28 Décembre 2017

Sénégal: Mohammed ben Salmane, prince héritier d'Arabie Saoudite - Le visage séduisant d'une « révolution » [Dossier]

Sclérosé, rétrograde, incapable de se réformer. Au cours des dernières années, les qualificatifs les plus négatifs ont été employés par les analystes pour qualifier le royaume d'Arabie saoudite.

Or Ryad est en train de faire la démonstration d'une étonnante capacité à remettre en cause des équilibres que l'on croyait gravés dans le marbre, sous la houlette de son prince héritier.

MBS. Les initiales de Mohammed ben Salmane font trembler l'Arabie saoudite comme les feuilles d'un dattier. Réformateur urticant pour les autres, sauveur moderniste pour les autres, ce jeune homme de 31 printemps ne laisse personne indifférent. Déjà plus jeune ministre de la Défense du monde, celui qui a été propulsé, par son père, prince héritier en lieu et place de son expérimenté cousin Mohammed ben Nayef a aussi dirigé le cabinet royal et présidé le Conseil des affaires économiques et de développement, une structure créée expressément par son père pour dominer le ministère de l'Économie. A cette large palette, il faut ajouter l'Aramco, la puissante compagnie nationale du pétrole, dont il contrôle les rênes. Autant de prérogatives qui font de lui l'homme le plus puissant d'Arabie après son très vieillissant père. Mohammed ben Salmane détient les pétrodollars et distribue les contrats d'armes. Suffisant pour tenir en laisse les dirigeants de son pays et du monde.

Fulgurante ascension

Il n'y a guère pourtant, MBS était un inconnu à la cour. Personne au sein du royaume n'a vu venir son irrésistible ascension, entamée à la mort du roi Abdallah en janvier 2015 à l'âge de 90 ans.

Le trône se transmettant de frère en frère en Arabie saoudite, c'est le demi-frère du souverain défunt, Salmane, qui prend sa succession à l'âge de 79 ans. Après avoir tout d'abord nommé son fils à la tête du « super-ministère », le nouveau roi bouleverse, déjà une première fois, l'ordre de succession en 2015 et désigne le jeune Mohammed comme vice-prince héritier, soit troisième dans l'ordre de succession, après Mohammed ben Nayef, 58 ans. Une manœuvre bien pensée pour nombre d'observateurs. Mohammed ben Nayef n'ayant pas de fils, Mohammed ben Salmane devenait, à terme, automatiquement Roi. Intronisé prince héritier le 21 juin 2017, Mohammed ben Salmane est assuré de s'emparer très prochainement du pouvoir à cause de l'âge avancé de son père (82 ans). Et ce, pour longtemps.

Éducation conservatrice, vision progressiste

Le futur monarque n'a pourtant jamais occupé une fonction officielle, à l'inverse de l'ex-prince héritier Mohammed ben Nayef, un homme expérimenté qui a acquis ses lettres de noblesse dans la lutte contre Al-Qaïda dans les années 2000. Et contrairement à ses trois brillants demi-frères - Sultan, le premier astronaute arabe, Abdulaziz, ministre adjoint du Pétrole, et Faisal, docteur en Sciences politiques et Gouverneur de Médine -, Mohammed n'a pas étudié à l'étranger, ne maîtrise pas bien la langue de Shakespeare et ne possède, de surcroît, qu'une simple Licence en droit obtenue en 2008 à l'Université King Faysal de Riyad. Mais, il est, à coup sûr, le fils préféré du roi. Elevé dans la plus pure tradition bédouine, aux côtés de son père, réputé conservateur, la personnalité de MBS divise. Le jeune prince serait irréprochable selon ses proches : il ne boirait et ne fumerait jamais. D'autres, plus sceptiques, pointent du doigt sa vie à l'occidentale.

Gouvernance 2.0

Très rapidement plongé dans le bain des affaires royales, MBS a transformé sa fonction. Au départ presque timide, il a pris de l'assurance avec une argumentation beaucoup plus articulée et a su s'accompagner d'une ruche de talents. En fait, le prince héritier n'a plus de temps à perdre. Les cours du baril de pétrole ont plongé et le royaume est en danger. Car sans l'argent de l'or noir, la pétromonarchie ne pourra plus s'acheter la paix sociale comme elle le fait depuis plus de 60 ans. Pour sortir de la malédiction du pétrole, le fils du roi a lancé, l'année dernière, ce qu'il appelle sa «révolution thatchérienne» : un ambitieux programme de réformes visant à sortir de l'économie rentière. Chose impensable il y a peu, il entend céder au privé des parts du «joyau de la couronne» : la compagnie pétrolière nationale Aramco. Mohammed ben Salmane anticipe clairement sur les problèmes à venir en actant la sortie du modèle rentier.

Fin octobre dernier, le prince héritier annonce le lancement de ce projet fou de 500 milliards d'euros, grand comme la Bretagne, au bord de la mer rouge.

Traque aux archaïsmes, société plus libérée

Cette mégalopole futuriste sera dédiée au high-tech, aux biotechnologies et au divertissement. En août, il avait annoncé la transformation d'une cinquantaine d'îles en complexes touristiques ultra-luxueux.

Le royaume cherche à attirer les investisseurs étrangers et à sortir de sa dépendance au pétrole qui a fait sa richesse. Car avec un prix du baril divisé par deux depuis 2014, le premier producteur mondial d'or noir affiche un déficit budgétaire cumulé de 170 rmilliards d'euros. Fin d'une exception mondiale d'un autre âge, en septembre, les femmes saoudiennes ont, enfin, obtenu le droit de conduire ! Le décret, pris par le roi Salmane, mais dont MBS est l'instigateur, sera effectif à partir de juin prochain. Les Saoudiennes ne seront pas contraintes d'obtenir l'accord de leur tuteur légal pour passer leur permis et pourront conduire seules.

Autre signe d'ouverture : des cinémas vont bientôt ouvrir. Et loin de s'arrêter en si bon chemin, MBS continue de traquer les archaïsmes de la société saoudienne.

Après avoir mis au pas plusieurs prédicateurs (pas tous radicaux), il annonce publiquement vouloir en finir avec le rigorisme religieux extrême de son pays, si souvent dénoncé par la communauté internationale. «Nous voulons vivre une vie normale, où notre religion signifie tolérance et bonté», a-t-il lancé, plaidant pour un Islam «ouvert».

«Nous n'allons pas passer trente ans de plus à nous accommoder d'idées extrémistes», s'est engagé le prince héritier.

Par Sidy DIOP

MOHAMMED BEN SALMANE, PRINCE HERITIER D'ARABIE SAOUDITE : COMPRENDRE LA SURPRENANTE OUVERTURE VERS MOSCOU

Le 4 octobre dernier, à la surprise générale, le roi Salmane d'Arabie saoudite effectue une spectaculaire visite à Moscou pour s'entretenir avec le Président russe Vladimir Poutine.

Jusqu'ici, les relations entre les deux pays étaient quasi-inexistantes, Riyad ayant toujours manifesté un tropisme américain et plus généralement atlantiste. Les prix de son pétrole libellés en dollars depuis 1973 ont permis d'imposer la monnaie américaine comme unique devise pour l'achat de cette énergie fossile. L'Arabie saoudite, gros client de l'industrie militaire américaine, et Israël constituent les principaux alliés de Washington au Moyen-Orient. Qu'est-ce qui s'est donc passé au point que le roi effectue le premier déplacement d'un monarque saoudien à Moscou ? Plusieurs éléments sont à prendre en compte pour répondre à cette interrogation.

Hémorragie financière

Il y a d'abord l'arrivée du jeune prince héritier vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Mohamed Ben Salmane, un réformateur, qui a envie de réorganiser le royaume saoudien et dont l'influence sur son père, le roi Salmane, est très grande. Ensuite, la dégringolade des prix du pétrole depuis 2014 qui a été engagée par certains lobbies atlantistes pour punir Moscou pour son annexion de la Crimée et son implication supposée dans la guerre du Donbass. La Russie a plié, mais n'a pas rompu. Et l'Arabie saoudite a vu ses recettes pétrolières baisser de manière drastique au point d'entrainer un déficit budgétaire. Il était donc dans l'intérêt des deux plus gros producteurs de pétrole du monde de se parler et de coordonner pour stabiliser les prix, puis les faire repartir à la hausse pour arrêter l'hémorragie financière (le pétrole constituait en 2014 près de 90% des revenus d'exportation et moins de 50% aujourd'hui). L'autre élément à tenir en compte, c'est la défaite inattendue de Daech et de ses sponsors en Irak, mais surtout en Syrie grâce au soutien militaire de la Russie, de l'Iran et du Hezbollah libanais. Cela s'est traduit par une victoire géopolitique majeure de Moscou et de ses alliés régionaux. Désormais Poutine est devenu un faiseur de paix, un interlocuteur incontournable dans les affaires du Moyen-Orient naguère chasse gardée de Washington. C'est en fonction de cette lecture des évènements que le roi Salmane a voulu également se rendre à Moscou pour prendre langue avec le maître du Kremlin. «Cette visite va donner une nouvelle impulsion puissante au développement des relations bilatérales», a déclaré M. Poutine en ouvrant sa rencontre avec le Roi. Avec la tension qui va crescendo entre l'Iran et l'Arabie saoudite depuis la rupture de leurs relations diplomatiques, en janvier 2016, s'aménager une ouverture sur Moscou, allié de Téhéran, pourrait aider le Roi Salmane dans la recherche d'une solution diplomatique.

Les deux dirigeants en ont profité pour signer une quinzaine d'accords de coopération dans les secteurs de l'énergie, mais aussi de l'armement pour trois milliards de dollars.

Faiseur de paix

Un accord préliminaire aurait même été paraphé pour la vente du fameux système russe de défense antiaérienne S400.

Cependant, il ne s'agit pas là d'un changement d'alliance, car faut-il le rappeler, avec Washington, l'Arabie saoudite avait signé, en mai dernier, des contrats de ventes d'armements d'une valeur de 110 milliards de dollars à l'occasion de la visite du Président Donald Trump à Ryad. Et même si Riyad le voulait, il devrait craindre la réaction de Washington qui ne resterait pas les bras croisés et regarder benoîtement une éventuelle alliance entre l'Arabie saoudite et la Russie. Enfin, il y a le complexe conflit au Yémen dans lequel nombre d'observateurs entrevoient un enlisement pour l'Arabie saoudite et la Coalition arabe qui la soutient. Venue au secours du Président Abd Rabbo Mansour Hadi, attaqué depuis le nord du pays par des rebelles houthis d'obédience chiite soutenus par Téhéran, le royaume wahabite a lancé cette guerre dévastatrice qui a cristallisé la rivalité entre les deux puissances régionales que sont l'Iran et l'Arabie saoudite. Pour avoir voulu transgresser cette ligne de fracture, l'ex président Ali Abdallah Saleh l'a payé de sa vie, le 04 décembre dernier, assassiné par ses anciens alliés houthis. Comme dans le cas de la Syrie, Moscou, pouvant parler à Téhéran et à Riyad, apparait comme celui qui peut jouer les intermédiaires entre les deux protagonistes. En effet, malgré tous ces conflits (plus le cas du Qatar et du Liban) où Téhéran et Riyad s'opposent principalement pour des raisons géopolitiques et les échanges de mots durs de part et d'autre, il n'est pas certain que les deux pays souhaitent une guerre directe, mais plutôt par proxys. Et pour faire la paix, presque tous les chemins mènent à Moscou.

Par Ibrahima MBODJ

IRAN-ARABIE SAOUDITE OU LA SOURDE RIVALITÉ

Poids lourds économiques et politiques du Moyen-Orient séparés par l'étroit Golfe Persique, l'Arabie saoudite et l'Iran ont toujours entretenu de vieilles relations de rivalité entre Perses et Arabes, devenues rivalité entre musulmans chiites et sunnites et qui se sont continuellement envenimées pour se transformer en une hostilité de plus en plus ouverte depuis la révolution islamiste iranienne de février 1979. La quête de zone d'influence politique et confessionnelle des deux théocraties depuis cette révolution n'a pas du tout arrangé les relations sous la férule des Américains qui n'entendent pas perdre pied dans cette région stratégique pour les hydrocarbures et la surveillance de la région du Golfe Persique.

Profonde frustation

La République islamique d'Iran instaurée, son guide, l'Ayatollah Khomeiny, est vite accusé par des pays sunnites du Golfe, sous la conduite de l'Arabie saoudite, de vouloir «exporter» sa révolution. La région du Moyen-Orient semble un terrain propice, car les masses populaires arabes, par cette rupture spectaculaire avec un régime pro-occidental, sous la bannière de l'Islam, pensent détenir un moyen politique de réhabiliter le monde arabe qui vit une profonde frustration depuis la création de l'Etat d'Israël sous le parrainage des Occidentaux et le départ en exil de milliers de Palestiniens. La première tentative de contrecarrer la contagion a été donnée par Saddam Hussein qui, pour protéger son régime contre un soulèvement de sa majorité chiite, sous l'impulsion de l'Iran, prend les devants et entre en guerre contre Téhéran. Une guerre de huit ans qui ralentit la marche, mais pas le progrès chiite. L'Iran parvenant, malgré le conflit, à apporter son soutien financier et armé à tous les groupes chiites de la région : du Hezbollah au Liban à ceux du Koweït en passant par Bahreïn, le Yémen.

Les pays arabes sunnites de la région renforcent leur bloc et soutiennent massivement Saddam Hussein dans la guerre contre l'Iran. Ryad et les régimes sunnites de la région vont soutenir financièrement le régime de Saddam Hussein. Et pour mieux renforcer l'unité sunnite face aux chiites, ils mettent sur pied, en 1981, le Conseil de Coopération du Golfe.

Cette facette de la profonde rivalité opposant l'Arabie saoudite à l'Iran va éclater au grand jour en juillet 1987, alors que l'attention de tous les musulmans du monde est braquée sur le pèlerinage annuel à la Mecque. Les pèlerins iraniens initient une marche pour dénoncer l'Occident de façon générale, particulièrement les Etats-Unis qualifiés de «Grand Satan». Les forces de l'ordre saoudiennes répriment lourdement la manifestation et tuent plus de quatre cents Iraniens.

En représailles, une foule déchainée pille les ambassades saoudienne et koweïtienne à Téhéran. Les deux voisins ennemis entrent en brouille pour longtemps. C'est en 1997, après l'élection du Président modéré Mohammad Khatami, puis sa visite, en 1999, en Arabie saoudite, que la situation entre les deux pays semble s'apaiser.

Encerclement

D'une part, l'accord obtenu par les Occidentaux sur la question du nucléaire iranien, la levée progressive des sanctions et la perspective d'un retour de Téhéran sur l'échiquier diplomatique sous-régional et international ne réjouissent pas Ryad qui devra composer, de nouveau, avec son éternel rival pour le contrôle du Proche-Orient. D'autre part, l'Iran, qui revient sur le plan diplomatique avec le sentiment d'un piège sunnite qui se referme sur lui avec l'organisation de l'Etat islamique à l'ouest et celle des Talibans à l'est, se montre intraitable et soutient à fond ses partisans chiites. Du côté de Riyad, l'on reste convaincu que Téhéran, qui a aidé ses alliés à dominer déjà au Liban, en Syrie, en Irak et sur la moitié du Yémen, est engagé dans une vaste entreprise d'affaiblissement des Sunnites et finalement d'encerclement du monde arabe.

L'arrivée de Donald Trump qui renoue avec l'appui inconditionnel des Etats-Unis à l'Arabie saoudite et ses alliés du Golfe n'est pas de nature à créer un climat d'entente et de retrouvailles entre les deux géants du Golfe Persique.

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