3 Janvier 2018

Nigeria: Recrudescence des attaques terroristes - Pourquoi on n'arrive pas à vaincre Boko Haram

Photo: Emmanuel Ogala/Premium Times
Le seul véhicule blindé de Boko Haram abandonné non détruit par l'armée nigériane.
analyse

Alors que l'on croyait le monstre touché mortellement au flanc, la secte islamique Boko Haram dont les incursions dans le Bassin du lac Tchad ont provoqué la mort de plus de 20 000 personnes et contraint à l'exil plus de 2,6 millions d'autres, reprend du poil de la bête.

En effet, c'est par une véritable orgie sanglante que les fous d'Allah ont enterré l'année 2017, massacrant 14 personnes revenant de la messe et tronçonnant 25 bûcherons dans le village de Maiwa, à 20 kilomètres de Maïduguri, la capitale de l'Etat de Borno. Et comme si ce film d'horreur ne suffisait pas à créer la psychose au sein des populations traumatisées, Abubakar Shekau, annoncé mort à plusieurs reprises, est réapparu dans un nouveau message vidéo.

La question que l'on peut se poser est de savoir pourquoi les armées nigériane, camerounaise, nigérienne et tchadienne en lutte contre cette hydre, n'arrivent pas à lui donner l'estocade. Comme facteur explicatif conjoncturel, l'on peut avancer le déclin de l'EI en Irak et en Syrie dont les conséquences redoutées sont, entre autres, l'afflux des combattants dans certaines régions au Sud du Sahara. Il n'est pas exclu que Boko Haram qui a été durement éprouvé ces derniers temps par la forcce multinationale mixte, ait pu bénéficier de renforts à même de lui donner un nouveau souffle.

A cela, il faut sans doute ajouter les dissensions internes entre armées agissant sur le même théâtre d'opération que les spadassins de Shekau ne ratent pas l'occasion d'exploiter. Mais comme l'on peut s'en douter, au-delà de ces causes conjoncturelles liées à l'environnement international, la résilience de la secte islamiste obéit à des motifs beaucoup plus structurels. Cela dit, il faut ajouter la fracture socio-économique entre le Nord et le Sud du pays. Il en résulte une évidente complicité entre populations et djihadistes, que l'armée nigériane minée par la corruption ne parvient pas à détricoter.

Il est temps que la bête montre des signes d'essoufflement

L'autre interrogation majeure que l'on peut se faire sur cette guerre est celle de savoir si les pouvoirs politiques dans les Etats riverains du lac Tchad ne tirent pas profit eux-mêmes de l'enlisement du conflit. La question peut paraître incongrue mais pas saugrenue, quand on sait que le président tchadien, Idriss Deby Itno, a usé de cet argument pour se poser comme homme indispensable pour la sécurité de la région et même de celle des Occidentaux. Il est aussi à peu près certain que le pouvoir nigérian masque son incapacité à relancer l'économie du pays durement fouettée par la crise, derrière cette guerre qui n'en finit pas.

De ce qui précède, l'on comprend alors aisément pourquoi l'armée nigériane qui a fait ses preuves dans le cadre de la force d'intervention ouest-africaine au Libéria à travers l'ECOMOG, peine à arracher le trophée de la victoire sur un terrain qui, en plus, est le sien. Au total donc, force est aujourd'hui d'admettre, au regard de la situation sur le terrain, qu'il n'y a pas de solution militaire à ce conflit et qu'il est maintenant temps que la bête montre des signes d'essoufflement malgré les ruades encore mortelles dont elle se montre capable, d'aller au dialogue et aux solutions socio-économiques et culturelles.

Car une chose est d'arracher les jeunes des griffes de la guerre et de l'obscurantisme, une autre est de réussir leur intégration dans la vie socio-économique de la Nation.

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