12 Janvier 2018

Congo-Brazzaville: E-book contre livre papier - Quel est le plus écologique ?

Au lieu d'opposer E-book et livre papier, les maisons d'édition doivent jouer sur les deux tableaux, en cherchant le meilleur compromis entre performance et respect du développement durable.

« Non, le livre n'est pas mort. Le livre numérique n'a tué personne. Ni les auteurs ni les maisons d'édition.» Cette conviction est celle d'Arnaud Nourry, PDG du Groupe Hachette, nº1 de l'édition en France et nº3 dans le monde. Selon une récente étude du Syndicat national de l'édition (SNE), le marché du livre en France représente 2,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2016, en hausse de 4,25% par rapport à 2015 (+0,11% hors scolaire).

Contrairement aux idées reçues, livre papier et livre numérique ne s'affrontent pas dans un duel qui se terminera par la mise à mort de l'un des deux. La réalité, elle, est plus équilibrée. Si les éditeurs ont mis du temps à se pencher sérieusement sur la question, ils ont compris qu'il valait mieux d'accompagner la révolution digitale plutôt que de freiner des quatre fers, tout en adaptant leur chaîne de production aux impératifs du développement durable.

Numérique/analogique, un mariage assumé

Les éditeurs ont intelligemment pris le train en marche. Le livre numérique ne représente aujourd'hui que 8,2% du marché en France, par exemple. Opposer les deux supports est donc un faux débat.

Le vrai sujet, pour le secteur du livre, est maintenant d'ajuster sa structure et son offre. « L'industrie du livre vit comme une chaîne, avec certains groupes très intégrés verticalement, combinant production et distribution, explique Abeline Majorel, PDG de Chroniques (une start-up de conseil en stratégie digitale) et formatrice à l'Asfored (le centre de formation du SNE) qui ajoute: Pour les géants de l'édition, le numérique a été une innovation qui remettait en cause cette chaîne qui, jusque-là, assurait un équilibre économique. La création et la diffusion numérique demandent de très gros investissements et l'édition craint de perdre plus sur sa chaîne ancienne qu'elle ne gagnerait potentiellement de cette nouvelle façon de travailler. » Le monde de l'édition adopte donc une stratégie d'accompagnement, des questions cruciales restant en suspens. A commencer par l'empreinte écologique des liseuses électroniques.

Si la guerre entre livre papier et électronique n'aura en réalité pas lieu, la bataille des chiffres fait toujours rage. Selon Françoise Berthoud, directrice du groupe de recherche CNRS Eco Info, « la grosse difficulté est d'obtenir des données pour savoir combien fabriquer une liseuse, consomme d'énergie. Les constructeurs s'abritent derrière le secret industriel ». A en croire la chercheuse, l'empreinte environnementale la plus profonde concerne l'extraction de nombreux métaux et minéraux pour les composants électroniques. À laquelle s'ajoute le transport du site de production au site de vente. Résultat, d'après une étude Ifop réalisée en 2016, il faut quatre ans pour les gros lecteurs, et soixante pour les lecteurs occasionnels, pour amortir l'impact environnemental d'une liseuse électronique. Or, il est bien rare que les utilisateurs gardent ce genre de support plus de deux ou trois ans. Pour Françoise Berthoud, le principal problème vient de « l'obsolescence systémique de ces machines », de nouvelles liseuses et tablettes toujours plus performantes apparaissant chaque année sur le marché. Un renouvellement que les éditeurs se doivent de suivre pour rester dans le coup. Mais à quel prix ? Pour la plupart des lecteurs, le livre papier reste donc plus écolo que les liseuses.

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