15 Décembre 2017

Congo-Kinshasa: Maladies des reins, on tue à Goma !

Oly Ilunga, ministre en charge de la Santé Publique, n'en croyait pas ses oreilles samedi dernier au Cepas. Devant de nombreux invités venus assister au lancement de la Société Congolaise de Néphrologie (Soconeph) et de l'Association Congolaise des Personnes vivant avec Maladies des Reins (Acpamar), il a reçu un véritable coup sur la tête lorsque le professeur Nazaire Nseka a révélé un scandale infini qui se déroule à Goma.

Dans cette partie du pays en effet, un nouveau business est né. Des machines sont achetées par des hommes d'affaires pour faire la dialyse au profit des malades des reins. Mais au lieu de rendre service, ces machines distribuent plutôt la mort, à cause de la volonté affichée par les propriétaires de maximiser les recettes au détriment de la santé des malades.

Selon des sources crédibles auxquelles se réfèrent les néphrologues de Soconeph, les machines installées utilisent l'eau du lac Kivu, et chacun peut déjà en deviner les conséquences. Car si la dialyse permet de filtrer le sang des personnes dont les reins ne fonctionnent plus correctement, il est indispensable que l'eau utilisée soit impérativement ultra pure pour être mélangée aux concentrés de sel.

Ce scandale révélé lors du lancement de la Soconeph et de l'Acpamar, tout comme d'autres traitements bidons dénoncés par le passé et qui sont des causes, parmi d'autres, de l'amplification des maladies des reins à travers le pays, justifient aujourd'hui plus que jamais l'initiative prise par les néphrologues de la RDC de se constituer en société savante pour suivre de près ce qui se passe dans leur secteur.

Lors de la cérémonie de lancement officiel de leur organisation, le professeur Nazaire Nseka a explicité le sens de la démarche ayant conduit à la création de la Soconeph, en rappelant sa raison d'être, les bénéfices que la population peut en attendre ainsi que les défis majeurs à relever.

De son propos, on a retenu que la Soconeph est une société savante enregistrée au ministère de la justice. Elle regroupe tous les intervenants dans la prise en charge des maladies des reins. Pour répondre à l'idée de sa création, il faut jeter un regard dans le passé et faire une évaluation de la situation actuelle.

Le passé, c'est cette période où la néphrologie était caractérisée par une méconnaissance du rein normal et malade par la population. Une méconnaissance aussi des causes majeures de la défaillance du rein dans la population. Rarement incriminé comme cause de mortalité, le rein était donc ignoré du grand public et, par ricochet, très peu d'intérêt était accordé à la Néphrologie. Pas de facilité de dialyse, très peu d'intérêt des pouvoirs publics en ce qui concerne la maladie des reins.

Aujourd'hui, les choses ont évolué. Certes, la population n'a pas encore atteint le niveau de connaissance suffisant sur le rein et sur les causes de la maladie de rein, mais il y a des avancées certaines. Pour preuve, cette augmentation nette d'activité de la Néphrologie en RDC avec des centres de dialyse non seulement à Kinshasa mais aussi dans certaines provinces. Et, il y a une initiative de rendre la dialyse accessible à la population congolaise à ce jour.

C'est en tenant compte de ces réalités que l'idée de mettre en place cette société savante est venue afin de favoriser le développement de la Néphrologie qui soit conforme aux recommandations internationales dans tous les coins du pays. Cela se fera à coup sûr parce que la Soconeph a l'ambition de promouvoir la recherche et l'innovation dans le domaine des maladies des reins. Un objectif qui sera atteint grâce à l'organisation d'une formation solide du personnel impliqué dans la prise en charge des maladies des reins et à sa contribution, comme organe technique du ministère de la santé, au travail de régulation et de standardisation de la pratique du traitement des reins par la dialyse et la transplantation.

La population tirera un réel bénéfice de ces actions. Non seulement elle sera mieux informée et éduquée, mais surtout, elle bénéficiera de la détection précoce et préventive. Car, souffrir des reins en RDC, avec la situation sociale de la population est une catastrophe.

Pour réussir dans cette mission, le professeur Nseka a estimé qu'en dehors du défi de l'éducation de la population à relever, il y a ceux de la formation du personnel, de l'incitation à la recherche, de l'accès de la population aux soins spécialisés. Grâce à l'union de tous, l'ennemie se transformera en proie a-t-il conclu.

Fini l'isolement des malades des reins

Représentée par son président Nduba, l'ACPAMAR a estimé que les donneurs des reins sont des héros qui méritent une décoration. Ils ont sauvé des vies humaines et méritent un traitement de faveur. Il a cependant précisé que l'ACPAMAR n'est pas seulement une association des malades. Même les non malades sont aussi les bienvenus.

Aux malades des reins, le président Nduba a transmis un seul message : «Ne vous isolez pas et gardez confiance en vous-mêmes». Il a souligné que la sortie officielle de la Soconeph et de l'Acpamar est une opportunité qui leur est offerte pour exprimer leurs désidératas aux pouvoirs publics et à l'ensemble de la population. Il les a aussi invités à cheminer ensemble pour une meilleure prise en charge.

Dans la réalisation de ses objectifs, l'ACPAMAR va travailler sur quatre axes : la prévention, l'accompagnement, la promotion et la défense des droits.

S'agissant de la prévention, il est important d'agir en amont à travers des campagnes de sensibilisation à grande échelle à travers tout le pays. Cette stratégie est importante car les maladies des reins chroniques sont en passe de devenir un lourd fardeau pour la RDC. Elles sont en effet en grande progression et elles constituent d'ores et déjà une réelle question de santé publique.

C'est pour cette raison que l'ACPAMAR estime que le ministère de la Santé devrait définir une politique de dépistage volontaire précoce.

Pour accompagner une telle politique, l'ACPAMAR compte, dès janvier prochain, installer de façon progressive, des comités provinciaux en vue d'élever le niveau national de sa campagne de sensibilisation. Celle-ci bénéficiera du double accompagnement de l'Association des malades et de la CECONEPH. Les deux structures vont en effet veiller, de manière scrupuleuse, au respect des normes en matière de transplantation et de dialyse. Elles vont se montrer très regardantes pour dénoncer toute affairisme dans le secteur. Car il faut absolument éviter des situations comme celles qu'on vient de vivre à Goma, où la mort est froidement distribuée aux malades par l'utilisation de l'eau du lac.

Les causes de

l'insuffisance rénale

Parlant des causes de l'insuffisance rénale, le Pr Lepira a relevé quelques causes. Il s'agit notamment :

- une atteinte brutale des reins par une maladie;

- un obstacle dans les tuyaux qui conduisent l'urine vers la vessie;

- La malaria, la fièvre typhoïde, la généralisation des microbes dans le sang, les plantes de la médecine traditionnelle, dont le principe actif n'est pas connu, ainsi que certains médicaments toxiques, sont les causes d'une atteinte brutale après destruction des globules rouges;

A cette liste il faut ajouter la diarrhée et les vomissements.

S'il est soigné rapidement, le malade peut recouvrer sa santé. Malheureusement, c'est souvent à son stade terminal que la maladie est détectée.

Dans ses explications, le Dr Lepira a mis l'accent sur les dégâts que peuvent causer l'hypertension et le diabète qui entraînent souvent la réduction des calibres des vaissaux. Il faut donc bien soigner ces deux maladies pour prévenir certaines de leurs complications.

Pour des raisons didactiques, la parole a été accordée à un malade des reins pour parler de son propre cas. Celui-ci a déclaré à l'assistance qu'il conjugue sa maladie au passé parce qu'ayant bénéficié d'une greffe de rein. Il a cependant révélé que la détection de sa maladie n'a pas été facile mais grâce à des examens approfondis, le mal a été finalement bien cerné et il a pu ainsi bénéficier d'une prise en charge appropriée.

Le déroulé de la maladie est souvent le même : défaillance des reins, dialyse et puis greffe quand on a la chance de rencontrer un donneur compatible.

A titre de rappel, la dialyse est une opération consistant à établir un circuit de circulation sanguine permettant de purifier le rein en dehors du rein natif. Ce n'est pas un traitement curatif mais une supplémentation du rein. Pour la réaliser, on utilise une machine extérieure ou la dialyse péritonée.

En dehors de la dialyse, on peut aussi transplanter un rein. Cette opération aide le malade à vivre normalement.

Présent à la cérémonie, un bénéficiaire de la transplantation de rein depuis 2015 s'est déclaré heureux d'avoir commencé une nouvelle vie. Tout s'est bien passé pour lui et il n'a donc pas connu les tourments qu'impose le rejet ou d'autres situations de ce genre.

Invité à lancer officiellement la société savante SOCONEPH et l'Association des malades des reins, ACPAMAR, le ministre de la Santé, le Docteur Oly Ilunga a prononcé un bref mot de circonstance dans lequel il a rappelé qu'une mauvaise prise en charge conduit à la mort et quand on trouve une solution, c'est une nouvelle vie qui renaît. Il a salué le slogan « ensemble luttons contre la maladie des reins ». Cela signifie, pour lui, qu'ensemble on doit lutter pour la vie.

Le travail accompli par ces deux associations est un grand pas vers la couverture sanitaire universelle. Celle-ci implique trois parties : les pouvoirs publics, les professionnels de la santé ainsi que toutes les associations de la santé.

Les associations des patients ont un rôle important à jouer dans les plaidoyers et la mobilisation des ressources. Car, dans la couverture sanitaire universelle, le droit des patients est quelque chose de fondamental. Par conséquent, il faut une association pour défendre lesdits droits. Et, un vrai patient est celui qui connaît sa maladie, participe au traitement et à sa prise en charge. C'est au responsable de la santé de contribuer à créer des centres, former des professionnels de la santé.

Quant aux pouvoirs publics, ils doivent aménager des cadres de prise en charge des patients souffrant des maladies rénales. Oly Ilunga a félicité le professeur Nseka et ses collègues pour les efforts fournis ainsi que le gouverneur de la ville pour la mise en place d'un centre de dialyse à l'hôpital général de Kinshasa à coût réduit.

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