9 Janvier 2018

Afrique Centrale: Réformes constitutionnelles au Gabon et au Burundi - Bongo et Nkurunziza s'offrent le scalp de l'alternance

Photo: wikimedia
Parlement gabonais à Libreville.
analyse

C'est aujourd'hui, 10 janvier 2018, que le parlement gabonais, réuni en Congrès, doit adopter le texte de la réforme constitutionnelle proposé par le gouvernement après le toilettage de la commission mixte composée de sénateurs et de députés. Sauf cataclysme, cette révision constitutionnelle devrait passer comme une lettre à la poste. Car non seulement il a fait l'objet de consensus au sein de la commission paritaire et a été avalisé par la Cour constitutionnelle, mais il reflète aussi et surtout la volonté du prince régnant qui en est le principal bénéficiaire.

Mais la question que l'on peut se poser, est de savoir ce que gagne le peuple gabonais dans cette gymnastique politico-juridique. Le principal acquis est l'évolution du mode de scrutin qui passe désormais à deux tours. L'on se souvient que la question faisait partie des réformes politiques réclamées par les adversaires politiques du président Ali Bongo Odimba. Mais à voir les choses de près, l'on se demande s'il y a bien lieu de se réjouir.

Le président Bongo fait preuve de cécité politique

Car, au-delà de cette avancée somme toute insignifiante, cette réforme constitutionnelle ne fait que l'affaire du chef de l'Etat. Le nombre des mandats présidentiels notamment, reste illimité. Or, tant qu'Ali Bongo restera dans la course au pouvoir, l'alternance ne sera pas pour demain dans son pays.

Cela dit, cette réforme constitutionnelle en déphasage avec les aspirations réelles du peuple, porte indubitablement les germes d'une autre crise politique après celle qui a suivi l'élection présidentielle de 2016. C'est pourquoi l'on peut dire que si le président Bongo a appris de ses erreurs en se faisant tailler sur mesure une Constitution qui lui sert de pare-feu face aux revendications de son opposition, il fait preuve de cécité politique si ce n'est dans la provocation.

Car, on a l'impression que le Gabon n'a pas tiré leçon de son passé récent, confirmant ainsi cette réflexion : « Le fait que les hommes tirent peu profit des leçons de l'Histoire, est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne ». Cela dit, au regard de la facilité avec laquelle le président Bongo qui a connu les pires turbulences de son règne avec la crise post-électorale, s'ouvre un boulevard à vie, l'on peut se demander si c'est lui qui est trop fort ou si c'est plutôt son opposition qui est trop faible.

En fait, on ne le sait que trop bien, le président a toutes les allures du colosse de Rhodes : il dispose de l'appui de l'Armée et de ses mallettes d'argent. Face à lui, l'opposition minée par de nombreuses dissensions sur fond de querelles d'intérêts, pèche par l'absence d'une stratégie efficace à même de contraindre Ali Bongo à lâcher prise.

Il est, en effet, regrettable de constater que cette opposition ne dispose pas d'une feuille de route claire, laissant le terrain vide au pouvoir pour ne s'agiter qu'à l'approche des consultations électorales. Et ce n'est sans doute pas Jean Ping qui dira le contraire. Parlant de tripatouillages constitutionnels, le satrape de Bujumbura, Pierre Nkurunziza, ne s'est pas non plus gêné d'envoyer croupir dans les geôles du régime, les opposants à son simulacre de référendum en perspective.

Les dictateurs ont beaucoup appris de leurs erreurs passées

On le sait, en effet, le pouvoir prépare une consultation référendaire en mai 2018 en vue d'une révision constitutionnelle afin de permettre notamment au président en exercice au Burundi de prolonger son bail à la tête de l'Etat jusqu'au moins en 2034, tout en lui octroyant les pleins pouvoirs dans pratiquement tous les domaines. Alors que le gouvernement a lancé une vaste campagne d'explication sur les amendements qui vont être apportés à la Constitution, il n'a pas hésité à mettre derrière les barreaux une vingtaine d'opposants accusés de mener campagne contre le référendum.

La question que l'on peut se poser, est de savoir ce que peut être la valeur d'une consultation électorale sur laquelle il est interdit d'opiner. Mais nous sommes au Burundi, un pays que la communauté internationale a oublié, abandonnant ainsi les populations aux mains d'un dictateur dont la soif du pouvoir a fini par transformer le pays en un immense brasier.

Finalement donc, la leçon à retenir de ces tripatouillages constitutionnels en cours au Gabon et au Burundi, est que les dictateurs ont beaucoup appris de leurs erreurs passées. Les textes constitutionnels ont, en effet, de par le passé, fourni à leurs opposants de la matière à contestation et ces réformes sont donc destinées à mettre sous éteignoir toute possibilité de revendication.

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