque de Hédi Khedher étaient mal conseillés bien que le professionnalisme était déjà pratiqué en Tunisie. Mais notre professionnalisme, qui n'a rien de tel, ne se soucie nullement de la vie sociale ou de l'avenir des joueurs qui sont au fait des laissés-pour-compte une fois leur carrière terminée.

«De belles années et des souvenirs agréables, j'avoue que j'en ai connus surtout du temps où le COT était traité avec beaucoup d'égard par l'Etat. Rien qu'en rappelant que le COT a été une fois présidé par un ministre, celui du Transport, en l'occurrence feu Sadok Jomaâ, pour comprendre que l'équité en matière de politique sportive était une réalité. Toutes les sociétés nationales de transport mettaient la main à la poche et contribuaient juteusement dans le budget du COT à coups de centaines de milliers de dinars.

Aujourd'hui, il n'en est absolument rien. Le COT aurait disparu sans l'aide de quelques hommes à l'âme charitable qui continuent à le soutenir pour survivre à l'instar de Hamdi El Meddeb, Hamadi Bousbiaâ ou Othmen Jenayeh. Mais ça ne peut pas continuer de cette façon avec ce club symbole d'un grand nombre de quartiers chauds de Tunis».

La situation sociale de Hédi Khedher ressemble comme deux gouttes d'eau à celle du légendaire gardien de but stadiste feu Abdallah Trabelsi, mort dans une misère atroce.

«Notre histoire, nous autres footballeurs, fait rappeler quelque peu le conte de la cigale et de la fourni. Souvent, je passe en revue les événements heureux de ma carrière et plus particulièrement la fin des années quatre-vingt qui a été couronnée de l'obtention de la coupe de Tunisie en 1988.

Certes, nous avons gagné l'amour des gens qui nous le montrent bien partout où l'on passe, mais côté argent, on n'a rien eu en contrepartie du plaisir qu'on avait donné aux amoureux du football».

Hédi Khedher et ses semblables méritent beaucoup plus qu'une poignée de dinars accordée par leur club, par faveur, à chaque mois. Bien que ce ne soit pas toujours le cas pour tant d'autres grands joueurs qui subsistent dans l'anonymat mais dont la pudeur et la dignité les empêchent de se manifester. L'ex-keeper du COT lutte contre le cancer et a deux enfants au chômage (32 et 28 ans). Pour lui, rapprocher (même pas joindre) les deux bouts est devenu une mission impossible. Voici par ailleurs, le numéro de son portable pour ceux qui seraient disposés à l'aider par n'importe quel moyen : 90.631.382.

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