8 Janvier 2018

Burkina Faso: Revendication des enseignants - Hier on a « sitingué » et aujourd'hui on va « gréver »

Photo: fasozine
Gréve des enseignants

Les élèves des établissements publics n'ont pu tendre de bulletin à leurs parents à la fin du premier trimestre. Et tel que les choses se dessinent, ce n'est pas pour demain, la fin de leur galère.

Dans leur lutte, les enseignants avaient arrêté deux mesures au mois de novembre 2017 : l'observation d'un sit-in chaque jeudi de 7h à 10h et la non-évaluation des élèves. Depuis le lundi 8 janvier 2018, ils sont passés à la vitesse supérieure : désormais ce sont les lundis et les mercredis que les sit-in seront observés ; en plus de cela, il est annoncé une grève de 72h à partir d'aujourd'hui.

Lundi 8 janvier 2018. Nous sommes au lycée Philippe-Zinda- Kaboré. Des élèves dans la cour jouent, rigolent et s'offrent du pain dans le petit marché et aux kiosques. Cette scène ressemble à celle que l'on peut voir lors de la récréation, mais nous sommes pourtant loin de l'heure de la pause : il est 9h à notre montre. Logiquement une heure de cours. L'explication de cela est que leurs enseignants ont abandonné les salles de classe ce lundi matin pour un sit-in. Ces derniers, assis hors des salles de classe, se tournent les pouces.

Les hommes, debout les sacs à la main, discutent de tout et de rien ; les femmes se reconvertissent momentanément en commerçantes : elles se proposent des articles (parfums et produits de beauté). Le responsable de la Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l'éducation et de la recherche (F-SYNTER), Zakaria Nadia, parlera à notre micro. «Nous sommes en sit-in ce matin conformément au mot d'ordre lancé par le F-SYNTER. Le syndicat a appelé à un sit-in tous les lundis et mercredis de 7h à 10h à compter du deuxième trimestre», nous confie-t-il.

Et de préciser : «Au premier trimestre, c'était uniquement les jeudis que nous tenions les sit-in. Aujourd'hui, c'est le premier lundi où nous observons le sit-in.» Le syndicaliste nous fait noter que lui et ses camarades ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin si leur plateforme minimale revendicative n'est pas satisfaite : «Demain (NDLR : aujourd'hui) nous allons en grève du 9 au 11 janvier. Et il faut noter que le 10, ce sera une marche sur l'ensemble du territoire national. Après la grève, le sit-in continue avec la suspension des évaluations, la suspension de la transmission des statistiques et le non-traitement des dossiers d'examen», dévoile-t-il.

A la question de savoir si les enseignants ne seraient pas en train de toucher le fond avec cette nième grève, Zakaria Nadia répond par la négative : «Nous sommes en train de faire une œuvre salutaire. Il n'y a pas de crainte à avoir. Bien au contraire, il faut savoir que les enseignants ont fait des sacrifices. Il y a des établissements où, n'eût été leur sacrifice, des enseignants auraient déposé la craie avant les mois de février et de mars parce que leurs vacations ne sont pas payées », explique-t-il.

Dans cette longue lutte engagée par les enseignants, les apprenants trinquent : ainsi, Kader Kanazoé, élève de la classe de 6e, ne sait pas à quelle sauce il sera mangé le premier trimestre. Tout le long des trois mois, il a été évalué une fois en mathématiques ainsi qu'en histoire-géographie et en sciences de la vie et de la terre (SVT), 2 fois en français et en anglais et a subi un test d'éducation physique et sportive. Et beaucoup, à l'image de Mohamed Balma en classe de terminale, redoutent l'année blanche : «Franchement cette situation ne nous arrange pas. D'une part, ils ont raison, mais, d'autre part, cela nous pénalise parce que nous sommes en retard sur le programme», affirme-t-il. Avant de lancer un appel au gouvernement à se pencher sur les revendications de leurs enseignants afin que l'année ne soit pas que pure perte. «Si le gouvernement ne les écoute pas, ils vont provoquer une année blanche, et nous en serons les grands perdants», déplore le chef de classe de la terminale D4.

Cap sur le Bogodogo

Autre lycée, même constat : pas de cours avant 10h. Nous sommes au lycée Bogodogo de Ouagadougou, et il est 9h 50. Au milieu de la cour, des chaises pour la plupart inoccupées. Le peu de professeurs toujours assis auraient bien aimé que nous commencions la tournée chez eux parce que leur nombre était significatif (54). «Il fallait commencer la tournée par ordre alphabétique ; alors nous serions les premiers à vous recevoir», lance une dame. Et le responsable de la F-SYNTER dudit lycée, Noël Rouamba, d'expliquer que le sit-in a été levé pour permettre aux professeurs qui ont cours dans d'autres établissements de s'y rendre à l'heure. Sur-le-champ, un de ses collègues tire une chaise et lâche ceci : «Comme on a fini de "sitinguer", on va retourner en classe.» Le professeur de français membre de la F-SYNTER dit être satisfait de la mobilisation, car une cinquantaine de personnes ont suivi le mot d'ordre (54 précisément, en atteste la liste des présences qu'il nous a montrée).

Le sit-in, indique-t-il, a été mis à profit par les différentes directions du MENA qui sont dans l'enceinte de l'établissement pour échanger à bâtons rompus entre elles. «Nous sommes revenus sur non seulement les différentes réponses données par le gouvernement, mais aussi les propos contradictoires qu'il a tenus sur les questions de régler au cas par cas». Conscient que le gouvernement est en pourparlers avec les responsables syndicaux, celui de la F-SYNTER a confié qu'avec ses camarades, ils resteront mobilisés jusqu'à ce qu'ils aient gain de cause. Il a aussi fait noter que la revendication des enseignants n'est pas purement salariale. «Si vous prenez les 4 points de revendications, les 2/3 concernent la qualité de l'éducation, notamment les effectifs, pléthoriques, le manque de classes et d'enseignants».

A 10h, après la pause de 30 mn, les cours avaient effectivement repris au « Bog » et le professeur de mathématiques de la 1re D2 aidait ses élèves à «briser les chaînes de l'ignorance», comme le dit si bien le slogan de l'école.

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