12 Janvier 2018

Cameroun: Janvier, mois de galère

Dans les marchés comme dans les familles, on continue de multiplier les astuces pour joindre les deux bouts après les fêtes de fin d'année.

Pour traduire la disette financière qui sévit très souvent dans les familles et les espaces commerciaux après les fêtes de fin d'année, les Camerounais ont trouvé une expression : « la janviose ». Dans les marchés comme dans les familles, chacun y va de son astuce pour tirer son épingle du jeu.

« Je suis obligée de héler les clients à tout moment pour espérer avoir au moins 5000 F de recette en fin de journée. La marchandise ne passe plus. Très peu de femmes viennent s'approvisionner en ignames », explique Nicole Beyala, commerçante au marché d'Etoudi.

Tout à côté d'elle, d'autres passent la journée à somnoler en attendant de potentiels clients. La main à la joue, Isabelle Akamba, une autre, est pensive. Elle se remémore sans doute la période faste en recettes de décembre.

« Nous nous tournons les pouces. Le marché ne donne pas. Qu'allons-nous faire pour payer les dernières tranches de scolarité de nos enfants ainsi que leurs frais de taxi ? », s'interrogent d'autres vendeuses en choeur. Une ambiance qui témoigne de la morosité dans les espaces commerciaux.

Dans les familles, chacun y va de sa stratégie pour résoudre les tensions de trésorerie. Entre prêts bancaires, usure, tontines, et épargne, tous les moyens sont bons pour se tirer d'affaire. « Je n'ai presque plus rien en poche. J'ai dû contracter un découvert à la banque pour tenir jusqu'à la fin du mois », confie Denis Ambassa, parent.

« En femme avisée, j'ai préféré prendre mes congés en ce début de mois de janvier pour économiser l'argent réservé à mon transport par taxi. Cette somme me sert actuellement dans la ration quotidienne de mes enfants en attendant le prochain salaire », ajoute Blandine Bitouga, employée dans une entreprise.

« Mes provisions sont finies pour avoir reçu trop de monde pendant les fêtes. Je ne parviens plus à concocter un bon menu comme à l'accoutumée parce que mon réfrigérateur est vide », déplore Anne Lise Salla, employée de bureau.

Certaines ont ouvert des carnets de crédit auprès de leur boucherie ou poissonnerie habituelles. Le boutiquier du quartier n'est pas en reste. Il est aussi consulté pour des prêts sur les goûters des écoliers. L'essentiel, c'est de satisfaire les différents besoins.

Pour les personnes averties, de nombreuses réserves ont été effectuées dans les congélateurs et les comptes bancaires. « Mes enfants ont préféré manger le « Eru » pendant les fêtes laissant de côté le poulet et le poisson.

Donc, tout ce que j'ai acheté comme provisions alimente encore mon congélateur. Je n'ai aucun souci », rassure Jeannette Fouda, secrétaire.

« J'ai gardé une épargne en banque après avoir perçu mes différentes cotisations. J'effectue des retraits en fonction des besoins. Les années antérieures nous ont inculqué la sagesse. Il n'y a plus de gaspillage », conclut une autre. Pour ne plus subir les affres du mois de janvier, les dépenses s'effectuent avec mesure.

Cameroun

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