9 Janvier 2018

Egypte: La prochaine présidentielle verrouillée ?

Photo: Wikipedia
Une Urne

Les Egyptiens iront aux urnes, du 26 au 28 mars prochain, pour le premier tour de l'élection présidentielle de 2018. L'annonce a été faite cette semaine par l'Autorité nationale des élections, pilotée par Lachine Ibrahim, pour qui le scrutin sera « indépendant », « neutre » et « intègre ». Mais les observateurs les plus avisés savent bien que les jeux sont déjà faits, surtout en présence du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, qui devrait être candidat à sa propre succession.

Sauf un véritable coup de théâtre, voire un miracle au pays des pharaons. La future élection présidentielle, la troisième du genre depuis le printemps arabe de 2011, semble déjà même verrouillée par le chef de l'Etat égyptien, dont la réélection ne fait déjà l'ombre d'aucun doute. Il tient le pays d'une main de fer, et gare aux opposants qui lorgnent son fauteuil.

Des candidats déclarés à la présidentielle l'ont appris à leurs dépens, tant ils ont déjà reçu des bâtons dans leurs roues. Le célèbre avocat-défenseur des droits de l'Homme, Khaled Ali, candidat en 2012, qui avait annoncé son intention de briguer la magistrature suprême, a été récemment condamné à trois mois de prison pour « atteinte à la décence publique ». Bien vrai qu'il a fait appel du verdict, mais la candidature de cette figure de gauche parait incertaine.

Son péché, c'est d'avoir fait un geste obscène de la main après avoir obtenu le blocage en justice du projet d'Al-Sissi de rétrocéder à l'Arabie Saoudite les îles de Tiran et de Sanafir, sises en mer Rouge. Un crime de lèse-majesté qui méritait châtiment ! Le colonel Ahmed Konsowa a aussi connu le malheur, après avoir affiché publiquement ses ambitions présidentielles.

Il a été interpellé peu après et condamné, en décembre dernier, à six ans de prison pour « comportement nuisant aux exigences du système militaire ». Que dire de l‘ancien Premier ministre égyptien, Ahmed Chafiq, autre concurrent expulsé des Émirats Arabes Unis, où il était en exil, vers Le Caire, début décembre ? Il a jeté l'éponge, une fois au bercail, soutenant n'avoir pas le profil de l'emploi, comme s'il avait subi une pression du palais présidentiel. Une opération d'élimination des potentiels candidats au trône semble donc en marche, certainement au profit de l'homme fort du Caire.

Al-Sissi travaillerait, pour d'aucuns, à baliser le terrain, de sorte à écarter tout danger sur son chemin. Et c'est la raison pour laquelle certains analystes n'hésitent pas à dire, avec juste raison, que le président égyptien n'aura pas affaire à une vraie adversité. Même si d'autres challengers venaient à se présenter, ils ne seront que pures marionnettes.

On allait penser le contraire si Al-Sissi ne régnait pas en maître absolu sur l'Egypte, avec le soutien indéfectible de ses frères d'armes. Le respect des droits humains n'est pas une réalité en terre égyptienne, à en croire un rapport de l'ONG Humans Rights Watch datant de septembre. La torture et les arrestations arbitraires sont les méthodes privilégiées pour réprimer les contestataires ou les « ennemis » du régime, soucieux de voir plus de liberté.

Les militants de la société civile et les opposants ne diront pas le contraire. C'est la première tache noire du pouvoir d'Al-Sissi qui gouverne pourtant dans un contexte post-insurrectionnel. L'autre souci, c'est la grave crise économique dans laquelle se trouve l'Egypte, un pays aux potentialités avérées. Signe de cette banqueroute, la banque centrale égyptienne a décidé depuis 2016 de laisser flotter la devise nationale, la livre, sans parvenir pour autant à stopper l'inflation qui tournait autour de 32 % la même année.

Si Al-Sissi réussissait à se maintenir au pouvoir, ce qui se dessine d'ailleurs, il devrait soigner sa gouvernance pour espérer un avenir radieux pour sa chère patrie. En Afrique, l'Egypte est un géant qui doit mériter son nom et imposer le respect, au lieu de continuer à paraître comme une terre aux mains d'un despote.

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