10 Janvier 2018

Congo-Kinshasa: Crise dans le pays - Jusqu'où irait Sassou ?

Photo: adiac-congo
Président Denis Sassou N'Guesso

*Au nom de la CENCO, Utembi et Nshole ont été à Brazzaville, ce mardi 9 janvier 2018. Ils y ont rencontré Denis Sassou Nguesso. Motif ? Partager avec ce dernier quelques préoccupations liées notamment, à la problématique de la mise en œuvre de l'Accord du 31 décembre 2016 ainsi qu'à la nécessité de la tenue des élections apaisées en RD. Congo. Mais, que peut bien faire Sassou ? A-t-il vraiment les mains libres et la carrure nécessaire pour être écouté par toutes les parties impliquées dans la crise congolaise ? Que des questions... sans réponses, au bout de toutes les lèvres. En politique, l'espoir est, toutefois, permis.

Exigences

Deux positions diamétralement opposées se développent en RD. Congo. Vers fin décembre 2017, l'aile dure du Rassemblement appelait à l'institution d'une transition sans Kabila, réclamait les mesures de décrispation politique en termes de libération des prisonniers et autres figures de l'opposition embastillés, à la fin du dédoublement des partis politiques, à l'abandon de certaines poursuites judiciaires ainsi qu'à la fin des tracasseries policières, administratives et fiscales.

Dans ce même ordre d'idées, le Rassemblement, déterminé à en découdre, exigeait également le respect des droits de l'homme, des libertés de manifestations, de réunion ou d'expression. Les médias proches de certains leaders de l'Opposition qui, autrefois, avaient été fermés, devaient ainsi, à la suite de cette pression, rouvrir les portes.

Pour y arriver, le Rassemblement était monté en puissance avec, à la clé, la multiplication d'actions, y compris la marche du 31 décembre 2017 initiée par le Comité Laïc de Coordination. Des actions impliquant les chrétiens étaient menées chaque jeudi, vers 21 heures, pour sonner l'hallali et prévenir les autorités congolaises sur la fin de la rallonge de 12 mois accordée au Président Kabila, le 31 décembre 2016, après que son deuxième et dernier mandat ait expiré, le 20 décembre 2016.

Œil du cyclone

Aujourd'hui, en janvier 2018, au-delà de ce timing convenu, le pouvoir s'est organisé, à sa manière, pour mâter les manifestations et défenestrer les auteurs d'actes extrémistes. Le dernier compte rendu du Conseil des Ministres prévenait d'ailleurs que la justice devrait se saisir de ce dossier en cas de récidive.

Plus que jamais, le pouvoir aurait tellement pris la menace au sérieux qu'à son corps défendant, il tente de mettre les bouchées doubles du côté du processus électoral. L'opposition est, désormais, sous l'œil du cyclone.

La loi électorale, quoique contestée, a été examinée, adoptée et promulguée. Le calendrier électoral, même s'il n'est pas du goût du Rassemblement de Limete, est bel et bien là. Nangaa et Kalamba ont reçu un lot de huit machines à voter pour lesquelles, la campagne de sensibilisation, en tant qu'opération transversale, va devoir commencer dans les tout prochains jours.

Actions en cours

Déjà, toujours du côté de la CENI, un préposé à la communication a laissé entendre qu'un appel était lancé aux potentiels candidats de commencer à compulser leurs dossiers. Car, le moment venu, en juin prochain, le délai de dépôt des candidats est très limité. A cette même occasion, ce dernier confirmait, en outre, que le calendrier des élections sera respecté et que le Budget 2018 permet de miser sur les efforts internes, pour assurer le financement de l'ensemble du processus jusqu'au bout.

Donc, tout ce qui reste, c'est la loi portant répartition des sièges qui, conformément au calendrier du 5 novembre 2017, sera examinée lors de la prochaine session de mars 2018 sur base du fichier électoral dont les derniers réglages interviennent à la fin de ce mois de janvier 2018.

Autrement dit, entre les Opposants et le pouvoir, c'est le jour et la nuit. Comment, alors, intervenir ? Par quel bout tenir pour ramener les acteurs majeurs de cette crise aux effets négatifs sur la santé des élections ?

En vieux sage, Sassou dirige la République sœur du Congo-Brazzaville, depuis de nombreuses années. Il a réussi à rempiler chez lui, après qu'il ait organisé un référendum que l'Accord du 31 décembre 2016 n'autorise pas en RD. Congo.

Actuellement, il préside à la destinée de la CIRGL dont il assume les fonctions de Président en exercice. Sassou ne manque pas d'atouts. Seulement, dans un passé récent, alors qu'Etienne Tshisekedi wa Mulumba était encore debout, il n'avait réussi à le convaincre de ne pas diaboliser Edem Kodjo, à la veille du dialogue de la Cité de l'Union Africaine.

D'aucuns avaient pensé qu'il était le parrain de tout ce schéma tracé dans l'Accord du 18 octobre qui s'en était suivi, jusqu'à l'arrivée de l'équipe de Badibanga, en novembre 2016, aux commandes de l'Exécutif central.

Sassou a, certes, toutes les raisons de s'impliquer. Brazzaville est incontestablement la capitale la plus rapprochée de Kinshasa. Les connexions, ramifications et autres affinités entre les ressortissants de ces deux pays le placent, lui, dans l'obligation morale de veiller à ce qui se passe en RD. Congo. Puisqu'après tout, en cas de débordement, son pays serait tenu de servir de point d'exit à tous ceux qui oseraient chercher à prendre le large.

Mais, tout ceci ne saurait garantir la bonne fin de la mission que les Evêques lui confient, s'il n'a pas la caution du Président Kabila, l'exécutant Number One de l'Accord de la Saint Sylvestre.

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