13 Décembre 2017

Tunisie: La spirale incontrôlable

Mais, loin des chiffres statistiques, la réalité des prix constitue le véritable baromètre du vécu du Tunisien. Celui-ci subit, à son corps défendant, les contrecoups d'une crise économique aiguë qui va en s'aggravant. Les marchands et les commerçants jouent, également, un rôle dans ces augmentations dont beaucoup sont artificielles.

Pourtant, les intéressés que nous avons contactés ont rejeté les accusations qu'on formule à leur encontre. Ils ne feraient que répercuter les hausses au niveau de la vente. Eux-mêmes seraient l'objet de pressions de leurs fournisseurs. D'après ces derniers, les prix qu'ils affichent leur sont imposés par la loi du marché.

Un vendeur de fruits secs ayant pignon sur rue à la rue d'Espagne nous affirme que les prix pratiqués obéissent à une demande continue de la part des clients. De plus, les occasions se succèdent à un rythme très rapide. En effet, à peine en a-t-on fini avec les fêtes de mariage de l'été (donc forte demande), qu'on se prépare aux fêtes du Mouled et à celles de fin d'année. C'est pour cela, nous explique notre interlocuteur que les prix n'ont pas baissé. Ni, même, stagné.

Et, à preuve, les énormes bonbonnes en verre contenant les divers fruits secs qui «arborent» fièrement des prix de 43 dinars pour les amandes ou 100 dinars pour les pignons.

Rappelons qu'il faudrait diviser par 6 ou par 7 pour retrouver les prix d'il y a 6 ou 7 ans.

Au niveau des produits à forte consommation, le tableau est tout aussi sombre. A l'exception de quelques fruits qui sont écoulés à des prix raisonnables (parce que de saison), le reste ne suit pas. Il est difficile de faire ses courses et de réussir à faire tous les achats programmés. Les calculs faits à l'avance tombent tous à l'eau. La somme prévue pour les dépenses est vite dépassée sans que le consommateur parvienne à faire toutes ses emplettes.

Aux halles de Tunis, un marchand de légumes se défend de pratiquer des hausses illicites. Il s'en tiendrait aux règlements en vigueur et respecterait la marge bénéficiaire qui lui revient de droit. Il nous montre les affiches trônant sur les tomates ou les pommes de terre (2. 300 millimes pour les premières et 1. 380 pour les secondes).

La situation actuelle que nous vivons nous rappelle les moments difficiles vécus par les pays concernés durant la Grande crise de 1929. Plus récemment, on pense à la grave récession connue par l'Argentine entre 1998 et 2002 qui s'est doublée d'une crise sociale tout aussi grave.

Aussi, est-on en droit de s'interroger sur l'évolution des prix à la consommation dans les mois à venir.

Dans la rue tunisienne, c'est, surtout, le doute qui prévaut. Et les spécialistes ne nous contrediraient pas si nous affirmons que cette situation est loin de connaître une issue favorable.

D'aucuns iraient même jusqu'à prédire de mauvais jours pour le consommateur tunisien au cours de 2018. Car, de toute évidence, les efforts engagés en vue de maîtriser les prix n'ont eu, jusqu'ici, qu'une portée limitée. Le retour à la normale ne s'est pas opéré.

Faudrait-il penser à appliquer de nouvelles mesures de contrôle ayant plus d'efficacité et capables d'avoir l'impact recherché ?

En tout cas, les mécanismes actuels de contrôle des prix mériteraient d'être réactualisés tant au niveau législatif qu'au niveau du renforcement des ressources humaines.

Tunisie

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