15 Janvier 2018

Congo-Brazzaville: Norbert Dabira et Nianga Ngatsé Mbouala - Comment expliquer la psychose qui entoure le limogeage de ces deux officiers?

La situation des deux officiers généraux nourrit moult rumeurs à Brazzaville, à l'intérieur du pays et à l'étranger, notamment parmi la diaspora du Congo, en raison des hautes fonctions qu'ils ont assumées au sein de l'administration civile et militaire.

Brazzaville a réellement vécu une fin de semaine dernière apeurée tant on sait que ses habitants, malgré le fait d'être de bons vivants, gardent de très mauvais souvenirs de la guerre du 5 juin 1997 et prennent en horreur le fait de voir la capitale de leur pays replongée dans un nouveau cycle de violences. Il n'a pas fallu que Dieu descende sur terre pour que cette psychose investisse les lieux de vie des familles et ravive des souvenirs douloureux.

Comme pour ajouter à la psychose que pourrait expliquer, en partie, l'absence de déclaration officielle, un communiqué de la Coordination du système des Nations unies à Brazzaville a véhiculé une alerte appelant leurs diplomates à la prudence. Qu'est-ce qui peut bien expliquer cet état de fait au moment où la tendance générale dans le pays est à l'apaisement après la signature de l'accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités entre le gouvernement et la rébellion de Ntoumi, le 23 décembre dernier ?

Proches du président de la République, les généraux Norbert Dabira et Nianga Ngatsé Mbouala sont, si on peut dire, tombés en disgrâce l'un après l'autre en moins de deux semaines. Le premier, après une garde à vue à la Surveillance du territoire les 4-5 janvier, serait en ce moment précis transféré à la Maison d'arrêt de Brazzaville du fait d'une enquête ouverte contre lui pour une affaire de coup d'Etat présumé. Le second a été relevé, le 12 janvier, du Commandement de la Garde républicaine à la tête duquel il exerçait depuis 2013 après avoir, pour rappel, cumulé un intérim à la direction générale de la sécurité présidentielle. C'est dire combien, en termes de proximité avec le chef de l'Etat, il n'y a pas de quoi se perdre en conjectures.

Dans le processus régulier de renouvèlement des cadres occupant des hautes fonctions d'Etat, le départ du général Nianga Ngatsé Mbouala de la Garde républicaine ne devait pas, en principe, donner lieu à des bruits prédisant l'éclatement de violences comme on en a entendu en volume ces derniers temps. Est-il d'usage, dans les administrations publiques, militaires ou civiles, d'accompagner les nominations ou les changements de fonctions de communiqués publics explicatifs ? Non, sans doute. Le problème se pose peut-être en rapport avec le contexte dans lequel se déroule ce changement. Celui marqué par l'interpellation, la garde à vue puis aux dernières nouvelles, le transfèrement à la Maison d'arrêt du général Norbert Dabira, ancien Inspecteur général de l'armée et ancien Haut- Commissaire à la réinsertion des ex-combattants.

Dans sa livraison datée du jeudi 21 décembre, plus ou moins au fait des tenants et aboutissants de ce qu'il a désigné comme « l'Affaire Norbert Dabira et la DGST » (Direction générale de la Surveillance du territoire), notre confrère le Troubadour révélait une information pour le moins grave : « Il était question de faire exploser l'avion présidentiel en (plein) vol ». On a pu apprendre, entre les lignes, le contact noué par les deux officiers généraux en vue de cette forfaiture, qui se serait terminée sans suite, parce que l'un d'entre eux aurait marqué sa désapprobation. Mais il y avait auparavant, pour ce qui concerne le général Nianga Ngatsé Mboula, une autre affaire mise au jour par la presse locale. Elle concerne l'emprisonnement de son directeur de cabinet soupçonné de liaison avec les miliciens ninjas-nsiloulous cités dans les attaques de Brazzaville-Sud, le 4 avril 2016.

Y a-t-il un lien entre les deux affaires et le limogeage du Commandant de la Garde républicaine ? Au risque de répéter ce que nos deux confrères, le Troubadour et le Patriote (n° 462 du 15 janvier 2018) ont écrit et réécrit, cette question est au cœur des conversations entendues à Brazzaville ces derniers temps. La psychose qui s'abat sur Brazzaville peut donc être intimement liée aux positions que les deux officiers ont occupé dans la haute hiérarchie militaire et politique. Ce fut le cas lorsque d'autres personnalités de même envergure qu'eux, le général Jean-Marie Michel Mokoko et le ministre André Okombi Salissa, notamment tous anciens collaborateurs du chef de l'Etat, furent interpellés.

Il est à peu près clair que le rôle de la justice, si elle devait le moment venu s'intéresser aux faisceaux d'indices mis à sa disposition concernant « l'Affaire Dabira » et ses suites, serait d'éclairer l'opinion nationale et internationale sur les motivations du ou des mis en cause. Passent les supputations des médias, la justice seule est en mesure de fixer les Congolais au moment où les réseaux sociaux enflamment la Cité par toutes sortes de publications qui ne sont pas toutes de nature à apaiser les esprits.

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