12 Décembre 2017

Congo-Kinshasa: Loi électorale - Les sénateurs demandent à Shadari de revoir sa copie

Comme on s'y attendait, les pronostics n'ont pas été déjoués. Le projet de loi électorale proposé à la chambre haute du Parlement, pour une seconde lecture, a suscité un débat houleux hier au Palais du Peuple.

Sans détours ni de langue de bois, les sénateurs ont émis des critiques acerbes à l'endroit du gouvernement pour son initiative, qu'ils trouvent inopportune à ce temps où tous les efforts devaient se concentrer sur la faisabilité des élections. En somme, la majorité d'entre eux ont proposé son rejet pur et simple. Pour preuve : sur 19 intervenants, 21 ont exigé le renvoi du texte de loi à son auteur, à savoir le gouvernement, pour défaut d'opportunité et d'intérêt.

De manière générale, les sénateurs qui ont pris la parole se sont interrogés sur la motivation de la révision de la loi électorale, pourtant partie intégrante de la Constitution. En tant qu'émanation de la loi fondamentale, elle ne devrait pas être modifiée n'importe comment et à tout moment. Certains ont rappelé à ce propos qu'en 11 ans d'existence, la loi électorale totalise déjà 3 révisions à savoir : la modification de janvier 2011 ayant ramené l'élection présidentielle de deux à un seul tour ; celle de janvier2015 ayant débouché sur le charcutage de plusieurs articles et dans la foulée de laquelle ses architectes avaient tenté de conditionner la tenue des élections à l'organisation d'un recensement général de la population. Et aujourd'hui, on revient à la charge alors que depuis 2015, les élections n'ont jamais eu lieu.

Il sied de signaler que les trois points qui avaient poussé les députés de l'Opposition à quitter la salle des congrès pour ne pas prendre part au vote concernaient le seuil de représentativité, la caution à payer et le recours au vote électronique. A la chambre haute du Parlement, de nombreuses voix ont réclamé leur suppression pure et simple.

Ne voyant pas de raison pour initier une énième révision de la loi, les sénateurs n'ont pas hésité à dénoncer l'agenda caché des faucons de la majorité visant à écraser la concurrence pour instaurer le monopartisme, un système politique révolu dont les Congolais gardent un amer souvenir. Selon nombre d'intervenants, s'il y a une disposition qui mérite effectivement un amendement, c'est celle concernant la répartition des sièges par circonscription électorale.

Concernant la caution, on note que celle-ci enregistre une augmentation vertigineuse. Elle est fixée à 160 millions de FC pour la présidentielle, et à 1 million de FC pour la députation nationale. Donc, un parti implanté à travers la république devrait débourser un total de 500.000 dollars pour ses candidats !

On ne change pas des règles du jeu en plein match, ont-ils fait remarquer. Ils estiment qu'en l'absence de consensus sur la loi votée à l'Assemblée nationale et compte tenu du retrait des députés de l'Opposition, celle-ci porte les germes de conflit.

Par ailleurs, le représentant du gouvernement, Emmanuel Shadari, ci-devant vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur, a été attaqué de front en ce qui concerne la moralisation de la vie politique, argument brandi pour justifier la démarche gouvernementale. A ce sujet, nombre d'intervenants ont démontré que le gouvernement lui-même est au centre de l'immoralité par ses pratiques de dédoublement des partis de l'opposition, de création des partis alimentaires pour brouiller les cartes, de détournement des deniers publics, de corruption ...

Bref, ce n'est pas un tel gouvernement qui peut prétendre moraliser la vie politique. Au sujet de la corruption, deux sénateurs ont dénoncé du haut de la tribune des sms que certains ont reçus indiquant qu'on proposerait 2.000 $ à certains et 3.000 $ à certains autres pour faire passer le texte comme une lettre à la poste, à la manière de l'Assemblée Nationale..

Il importe de signaler que les députés de l'Opposition étaient venus nombreux assister à ce débat au Sénat. Certains ont lâché dans les couloirs que si le Sénat veut sauver la République comme en 2015, il doit rejeter ladite loi. Sinon, la Majorité pourra brandir la disposition de la Constitution qui donne la préséance à l'Assemblée nationale en cas de persistance des divergences.

C'est ce matin que le Vice-premier ministre en charge de l'Intérieur et Sécurité, Emmanuel Shadari, tentera d'apporter des réponses aux questions lui posées.

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