21 Décembre 2017

Ouganda: Museveni s'accroche à sa bananeraie

Faut-il rire ou pleurer de ces incongruités politiques dont l'Afrique a le monopole ? Présidence à vie, élections contestées sur fond de crises sociales graves, voire de guerres civiles, bonus au pouvoir auto-octroyés par apprentis-dictateurs pour cause d'élections introuvables en fin de mandat, présidents-fondateurs séniles qui se prennent pour des messies, tout y passe. Qu'il est dur, l'apprentissage de la démocratie, long le chemin qui conduit aux institutions fortes quand les leçons de l'histoire ne sont jamais tirées par les prétendus hommes forts !

Les députés ougandais viennent de confirmer que Yoweri Museveni a bel et bien inscrit le pays sur la liste des Etats sous la coupe de dictateurs dont la boulimie du pouvoir est inversement proportionnelle à leur petitesse d'esprit. Je suis au pouvoir, j'y reste au gré de mes humeurs de rebelle ou de putschiste converti à la démocratie sur mesure. Honni qui mal y pense. La limitation du nombre de mandats ou la limite d'âge me créent des délicatesses avec la loi fondamentale ? Eh bien, j'ameute le Parlement à ma dévotion, j'y trouverai bien un député « quelque peu clerc » pour convaincre ses pairs qu'il faut la réformer, cette Constitution d'où vient tout le mal du Président- fondateur qui veut rester président à vie.

Si seulement le ridicule tuait ! Museveni qui, en 1986 dès son arrivée au pouvoir par les bons soins de la rébellion de la NRA, avait déclaré que « le problème de l'Afrique venait des dirigeants qui veulent rester trop longtemps au pouvoir », vient de s'ouvrir les portes d'un énième mandat présidentiel : le sixième quinquennat en 2021 et pourquoi pas un septième en 2026. Après trente et un ans de pouvoir sans partage, l'homme fort de Kampala trouve qu'il n'y est pas resté assez longtemps et qu'il a des chantiers à conduire à terme. A ceux qui s'inquiètent de son âge, avancé, soit 73 hivernages, et de sa santé, déclinante, il réplique : « Vous n'avez jamais entendu dire que Museveni est malade et a été hospitalisé. Je n'ai pas le temps d'être malade. » Quelle santé de fer, pardon, de demi-dieu ! Et les rumeurs sur ses problèmes de diabète et de prostate ? Des ragots de bas étage colportés par une opposition trop pressée de l'envoyer ad patres pour s'emparer de sa bananeraie.

Oui, vous avez bien entendu ! En effet, Museveni, en 2016 alors que l'opposition dénonçait sa candidature à un cinquième mandat, s'était écrié à peu près en ces termes : « J'ai planté et arrosé une bananeraie, maintenant qu'elle commence à porter des fruits, des opportunistes voudraient m'en déloger. » Voilà qui est bien clair. L'Ouganda est la bananeraie de Museveni. Il s'y accroche. C'est pourquoi les députés de l'opposition, qui donnaient de la voix et tapaient avec des casseroles leurs pupitres à l'Assemblée nationale, ont été évacués manu militari pour que le vote portant sur cette deuxième modification de la Constitution sautant le verrou de la limite d'âge à 75 pour être présidentiable en Ouganda ait lieu. Il l'a été à 315 voix pour, 62 contre.

Museveni peut donc boire du petit lait en ignorant royalement les leçons de l'histoire qu'ont administrées le Printemps arabe, l'insurrection populaire burkinabè, le coup d'Etat atypique au Zimbabwe. Kadhafi, Ben Ali, Blaise Compaoré, Robert Mugabe, et on en oublie, se croyaient eux aussi indispensables à leur pays. Voilà l'homme fort de Kampala prévenu, les dictateurs chassés du pouvoir par la force, cela n'arrive pas qu'aux autres.

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