10 Janvier 2018

Afrique du Sud: Zuma en sursis ?

Photo: The Presidency
Le président Jacob Zuma et Atul Gupta au Bidvest Wanderers Stadium pour le match T20 entre l'Afrique du Sud et l'Inde.

En Afrique du Sud, l'étau judiciaire est en train de se resserrer autour du président Jacob Zuma, pour l'ensemble de ses basses œuvres. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que celles-ci ont fait monter la moutarde au nez de bien de ses compatriotes. Cette colère est également partagée par les institutions du pays.

Au nombre de celles-ci, l'on peut citer en particulier la Cour constitutionnelle. Cette institution, la plus haute instance judiciaire du pays, ne décolère pas du tout face à l'attitude de complaisance de l'Assemblée nationale à l'égard, peut-on dire, du sulfureux président Jacob Zuma.

La Cour constitutionnelle reproche notamment à la représentation nationale de ne pas avoir demandé de comptes au président Zuma dans le cadre du scandale sur sa résidence privée et l'utilisation de près de 15 millions d'euros d'argent public pour rénover sa maison.

Et les casseroles du président ne se limitent pas à ce scandale. On peut aussi y ajouter ses relations suspectes avec les Gupta, du nom de cette puissante et richissime famille d'hommes d'affaires d'origine indienne. Résultat, la Cour constitutionnelle avait donné 120 jours au parlement pour décider d'un mécanisme qui pourrait être utilisé pour la destitution du président.

C'est cette injonction qui explique que depuis ce mercredi, les élus sont en conclave pour commencer à se pencher sur les règles de destitution.

La grande question est de savoir de quelles règles de destitution l'Assemblée nationale va accoucher. Une autre question, non moins importante, est de savoir si ces règles vont s'appliquer immédiatement à Jacob Zuma.

Le destin de Zuma n'est plus entre ses mains

En attendant la fin de la cogitation du parlement pour apporter des éléments de réponse précis à ces questions, l'on peut se risquer à avancer les hypothèses suivantes. La première serait que les élus édictent des règles qui pourraient viser immédiatement le très controversé Jacob Zuma.

Un tel scénario serait une catastrophe pour l'ANC, le parti au pouvoir depuis la fin du régime de l'apartheid. Car, une procédure de destitution de son champion dans ces conditions, serait un aveu de sa part que le parti est corrompu, du moins sa tête.

Et cet argument pourrait être brandi par l'opposition, et ce sera de bonne guerre, lors des élections générales de 2019. La deuxième hypothèse serait que les élus, parmi lesquels Jacob Zuma compte encore de nombreux soutiens, décident de règles qui n'auront pas un effet rétroactif.

Par là, ils épargneraient une fin de mandat humiliante à celui qui, naguère, a été le chef emblématique de l'aile militaire de l'ANC. Mais, cette hypothèse pourrait être assortie d'une démission de Jacob Zuma, en échange, par exemple, de la garantie qu'il ne sera pas poursuivi pour corruption.

Ce deal politique n'est pas sans rappeler le sort qui a été réservé à Robert Mugabe par ses anciens camarades de lutte. En tout cas, le parallèle a été établi par Ralph Mathekga, un analyste politique. Pour lui en effet, la situation est très similaire à celle de Robert Mugabe au Zimbabwe.

Morceau choisi : « Sur la fin, celui-ci savait qu'il devait partir, mais il s'est accroché pour négocier un meilleur deal. Une solution politique qui le protègerait de toutes poursuites judiciaires ».

Et l'analyste politique de conclure : « Donc, pour Zuma, la meilleure option est d'obtenir un plan de sortie avec ses camarades de l'ANC. Je ne pense pas qu'il va s'accrocher. Il sait qu'il a de moins en moins de soutien ».

Zuma n'est pas à pleurer

Que ce soit donc l'une ou l'autre hypothèse qui prospère, l'on peut aboutir à la conclusion que Jacob Zuma est en sursis. En tout cas, son destin n'est plus entre ses mains. Tout semble lui être dicté.

A l'appui de ce point de vue, c'est qu'il vient de mettre en place, à son corps défendant peut-on dire, une commission d'enquête sur les accusations de corruption à la tête de l'Etat dans lesquelles il est régulièrement cité.

Comme on le sait, ce n'est donc pas de gaieté de cœur que le président Zuma a pris une telle décision. Car, il n'a fait qu'exécuter une injonction de l'ex-médiatrice de la République.

En rappel, celle-ci lui avait exigé la mise en place d'une telle commission pour faire la lumière sur ses accointances avec la famille Gupta. Après l'ex-médiatrice de la République, la même exigence lui a été notifiée le mois dernier par un juge de Pretoria.

Ordre lui avait été donné de s'exécuter dans les 30 jours qui suivent. Pour atténuer le caractère injonctif des choses et pour donner l'impression qu'il a pris la décision en son âme et conscience, Jacob Zuma a laissé entendre ceci : « J'ai pris conscience que cette affaire préoccupait l'opinion publique depuis quelque temps et méritait mon urgente attention ».

Et Zuma de poursuivre sa tentative de justification en ces termes : « Les accusations selon lesquelles le contrôle de l'Etat a été retiré à ses réels propriétaires, sont d'une importance capitale et méritent qu'on les vérifie ». Ces justifications auraient grandi Jacob Zuma si elles n'avaient pas été suscitées par la Justice et l'ex-médiatrice de la République. Mais dans le cas d'espèce, il ne fait qu'exécuter des ordres.

Les jours à venir pourraient être déterminants pour lui. Dans le meilleur des cas, il pourra sauver le peu de dignité qui lui reste en démissionnant purement et simplement de sa fonction de président de l'Afrique du Sud.

Dans le pire des cas, il sera destitué, ironie de l'histoire, par les femmes et les hommes qui l'avaient aidé à évincer Thabo Mbeki pour prendre les rênes de l'ANC et du pays. Mais après tout, Zuma n'est pas à pleurer car, il aura choisi de manière consciente de se mettre dans de beaux draps.

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