8 Janvier 2018

Bénin: Le bras de fer se tend entre le pouvoir et les magistrats

Photo: RFI/Delphine Bousquet
Le personnel du CNHU de Cotonou, au Bénin, le 8 juin 2017.

Au Bénin, les magistrats ont entamé ce lundi 8 janvier une grève de cinq jours pour protester contre la suppression du droit de grève de leur corporation votée début janvier par les députés.

C'est lors de l'adoption de la loi portant statut de la magistrature que les députés ont retiré le droit de grève aux magistrats, le 2 janvier dernier. Pour Michel Adjaka, président de l'Union nationale des magistrats du Bénin, ils sont allés trop loin. « Le droit de grève, au Bénin, est un droit constitutionnel. Le législateur n'intervient que pour encadrer la jouissance de ce droit. Le Parlement vise à ligoter le pouvoir judiciaire afin que la justice au Bénin ne soit plus un pouvoir séparé, ni indépendant de l'exécutif », a-t-il déploré.

Le député de la majorité Orden Alladatin, rapporteur de la Commission des lois, estime quant à lui que le personnel de justice abuse de son droit de grève, ce qui porte préjudice aux justiciables. « Il n'y a plus de limites et c'est la population, dans sa vulnérabilité, qui est prise en otage. On ne peut pas planifier notre développement en faisant cela. C'est pourquoi nous avons pris notre responsabilité par rapport à cela. Ce personnel a toujours le droit de se syndiquer et de manifester, mais ma conviction est que l'exercice du droit de grève au Bénin ne pourrait plus jamais être comme par le passé », a-t-il déclaré.

Les greffiers suivent le mouvement

Chez les magistrats, le mouvement a été largement suivi. Les salles d'audience sont vides, les bureaux des juges fermés. Seul le parquet fonctionne normalement pour régler les urgences, les placements en garde à vue, les prolongations. Maître Bienvenu Bédié, avocat, est venu assister un client.

« Je comprends parfaitement la position des magistrats, dit-il, et les avocats aussi sont inquiets parce que nous ne pouvons pas aller aux audiences, nous ne pouvons pas défendre nos clients, qui sont dans le besoin légitime de voir leurs causes examinées par les différentes juridictions. Donc vivement que les deux pouvoirs puissent s'entendre, puissent trouver une passerelle et que l'activité reprenne au sein de nos juridictions. »

Les greffiers, qui ont déjà débrayé la semaine dernière, seront aussi en grève pour 48h, ce mardi et jeudi, mercredi étant férié. Ils demandent l'abrogation de l'article de loi qui les prive du droit de grève. Ils demandent aussi au gouvernement de tenir ses engagements en ce qui concerne des revendications plus corporatistes.

La balle est maintenant dans le camp de la Cour constitutionnelle qui doit dire si cette disposition de la loi sur la magistrature est conforme.

Ce droit avait déjà été retiré fin décembre à une partie de la fonction publique : personnel de justice, agents de santé, paramilitaires et agents de sûreté de l'Etat. Les sept confédérations et centrales syndicales du Bénin organisent des assemblées générales aujourd'hui dans tout le pays. Vendredi, un sit-in est prévu à Porto Novo devant le palais des gouverneurs. Pour Noël Chadaré, secrétaire général de la Cosi-Bénin, il en va de la défense d'un droit garanti par la Constitution.

On a argué que ce sont des secteurs essentiels et donc il faut empêcher le droit de grève. Ce motif est farfelu. Demain on pourrait arguer que le secteur de l'éducation est un secteur sensible, le secteur des finances est aussi un secteur sensible...

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