18 Décembre 2017

Sénégal: Les boulangers ont du pain sur la planche

Photo: lejecos
Filière boulangère

Au Sénégal, la filière de la boulangerie broie du noir. Les acteurs réunis en concertation nationale depuis ce lundi 18 décembre à Dakar, ont listé les difficultés qui minent un secteur au chiffre d’affaires annuel de 500 milliards de F Cfa, 30 mille emplois directs, plus de 600 mille personnes qui dépendant de ce secteur qui assure 3% du Produit intérieur brut (Pib) et produit huit millions de baguettes par jour avec 1300 tonnes de blé.

Plus de 60 boulangeries ont fermé ces deux derniers mois. La sonnette d’alarme est tirée par le président de la Fédération nationale des boulangers du Sénégal (Fnbs), M. Amadou Gaye à l’ouverture de la Concertation nationale sur la filière boulangère, ce lundi 18 décembre à Dakar.

Le nombre est certes insignifiant par rapport aux 1750 boulangeries que compte le pays mais le constat renseigne sur la détresse qui anime une filière de haute portée économique mais surtout sociale.

La fermeture en cascade de boulangeries renseigne sur la menace qui pèse sur une filière enregistrant plus de huit millions de pains consommés par jour, plus de 30 mille emplois directs, plus de 550 milliards.

Amadou Gaye estime que les difficultés notées interpellent tous les acteurs sur la précarité des emplois de ce secteur et de la rentabilité de la filière.

La présidente de l’Association des meuniers industriels du Sénégal (Amis), Mme Anta Babacar Ngom, estime que certaines de ces contraintes sont le fait des acteurs de la filière, mais il reste que l’environnement des affaires et les fluctuations du coût du blé ont leur pesant dans la situation difficile, pour ne pas dire intenable que les acteurs vivent depuis trois.

A son avis, ces contraintes ont pour noms surcapacité de la production par rapport aux besoins réels, instabilité des prix parfois en deçà des coûts de production, des pertes d’exploitation assez considérables. A cela s’ajoute un marché où les intermédiaires dictent leur loi aux producteurs sans que l’impact ne soit pas suffisamment perçu au niveau des consommateurs finaux.

Le secrétaire général du ministre du commerce, de la consommation, du secteur informel et des PME, M. Makhtar Lakh souligne l’apparition de nouvelles minoteries dans un marché déjà fortement concurrentiel, a exacerbé les difficultés avec une surproduction de farine entraînant une guerre de prix sans précédent.

Une occasion qui, à l’en croire, a occasionné une chute drastique des prix de la farine sans qu’aucune répercussion ne soit perceptible chez les consommateurs. L’État y a aussi d’énormes pertes de recettes fiscales et la viabilité socio économique de l’industrie de la minoterie a été réellement affectée. Cette situation n’a pas manqué d’affecter les boulangeries.

La distribution, un véritable goulot d’étranglement

Le secteur de la boulangerie constitue un tissu dense et varié pourvoyeur de milliers d’emplois au Sénégal.

Le secrétaire général du ministère du commerce considère que si des progrès importants ont été notés dans la maîtrise des coûts de production, il n’en demeure pas moins que le non respect de la réglementation gangrène l’activité des boulangeries.

Dans ce registre, souligne-t-il, la distribution du pain constitue véritablement le goulot d’étranglement du secteur.

Makhtar Lakh ajoute que l’absence de réels investissements dans ce segment justifie la destruction de la distribution du pain qui, présentement, semble échapper de plus en plus aux boulangers, avec la prépondérance fulgurante de nouveaux intermédiaires dont certains se permettent, à certains endroits où la concurrence est rude, de fixer les règles du jeu.

A cela, M. Lakh y ajoute les installations tout azimuts de boulangeries opérant dans des conditions non conformes ainsi que l’instabilité du prix de la farine qui ne permettent guère de construire un modèle économique à même de produire la rentabilité de l’investissement.

Sur ce registre, M. Amadou Gaye, président de la Fédération nationale des boulangers du Sénégal (Fnbs) confie que le secteur de la boulangerie est ainsi confronté à une difficulté majeure caractérisée par la place stratégique que le pain occupe dans la consommation des ménages.

Selon lui, la structure des prix établie depuis plus de 20 ans fait l’objet de mises à jour régulières mais manifestement, certains postes de dépenses, aujourd’hui importants, ne sont pas inclus, tels que les charges liées à l’emballage, les invendus…

Il fait comprendre que ce cadre réglementaire avait pour objectif d’assainir le secteur et d’organiser la concurrence pour éviter l’anarchie dans la filière. « Toutes les dispositions utiles sont prévues, le principal problème réside dans l’application et l’applicabilité des dispositions prévues », s’est désolé M. Gaye.

Ce tableau peu reluisant justifie la pertinence de ces deux jours de concertation au terme desquels les boulangers attendent des mesures pour garantir la survie de la filière.

Selon M. Gaye, ces mesures doivent traduire le résultat d’un arbitrage entre rentabilité, contraintes législatives, service public, emplois censés être préservés et concurrence exacerbée dans un contexte défavorable.

Par ailleurs, les boulangers s’engagent à accompagner l’Etat pour la création d’au moins 10 mille emplois à court terme mais à condition que l’environnement soit favorable pour une rentabilité de leurs entreprises, et sur la base d’un programme qui vient d’être élaboré par leur fédération.

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