16 Janvier 2018

Tunisie: «Salons Conect» - Un tabou est levé

L'annonce par la Confédération des entreprises citoyennes»(Conect) de l'organisation de plusieurs salons (journées) de la culture au cours de 2018 réjouit. Non sans inquiéter un peu.

Elle réjouit parce que c'est l'une des rares (peut-être la première) fois depuis l'Indépendance qu'un ensemble économique privé de cette dimension décide de financer des Arts de façon totale et saisonnière. L'argent privé, on le sait, ne se risque qu' au «lucre sûr», aux «marchés certifiés». A preuve, le sponsoring de la mode, des sports, du spectacle en général, qui ne fonctionne qu'en «contrepartie», au pire à «donnant-donnant». Le mécénat, non plus (et quoi qu'on en dise), ne s'offre pas «gratis». Dans l'ancien temps, il aidait à rapprocher du prince à travers les «célébrités du palais». Là, de nos jours, il exonère de l'impôt. Ce qui n'est jamais peu.

Reste que le cas de la Tunisie est spécial. L'Etat n'y a pas toujours des marges. Il a d'autres priorités. De plus, si les Arts et les spectacles y ont bonne réputation, leur marché demeure exigu. A toute époque, depuis près de cinq décennies, la culture en Tunisie a été l'affaire de l'Etat, mais sous tous les ministères et quels qu'aient été les contextes, elle a toujours manqué d'argent. Le talon d'Achille de la culture tunisienne -- ne nous y trompons guère -- c'est cela, proprement cela. Les seules vraies politiques culturelles qui ont pu voir le jour sous nos cieux, qui ont pu faire avancer, peu ou prou, les choses de la Culture, n'y sont parvenues qu'en réussissant à se doter de moyens autres que les (micro) budgets publics. Chedly Klibi «décrocha» un supplément d'argent en titillant avec insistance la fibre intellectuelle de Bourguiba. Bachir Ben Slama créa des taxes judicieuses qui firent hélas long feu à l'arrivée de Ben Ali. Tous les autres essayèrent, et essayent encore, malheureusement le manque est «patent», «structurel», il est la hantise des arts et des artistes, «il leur colle -- comme qui dirait -- à la peau»

Sous cet «angle», donc, le projet «Salons Conect» est plus qu'une aubaine, plus qu'une «planche de salut» : il montre la voie. Nos financeurs privés «fuyaient» la culture pour son défaut de rentabilité. Les «journées Conect» ont une devise : «jouer un rôle actif dans la culture, concrétiser le principe de l'entreprise citoyenne» : un tabou est levé.

Inquiétude, maintenant : pourquoi ?

D'abord pour les doublons :les «salons» prévus jusqu'à l'hiver prochain portent, en substance, sur les mêmes matières que les journées de «Carthage», les classiques(JCC, JTC, JMC) et les nouvelles (arts plastiques, poésie). Ils se prénomment ainsi, du reste. Ce qui est à craindre, outre la confusion, c'est que les évènements se «sabordent» les uns les autres à «force de rivalités».

Pour la continuité, ensuite. L'annonce parle de 2018 et d'une première édition. Le projet est lourd et très coûteux : aura-t-il une suite ? Sera-t-il, comme le laissent bien entendre les responsables de la confédération, régulièrement poursuivi, «institutionnalisé» ? La «Conect» montre bien la voie. Mais ici, dans ce domaine si fragile encore de l'Art, le doute n'est pas exclu. Wait and see...

N'oublions pas pour finir que soutenir la Culture n'est pas que multiplier des festivals et des concerts. L'argent privé peut aussi apporter une aide efficace au plan de l'infrastructure. La toute prochaine cité ne comblera pas tout, il y a encore à construire des théâtres et des salles dans les régions. Ne l'oublions pas : bâtir, élever, ériger des lieux, la pérennité des Arts, la fidélité et le développement des public de l'Art ne s'obtiennent, d'abord, qu'à ce prix.

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