12 Janvier 2018

Sénégal: Port Autonome de Dakar - La direction s'attaque à la congestion et aux occupations anarchiques

Pour un port compétitif, il va falloir travailler à décongestionner la circulation et la fluidité à l'intérieur comme à l'extérieur du Port autonome de Dakar (Pad). C'est la conviction de son directeur général, Aboubacar Sedikh Bèye qui a effectué une visite sur les emprises de la plateforme portuaire.

Du boulevard de la Libération au rond-point de la gare, la circulation est au ralenti ce jeudi 11 janvier. Un transporteur a délibérément stationné son camion au milieu de la chaussée, obstruant du coup le trafic. Ce camion fait partie d'une longue file de véhicules en attente de leur chargement au Port autonome de Dakar (Pad). Ces files empêchent la fluidité du trafic sur ce boulevard et sur ses dépendances. Pourtant, les camionneurs détiennent des tickets d'entrée délivrés par le port. Certains ont le macaron du port tandis d'autres sont détenteurs de documents administratifs. Munis de ces documents, ils prétendent être dans leur bon droit pour justifier leur stationnement. Hier, le directeur général du Pad, Aboubacar Sedikh Bèye, et sa délégation ont visité les emprises du port. Le constat est sans appel. A l'extérieur, les camions, faute d'espace, sont garés de façon anarchique. A l'intérieur du port, il y a un triangle infernal qui dessert le Terminal à containers et le Wharf pétrolier en passant par les Terminaux vraquiers du Sénégal.

M. Bèye est formel. Ces camionneurs ne doivent pas stationner au milieu de la chaussée. D'autant que l'autorité portuaire dispose d'espaces non aménagés comme l'aire de stationnement des bus Dakar Dem Dikk appartenant au port, située à un jet de la direction générale. Outre les bus de la société publique de transport, une vingtaine de camions en panne ou en attente y sont garés et offrent un spectacle désolant.

De part et d'autre de ce boulevard, le décor est le même.

Le directeur général du Port, accompagné d'une forte délégation, a fait le tour des occupations anarchiques sur la plateforme portuaire. Les étapes qui ont le plus marqué l'attention de M. Bèye et son équipe restent la cuisine des dockers et le « marché clandestin » accolé au mur du port depuis 1960. Dans cette petite cuisine, une chaleur torride étouffe le visiteur. Les fourneaux des dizaines de restauratrices se tiennent comme des sardinelles. Les conditions d'hygiène et de sécurité laissent à désirer du fait du ruissellement des eaux usées.

Le directeur général du Pad n'a pas hésité à y entrer et à s'entretenir avec les restauratrices. Celles-ci lui ont fait part de leurs nombreuses doléances liées principalement à l'absence de toilettes, un cadre de travail décent, etc. Il y a véritablement urgences à apporter des solutions pour la sécurité des restauratrices et de leurs « boys ». A quelques mètres de là, se dressent des rangées de tables garnies de divers produits. En réalité, il s'agit d'une forteresse de tables qui se tiennent dans un petit espace. 492 personnes y font leurs business, d'après le délégué du marché.

Absence d'investissement

Après le boulevard de la Libération, cap sur la voie de contournement de Bel-Air, la partie nord du Pad. Le constat est le même. De part et d'autre des deux voies, des camions (en panne ou en attente de leur chargement) y sont stationnés en deuxième position. Ce qui engendre les embouteillages sur cet axe. Au môle 4, il y a un ballet incessant de camions. Ici, les facteurs de congestion ne manquent pas. Ils sont liés au fonctionnement des balises (Douanes) et du scanner. Ces facteurs sont gérables, assure le directeur général du Pad. Dans l'immédiat, il est possible de faire fonctionner aussi bien les balises que le scanner dans un cadre de concertation, ajoute Aboubacar Sedikh Bèye. Mais il estime que « l'état de la voirie n'est pas digne d'un port ». Il s'y ajoute que la croissance économique (6,8 % en 2017) et l'absence d'investissement nécessaire dans le port pour accompagner la croissance ont aggravé le congestion du port. « Cette congestion entame, reconnaît-il, la compétitivité du Pad et fait qu'il perd des parts de marché ». Cette situation fait, à son avis, que les clients ne sont pas satisfaits et que tous les acteurs portuaires ne peuvent pas faire leur travail dans de bonnes conditions.

Pour améliorer les conditions de travail, Aboubacar Sedikh Bèye pense à la réhabilitation du réseau ferroviaire et un travail en relation avec les services des Douanes. « Il faudrait que tous les services nécessaires à la sortie de containers soient présents au moment où le transporteur remplit toutes les conditions », dit-il, en indiquant que les problèmes notés sur les balises font qu'un camionneur peut rester un week-end. D'autres requièrent, selon lui, plus de temps comme le plan de circulation qui doit être révisé. M. Bèye a rassuré que le Pad est dans les dispositions pour investir, moderniser et améliorer son fonctionnement car il doit être, rappelle-t-il, « un endroit de sécurité ». « Nous ne badinerons pas sur cette question pour permettre à chacun de faire correctement son business », précise le directeur général du Pad. Il a salué les bonnes dispositions des acteurs portuaires à trouver des solutions à ce problème. Auparavant, le directeur général du Pad a présenté la feuille de route 2018 qui sera marquée par des efforts centrés sur la vision d'un port moteur du Pse, créateur d'emplois et de richesses.

LES CONTRATS DES PRESTATAIRES DU PAD SERONT RENOUVELÉS

Le directeur général du Pad, Aboubacar Sedikh Bèye, a indiqué que les contrats des prestataires seront renouvelés. « Tout ce qui concourt à faire du Pad un port compétitif sera fait », a-t-il déclaré.

En toute rigueur, ajoute-t-il, ces contrats seront renouvelés, conformément aux directives du président de la République qui a décrété 2018 année sociale. Seulement, relève-t-il, ils ne seront pas reconduits sur 12 mois et que les chefs de département vont déterminer leur durée.

ABOUBACAR SEDIKH BEYE SUR LES ACCIDENTS AU PORT : « LE PAD EST LE PORT LE PLUS SÛR ET SÉCURISÉ DE LA CÔTE OUEST-AFRICAINE »

Sur les d'accident notés dans la plateforme portuaire, le directeur général du Pad a exprimé son regret, tout en promettant d'améliorer les conditions de fonctionnement du port. Toutefois, relève M. Bèye, ces accidents doivent être repositionnés dans un contexte global eu égard aux indicateurs qui montrent que « le Pad est un port sécurisé ». « C'est le port le plus sûr et sécurisé de la côte ouest-africaine », déclare-t-il. « Il peut arriver de temps à autre qu'il y ait des accidents, il faut le regretter et faire en sorte qu'ils ne se reproduisent pas », relativise-t-il. Sur le mouvement d'humeur des transitaires, le directeur général du Pad souligne que le Terminal de la Sonacos a permis de régler une partie de leur plateforme revendicative. « Nous sommes ouverts au dialogue, à la discussion pour qu'ensemble, nous trouvions des solutions. Dans la gestion portuaire, chaque maillon de la chaîne doit fonctionner et le Pad se fait le devoir de faire en sorte que tout le monde travaille dans de meilleures conditions », a-t-il indiqué.

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