27 Décembre 2017

Madagascar: Motus et bouche cousue

«Énième» un qualificatif qui va de pair avec «kidnapping» à Madagascar. Ce n'est pas le seul mot ni expression devenu familier quand on aborde ce « sujet brulant ». «Sport national», «Karana», «communauté d'origine indienne», «4 x4» et «enfant» sont aussi dans la longue liste des rhétoriques. Chaque scène est tout un film digne de longs métrages de Hollywood, Boly Wood. On pourrait même en faire une série télévisée vue qu'on ne compte pas moins de la centaine d'enlèvements. Ceux qui font la grande gueule sur les réseaux sociaux développent chacun leurs théories mais le fait est que le racisme envers la communauté Karana est une réalité criante malgré l'hypocrisie de façade.

Attirons l'attention sur deux, trois «détails» qui fâchent. Listons-les: «lourdement armés», «s'est abstenu d'apporter des précisions sur les circonstances», «unité spéciale anti-kidnapping». Coïncidence ou mode d'opération uniforme, les malfaiteurs sont tous, sans aucune exception, des bandes organisées qui possèdent des armes d'assaut. Fait ne permettant pas ou intimidant les forces de l'ordre et autres personnes à agir au moment des opérations. Tout le monde le sait ou on le fait savoir à tout le monde. Mais d'où viennent les armes ?

À notre connaissance, cette artillerie ne peut provenir que de deux sources: soit de l'armée, soit de la mafia. Ou peut-être d'une armée mafieuse?

Quand une association se met en place et se dit «société civile» pour condamner les différents actes criminels de la sorte, nous ne pouvons applaudir et soutenir. Mais il est quand même un peu étrange qu'elle s'abstienne, à chaque fois, d'apporter des précisions sur les circonstances des libérations. Nous convenons que certaines informations doivent rester confidentielles pour les besoins des enquêtes ou pour protéger les victimes et les donneurs d'informations. Mais si tout reste secret et que l'on n'a besoin de l'opinion publique que pour être des spectateurs désinformés et manipulés, il aurait été plus adapté de ne point communiquer ? Petit rappel, toute association se voulant être de la «société civile» a le devoir de la transparence, de la redevabilité et de l'information pour tous, à tout moment et non pour une frange de personnes «intéressées». Les kidnappings sont un «bon business» car le flou est entretenu autour des affaires. On n'a jamais informé la population des «détails» sur ces enlèvements. On sait juste que ce sont des enfants de riches qui sont détenus. La suite, rien. Pourquoi?

Certes, nous savons tous que ces enfants sont des appâts pour avoir des rançons. Mais combien, comment, par qui ? Des questions qui n'ont jamais été soulevées et n'ayant jamais eu de réponse. Il est alors peu étonnant que ce soit les rumeurs qui font le plus de bruits? Finalement, l'indifférence de la population s'agrandit car elle est tenue à l'écart des affaires des «grandes personnes, des grandes familles, des grands politiques».

Une unité spéciale anti-kidnapping a été mise en place. Des noms auraient été mentionnés en haut lieu par l'ambassadeur de France à Madagascar François Goldblatt au temps d'Omer Beriziky à la primature. L'ancien Premier Ministre aurait transmis cette liste au Président de la République et à son successeur Olivier Mahafaly Solonandrasana. Bien ! Et la suite ?

Les actes restent dans le domaine des « enquêtes ». Depuis l'affaire Arnaud et Annie, il y a plus de gesticulations que d'arrestations, encore moins de jugements et d'emprisonnement ou de démissions et de licenciement pour incompétence. Puis, loin d'être raciste ou populiste, combien d'affaires d'enlèvements au sein du « petit peuple » ont été saisis, médiatisés par nos responsables ?

À chaque enlèvement, nos cœurs se serrent en pensant à ces enfants et ces familles. A cette période de fêtes, loin de nous l'idée de blesser les proches. Nous nous souvenons toujours de ces « petits frères » qui ne peuvent en aucune manière s'en sortir indemne. Il est bien temps de hausser la voix pour que chacun prenne ses vraies responsabilités : que les familles parlent des rançons, que les associations disent la vérité et ne s'abstiennent plus de bien informer notre société, que les forces de défense et de sécurité arrêtent les responsables, qu'ils soient mis sur la place publique, jugés, peu importe leurs nationalités, rang, parti politique ou religion.

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